Tesco poursuit son redressement sans rassurer le marché

mercredi, 03.10.2018

Le géant britannique de la distribution Tesco a dévoilé de solides ventes au premier semestre, grâce au grossiste Booker, mais ses marges encore faibles ont inquiété le marché et fait chuter lourdement son cours de Bourse.

Les ventes dans les supermarchés Tesco ont progressé de 2,3% à données comparables.(keystone)

Les résultats publiés mercredi sont contrastés pour le numéro un britannique des supermarchés, en plein redressement après des années de piètres performances et un scandale comptable.

Son bénéfice net s'est effrité de 32% à 426 millions de livres (478 millions d'euros) au cours des six mois achevés fin août, période correspondant au premier semestre de son exercice.

Ce recul du bénéfice s'explique par la hausse de ses dépenses et en grande partie par la présence l'an dernier à la même période d'un gain exceptionnel lié à la vente de ses activités en Corée.

Mais c'est surtout la marge opérationnelle, qui a progressé à 2,94%, qui n'a pas été assez au goût des investisseurs. En conséquence, l'action de Tesco dévissait de 8,42% à 215,40 pence vers 09H00 GMT à la Bourse de Londres.

La marge est un indicateur clé du groupe puisque son amélioration est le principal objectif financier que s'est donné depuis son arrivée en 2016 le directeur général Dave Lewis, qui a mis l'accent jusqu'à présent sur les économies.

Le dirigeant a d'ailleurs réaffirmé ses objectifs de réduire les coûts de 1,5 milliard de livres (1,69 milliard d'euros) et d'améliorer la marge opérationnelle pour la porter entre 3,5% et 4% d'ici 2019-2020.

Discount et alliance

"Le marché espérait plus sur ce front et la déception est illustrée par l'évolution du titre", remarque Laith Khalaf, analyste chez Hargreaves Lansdown, rappelant toutefois que la valeur reste en forte hausse sur un an.

Pour Neil Wilson, analyste chez Markets.com, "il s'agit d'attentes trop élevées plutôt que d'une contre-performance de Tesco", dont les résultats semestriels sont dans l'ensemble "positifs", selon lui.

Le chiffre d'affaires du groupe a en particulier progressé de 11,8% à 31,7 milliards de livres (35,64 milliards d'euros), profitant surtout du bond des ventes de Booker, le principal grossiste du pays et propriétaire de supérettes qu'il a racheté récemment.

Les ventes dans les supermarchés Tesco au Royaume-Uni ont quant à elles progressé de 2,3% à données comparables, avec une légère accélération au deuxième trimestre, dans un contexte porteur cet été pour la distribution alimentaire grâce à une météo très clémente et au contexte festif de la Coupe du monde de football.

"Nous avons fait un bon début d'année", s'est félicité Dave Lewis, directeur général du groupe, qui s'est dit "ravi" des performances de Booker.

Tesco a en outre lancé en septembre sa propre chaîne discount au Royaume-Uni, nommée Jack's, avec pour l'heure des ambitions modestes, mais qui se veut une réponse à l'essor des enseignes allemandes Aldi et Lidl dont les ventes progressent bien plus vite que celles des acteurs traditionnels et dont les parts de marché s'envolent dans le pays.

Le groupe a par ailleurs conclu une alliance avec le français Carrefour sur les achats en commun de produits pour leurs marques propres, destinée à peser davantage face aux fournisseurs.

Le contexte toujours plus concurrentiel au Royaume-Uni a conduit au projet de rapprochement entre Sainsburys's et Asda, filiale de l'américain Walmart, qui pourraient une fois unis ravir la première place du secteur à Tesco. Cette union fait toutefois l'objet d'une enquête approfondie du régulateur britannique de la concurrence.

Les distributeurs doivent composer par ailleurs avec l'entrée sur leur marché du géant américain Amazon qui a mis la main sur les magasins bio Whole Foods.

"Un environnement difficile pour le commerce, nourri par l'arrivée des discounters et l'essor des achats en ligne conduit les supermarchés à se réinventer", explique M. Khalaf, ajoutant que "Tesco est paré pour entrer dans la bataille".(awp)






 
 

AGEFI



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