Le franc suisse toujours privilégié en tant que monnaie refuge

mardi, 18.08.2020

Daniel Kalt* / James Mazeau**

Daniel Kalt et James Mazeau

Pour les investisseurs internationaux, le franc suisse demeure une monnaie de diversification attrayante, qui offre sécurité et orientation sur la croissance. Suite à la récente dépréciation du billet vert, l’USD/CHF est descendu à un niveau qu’on n’avait plus vu depuis le «choc du franc» de janvier 2015, plongeant jusqu’à 0,905.

Mesuré en tant que combinaison de l’EUR/CHF et de l’USD/CHF, le franc évolue à proximité de son sommet des cinq dernières années, car les investisseurs ont délaissé le dollar américain au profit d’autres monnaies refuges.

Alors que le billet vert a fléchi, le cours de l’or, les obligations de haute qualité, le yen japonais et le franc suisse ont fortement progressé. Par ailleurs, la monnaie helvétique a été soutenue par la reprise des exportations suisses et l’attrait réduit des opérations de portage dans ce contexte de taux bas.

Si la situation liée au Covid-19 ne se stabilise pas bientôt aux Etats-Unis et que les indicateurs économiques suscitent l’inquiétude sur le marché, l’USD/CHF risque de poursuivre sa glissade. Mais même si la paire devait tester le seuil de 0,90, des prises de bénéfices auraient certainement lieu à ce niveau.

C’est pourquoi la Recherche d’UBS s’attend, ces prochains temps à un taux fluctuant autour de 0,90, tout au moins jusqu’à ce qu’une reprise conjoncturelle plus robuste s’amorce l’année prochaine. Sa prévision pour l’USD/CHF à la fin 2020 reste à 0,91, après quoi elle mise sur un repli à 0,90 d’ici juin 2021. En effet, la Fed américaine maintient sa politique monétaire extrêmement expansionniste et le redressement économique profite aux monnaies des pays exportateurs.

Vu la force du franc, la BNS reste dans une situation épineuse. Récemment elle a réduit ses interventions sur les marchés des changes, expliquant qu’un repli de l’USD/CHF s’accompagne généralement d’une appréciation de l’EUR/CHF. Effectivement, l’euro a gagné un peu de terrain ces dernières semaines et, à un taux de 1,08, dépasse nettement le niveau de soutien important de 1,05. La BNS devrait malgré tout continuer d’intervenir aussi longtemps que persistera la vigueur du franc sur la base du taux combiné EUR/CHF et USD/CHF.

En outre, elle pourrait se retrouver dans une position délicate si la Suisse recevait la désignation de «manipulateur de monnaie» dans le prochain rapport du ministère américain des Finances. Des efforts sont certainement menés à huis clos pour expliquer aux Etats-Unis que la BNS ne recourt pas à des pratiques déloyales pour affaiblir sa monnaie, mais cherche uniquement à empêcher une appréciation excessive du franc (avant tout face à l’euro), sans intention de le faire descendre en-deçà de sa juste valeur face au dollar.

De fait, le récent raffermissement du franc en direction de 0,92 face au dollar, c’est-à-dire le taux qui correspond à la parité du pouvoir d’achat telle que calculée par la Recherche d’UBS, devrait tout au moins avoir rassuré quelque peu le ministère US des Finances.

La paire EUR/CHF devrait se retrouver prise entre la tendance haussière graduelle de l’USD/CHF et la légère reprise de l’euro face au dollar. Une très modeste hausse de l’EUR/CHF est à prévoir. Cependant, même aux cours élevés actuels, les investisseurs hésitent à vendre le franc, ce qui limite le potentiel haussier de la paire. 

*Chef économiste Suisse / **Economiste, Chief Investment Office
UBS GLOBAL WEALTH MANAGEMENT






 
 

AGEFI



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