Le dollar est presque à son prix le plus cher depuis 2003

mardi, 29.10.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen.

Une devise forte représente une économie bien gérée, ou en tout cas mieux gérée que celles contre lesquelles la première s’apprécie. Pourtant, une devise forte est couramment considérée comme un handicap. Certes, les exportations peuvent bénéficier d’une monnaie plus faible car le prix d’un produit exporté exprimé en devise étrangère est alors plus abordable. Mais, par le même biais, un pays dont la devise perd de sa valeur devra payer plus chers ses importations.

En 2015, on se souvient que la Suisse a pu éviter une récession en partie grâce au «rabais» obtenu côté importations, ainsi qu’à la position fort enviable de plusieurs sociétés suisses leaders sur leurs marchés leur permettant de dicter leurs prix à l’export.

Quels sont les autres pays avec des monnaies fortes? Une manière d’analyser la question est de comparer les comptes courants. Cette balance des transactions courantes englobe les échanges de biens et services entre le pays en question et le monde qui l’entoure, ainsi que les revenus du travail et du capital, et les transferts courants. A la base, le compte courant mesure la différence entre l’épargne et l’investissements dans un pays. Un pays qui a un surplus important sur ce compte va voir ses partenaires commerciaux obligés d’acheter sa devise pour payer pour tous ce qu’ils achètent de ce pays. Par contre, le pays déficitaire devra vendre sa devise pour payer les autres pays dans leur devise. Ainsi, le compte courant mesure la tendance fondamentale dans une devise, toute chose égale par ailleurs.

Mesuré en dollars américains, le surplus le plus important au monde est celui de l’Union européenne, à 405 milliards (World Factbook, 2017). Il y a quelques années, cette position appartenait à la Chine, mais ce n’est plus le cas – elle se trouve actuellement en 4e position, derrière l’UE, mais aussi derrière l’Allemagne, 2e, et le Japon, 3e. La Suisse se classe 8e. A l’autre bout du spectre, les Etats-Unis est le pays ayant le déficit du compte courant le plus important au monde, à 466 milliards de dollars. Le deuxième déficit le plus important est celui du Royaume-Uni, à 107 milliards, suivi par l’Inde à 51 milliards de dollars.

Au vu de ces informations, on peut considérer l’euro, le yen, le yuan et le franc suisse (entre autres) comme des devises fondamentalement fortes, à l’opposé du dollar américain, la livre sterling et la roupie indienne. Il est alors plutôt étonnant que le dollar se soit apprécié contre les devises de tous ces partenaires commerciaux et corrigé pour l’inflation, et ce de quelques 26% depuis 2011.

Le livre sterling a fait le chemin inverse, ayant perdu 20% de sa valeur sur cette base depuis 2016. Le franc suisse s’est apprécié d’environ 6% depuis 2010, et la roupie indienne s’est dépréciée de 7% sur la même période. Même si l’Angleterre a été fortement impacté par sa décision de sortir de l’Union européenne, son évolution est en ligne avec le compte courant, comme c’est le cas du franc suisse et de la roupie indienne. Par contre, le dollar américain a donc connu une appréciation qui va à l’encontre de sa tendance fondamentale. Ceci peut bien sûr encore durer. Mais au minimum, il faut savoir qu’acheter le dollar aujourd’hui serait d’aller contre sa tendance fondamentale, et serait de l’acheter pratiquement à son prix le plus cher depuis 2003. Telle est donc ma devise.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI




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