Le genevois Lymo sort les crocs et affiche ses ambitions

mercredi, 08.01.2020

Le diffuseur de courses genevois de Taxi et VTC annonce un déploiement à l’échelle nationale pour 2020, avant de s’attaquer à l’Europe. Avec son modèle d’affaires différent, Lymo se dit victime de concurrence déloyale et envisage de poursuivre en justice son concurrent principal.

Matteo Ianni

À Genève, l’objectif est de compter au moins 800 chauffeurs pour 2020. Stan Wawrinka est devenu un investisseur de la plateforme des courses Lymo en juillet dernier.

Le marché des VTC à Genève a connu plusieurs rebondissements ces derniers mois. En septembre dernier, le français Kapten quittait en effet le canton après seulement sept mois d’activités. Alors qu’en novembre, le canton de Genève interdisait à Uber d'exercer dans son territoire. Loin de tout cela, une entreprise faisait calmement son petit bout de chemin : la société genevoise Lymo. Lancée officiellement sur le marché en août 2019, la start-up s’est distinguée sur le marché par son modèle disruptif dans le secteur des VTC. D’ailleurs, elle se considère plutôt comme un comparateur de courses, à l’image d’un «booking.com» dans l’hôtellerie. Surtout, la jeune entreprise avait surpris le public en regroupant sur la même plateforme, chauffeurs VTC et chauffeurs Taxi, encore impensable il y a quelque temps. 

300 chauffeurs actifs

L'autre nouveauté de Lymo est son système de rémunération. Alors qu’Uber empoche 27% de commissions à chaque course, il n’y a pas de commission prélevée sur les courses sur Lymo. L’entreprise genevoise demande par contre 35 francs au maximum par semaine aux chauffeurs pour apparaître sur l’app. Lymo prélève en effet 5 francs pour chacune des sept premières courses de la semaine. Ce qui fait au maximum de 140 francs par mois. En comparaison, les chauffeurs de taxi doivent payer 737 francs par mois de contribution aux frais d'administration à leur centrale.

Après cinq mois d’activités, Lymo compte aujourd’hui 300 chauffeurs, selon Alex Sabbag, cofondateur de l’entreprise. «Nous observons un phénomène de boule de neige, avec une augmentation de +13% des courses de semaine en semaine depuis le mois d’août. Depuis notre phase pilote en mai-juin, nous avons multiplié par sept le nombre de courses. Dans le secteur, on sent qu’on nous prend au sérieux.» Si le cofondateur n’a pas souhaité divulguer le nombre exact de courses mensuelles, il estime que Lymo atteint «le plus haut niveau qu’a connu Kapten à Genève.» A noter que, si l’entreprise genevoise tente de réunir les deux catégories de chauffeurs, seuls 8% sont au final des taxis parmi ces 300 professionnels.

Porter plainte pour concurrence déloyale

Parmi les cofondateurs de Lymo, on trouve l’homme d’affaires de Cologny Majed Samawi, propriétaire entre autres d'un hôtel de luxe à Crans-Montana. Et parmi les administrateurs de la société, on remarque la présence du conseiller national PLR Christian Lüscher. «Maître Lüscher n’est pas du tout impliqué dans la partie opérationnelle, précise Alex Sabbag. En revanche, par son métier d’avocat, il nous a conseillé pour mettre au point un modèle d’affaires qui respecte la loi».

La pique est lancée. Car effectivement, l'Etat de Genève et Mauro Poggia ont procédé à une analyse juridique du cas Uber. Après enquête, l'administration cantonale a considéré la société comme une entreprise de transports, dont les chauffeurs doivent être traités comme des employés et non comme des partenaires. Uber, de son côté, estime qu'il est un simple diffuseur de course qui passe un contrat de partenariat avec les chauffeurs qui désirent utiliser sa plateforme.

Alex Sabbag estime que le modèle de Lymo respecte la loi cantonale sur les taxis et les voitures de transport avec chauffeur ainsi que le Code des obligations. «Le statut d’indépendant ne s’arrête pas seulement à la flexibilité des horaires de travail. Cela est beaucoup trop réducteur. Chez Lymo, l’indépendance se trouve également dans trois points : la liberté tarifaire, le chauffeur décide son tarif. Ensuite, il existe bel et bien un contrat direct entre le fournisseur de service et le client. Ce dernier peut en effet choisir le fournisseur de service en comparant les prestations. Enfin, nous n’imposons aucun lien de subordination.» 

En d’autres termes, pour le cofondateur de Lymo, certaines sociétés VTC qui revendiquent le statut d’indépendants pour leurs chauffeurs sont en fait des employeurs qui ne paient pas les charges sociales et bénéficient ainsi d’une structure de coût injustement trop basse. Dans cet élan, il envisage même de poursuivre en justice son concurrent principal VTC en justice pour concurrence déloyale. «On n’y réfléchit sérieusement», avertit-il.

Ambition nationale et internationale

Après six premiers mois concluants, le cofondateur redouble d’ambitions pour Lymo. Il annonce en effet un déploiement à l’échelle nationale pour 2020, en couvrant les principales villes suisses. Pour Genève, l’objectif est de compter 800 chauffeurs au moins d’ici à la fin de l’année. En parallèle, les dirigeants de Lymo ont effectué de premiers contacts à l’étranger pour exporter le modèle de Lymo, notamment en Europe. «Si le modèle Lymo est applicable en Suisse, dans un environnement très restrictif et contraignant, il sera applicable partout dans le monde. Nous pouvons devenir une nouvelle licorne suisse. Notre volonté est de franchiser la marque. Nous sommes déjà en discussions avec certains partenaires.»

Afin de soutenir sa croissance, Lymo prépare une importante levée de fonds pour le deuxième trimestre de 2020. Alex Sabbag n’a pas souhaité indiquer cependant le montant visé. Mais pour le cofondateur, la société est en discussion désormais avec des investisseurs institutionnels.






 
 

AGEFI




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