Le destin compromis des universités cantonales

dimanche, 27.01.2019

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

Selon la Constitution, la ligne de démarcation est claire: aux cantons l’enseignement du primaire à l’université, à la Confédération la formation professionnelle y compris les Ecoles polytechniques fédérales. Ce qui a une coloration culturelle et cultuelle, appartient aux pouvoirs locaux, ce qui concerne l’industrie peut être confié à la Confédération.

Au fil des décennies, la ligne de partage s’est brouillée. Tout d’abord l’objectif de l’enseignement universitaire a changé: il ne s’agit plus de former les membres des professions libérales qui se recrutaient jadis dans la bonne bourgeoisie et formaient une classe de notables. La formation ne coûtait pas très cher et le nombre des étudiants n’était pas trop élevé. Un canton pouvait supporter à lui seul l’essentiel du budget d’une université.

Aujourd’hui l’université dispense un enseignement de masse à 250 000 étudiants. Un diplôme universitaire est simplement un passeport pour des emplois un peu plus intéressants. La formation est devenue plus exigeante, les budgets ont explosé. Les universités ont appelé à la rescousse les cantons non universitaires, qui compensent une partie du coût de leurs ressortissants, et la Confédération qui les subsidie soit directement, soit par le truchement du Fonds Nationale de la recherche.

Par ailleurs les frontières nationales ont sauté. Le processus de Bologne uniformise les diplômes à travers toute l’Europe et les accords bilatéraux permettent aux diplômés européens de s’installer partout. C’est un simple retour à la case départ. Lorsque les grandes universités ont été créées depuis le douzième siècle, les diplômes avaient tout naturellement une validité dans tout le continent. Nulle part on n’allait refuser l’exercice de sa profession à un médecin de Montpellier ou à un juriste de Bologne.

Ainsi le contexte dans lequel les universités cantonales sont nées a disparu. Et les conditions de leur financement deviennent de plus en plus difficiles. La Confédération rechigne à investir davantage tant elle a peur que les cantons se désengagent. Et puis, l’ensemble de l’édifice n’est pas cohérent. Les duplications abondent. Chaque université prétend couvrir tout le champ du savoir même si le nombre des étudiants dans certains auditoires est restreint. Le cas des facultés de théologie est significatif. On se souviendra de la saga des pharmaciens vaudois qui refusaient de se former à Genève et qui en ont appelé au peuple.

Toutes ces raisons militent pour que les universités cessent d’être gouvernées par les cantons sans pour autant perdre leur autonomie propre en matière de nomination des professeurs, de programmes des cours et de projets de recherche. Mais il faut maintenant une main unique pour répartir les finances. Il faut une poigne de fer pour réduire les particularismes dispendieux et les duplications fantaisistes.

* Professeur honoraire EPFL






 
 

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