Le déclin de la démocratie

jeudi, 29.10.2020

Marie Owens Thomsen *

Marie Owens Thomsen

L’année 2019 a vu la 14e baisse consécutive des libertés dans le monde, selon Freedom House qui constate une détérioration dans 64 pays, alors que 37 pays étaient en amélioration.

En effet, c’est en 2005 que Freedom House a constaté pour la dernière fois une progression des libertés dans davantage de pays que l’inverse. Human Rights Watch, l’observatoire des droits de l’homme, met l’accent sur cette dégradation dans son rapport mondial 2020, en citant notamment la situation des Ouïghours en Chine.

Concernant les libertés individuelles, une attention toute particulière devrait être portée aux pays dits « libres » car sur les 41 pays considérés comme des démocraties établies, 25 ont toutefois connu une détérioration de leurs indicateurs courant 2019. Les Etats-Unis, par exemple, ont perdu 10 points dans la notation de Freedom House en 10 ans. Le pays récoltait 94 points en 2009, plutôt en ligne avec la Suisse, la France, l’Allemagne, le Danemark et le Royaume-Uni entre autres, tous à 96 points sur 100 (trois pays sont notés à 100 : la Finlande, la Norvège et la Suède ; le Tibet est le plus mal noté à 1 et la Corée du Nord se trouve avec un score de 3 points). En 2019, les Etats-Unis n’ont plus que 86 points et le pays se compare alors avec l’Argentine à 85 ou la Pologne à 84, et se trouve moins bien noté que l’Italie, la Grèce, et la Slovaquie, pour en nommer quelques-uns.

Concernant le respect des droits de l’homme, Human Rights Watch cite la politique inhumaine des Etats-Unis concernant l’immigration (ACLU recense 2654 enfants séparés de leurs parents pour une durée moyenne de 154 jours mais pouvant aller jusqu’à 10 mois – dans le cas d’une fille de 4 ans), la rhétorique qui perpétue le racisme et la discrimination, le manque de progrès concernant l’incarcération en masse,  la détérioration des droits pour les personnes LGBT, la difficulté accrue à obtenir une assurance maladie et la dérèglementation des industries qui mettent la santé et la sécurité des personnes à risque. A ceci vient se rajouter la politique internationale des Etats-Unis qui a affaibli les institutions multilatérales et renforcé les relations avec des pays autocrates et abusifs.

Les démocraties se doivent de dénoncer toute violation des libertés et des droits de l’homme et ne pas se limiter à celles commises par des dictatures. Si l’on s’oppose à la vente d’armes, par exemple, il faut savoir que la France continue à en vendre à l’Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis malgré le risque de voir ses armes prendre part aux violations des droits de l’homme au Yémen. Pour les investisseurs qui ne souhaitent pas être présents sur les marchés financiers des pays qui ne respectent pas ces normes internationales, l’univers investissable se réduit radicalement. Sur 195 pays dans le monde, 41 seulement sont des démocraties établies parmi lesquelles peu n’ont rien à se reprocher.

Dans les marchés financiers, la notation de crédit AAA est attribuée aux pays les plus performants. L’agence de notation S&P n’attribue cette note qu’à onze pays : l’Australie, le Canada, le Danemark, la Finlande, l’Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, Singapour, la Suède, et la Suisse. L’agence Fitch a réduit ce nombre à 10, en déclassant le Canada cet été. Ces pays « phares » représentent moins de 10% des pays souverains notés, 7% de la dette souveraine mondiale et quelques 11% de la capitalisation boursière mondiale. Voilà la preuve que dans un monde où la liberté et le respect des droits de l’homme est en déclin, l’univers investissable correspondant l’est également.

* Global head of Trends Lombard Odier






 
 

AGEFI



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