Les géopopulismes et le ralentissement mondial

mardi, 17.07.2018

Le cycle mondial poursuit son ralentissement face à un resserrement de la liquidité et à la montée des incertitudes politiques.

Raphael Gallardo*

Le cycle mondial poursuit son ralentissement sous les effets combinés d’un resserrement de la liquidité mondiale (virage restrictif des grandes banques centrales) et de la montée des incertitudes politiques (populismes occidentaux, tensions géopolitiques Chine/Etats-Unis).

BCGE: resserrement dès cet automne

La BCE a annoncé, avec un mois d’avance, la fin de son programme de QE (EAPP) pour décembre 2018. Il semble que la décision d’avancer l’annonce ait été précipitée par les critiques véhémentes formulées par des membres de la coalition au pouvoir en Italie, mettant en défaut l’impartialité des achats de titres souverains par la BCE. Certes, la BCE a cherché à minimiser l’impact de cette décision en musclant son guidage prospectif des taux courts: il n’y aura pas de hausse des taux directeurs avant l’été 2019. Il n’empêche que l’institut de Francfort devra opérer un resserrement procyclique de sa politique monétaire dès cet automne, alors que l’économie italienne sera probablement entrée dans une phase de ralentissement sensible. Les spreads souverains pourraient donc rester sous pression.

Pas de laxisme budgétaire

La Commission Européenne devrait se montrer conciliante avec Rome afin d’éviter un bis repetita de 2011, mais l’Allemagne ne saurait tolérer un laxisme budgétaire «mal» ciblé (création d’un revenu universel plutôt qu’une recapitalisation bancaire): un tel précédent serait catastrophique pour la discipline fiscale en Europe. Pour l’heure, Salvini concentre ses efforts sur la dynamique porteuse de l’immigration, ce qui permet à Bruxelles de gagner du temps sur les questions budgétaires, mais exporte la crise italienne au Bundestag, où la grosse koalition est menacée d’éclatement sur le thème migratoire.

La Fed a enfin intégré dans son discours le risque avéré de surchauffe de l’économie américaine l’an prochain. Le FOMC a semblé longtemps privilégier la remontée des anticipations d’inflation à long terme. L’impact de la crise de 2008 sur les breakevens est désormais effacée, et il est temps de se rapprocher d’un taux réel neutre pour les Fed funds. Le problème est que la Fed contribue ainsi à la remontée du dollar sur les marchés des changes, au risque d’aggraver les difficultés des Etats et corporates émergents lourdement endettés en dollars. La Fed ne communique toujours pas sur les effets négatifs de la contraction de son bilan sur un monde émergent structurellement short USD.

Les effets néfastes du protectionnisme

Enfin, le MPC britannique a vu la balance des votes pencher un peu plus vers une hausse de taux à court terme, malgré une conjoncture maussade et des négociations sur le Brexit toujours au point mort. Au total, la liquidité mondiale poursuit son repli, dans un mouvement de contraction monétaire procyclique vis-à-vis du monde hors Etats-Unis.

L’escalade des menaces protectionnistes entre l’Amérique d’un côté, la Chine et l’Europe de l’autre, détruit les «esprits animaux» entrepreneuriaux dans chaque camp, ce qui se retrouve dans le retournement des enquêtes de confiance industrielles outre-Atlantique. En outre, l’effet du protectionnisme américain est une remontée du dollar qui aggrave mécaniquement le déficit extérieur américain, et invite Trump à encore plus de protectionnisme. 

Un dollar fort soutient l’Europe

Un dollar fort soutient à court terme la croissance européenne, et notamment italienne, mais place la question des excédents commerciaux allemands en bonne place sur le bureau du Trade Secretary Wilbur Ross. Trump a dès lors menacé l’UE de tarifs de 20-25% sur ses exportations automobiles. Cette taxation serait catastrophique pour l’industrie allemande et sa chaîne de fournisseurs déjà menacée par un hard Brexit. Pour la mercantiliste Allemagne, un surplus commercial est le lot de consolation pour partager sa monnaie avec des «délinquants» budgétaires comme l’Italie. Mais si ces excédents ne sont plus tolérés par l’Amérique, la popularité de l’euro changera en Allemagne.

*Ostrum AM






 
 

AGEFI




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