Le courage de surmonter les défis

vendredi, 28.06.2019

Jacques Neirynck *

Tous les défis sont des occasions de se surmonter. On en a de multiples témoignages avec ceux et celles sur lesquels le malheur a fondu: maladie, invalidité, accident, séparation, chômage, pauvreté. Même si le handicap n’a pas disparu, l’individu s’est renforcé.

C’est pourquoi tant de Suisses quittent délibérément leur zone de confort pour s’imposer des épreuves. On peut supporter ou même choisir la difficulté pour en sortir grandi. On peut aussi la nier ou la fuir et subir les conséquences de cette lâcheté. 

Le pire des défis auquel nous sommes tous confrontés, individuellement ou collectivement, c’est celui lancé à la planète par la planète: demeurer vivable bien qu’elle supporte une espèce envahissante, turbulente, négligente et avide: la nôtre. Nous avons modifié un paramètre essentiel de la Terre et nous continuons imperturbablement, bien que les mises en garde n’aient pas manqué depuis un demi-siècle. 

Le défi, comme toujours, pourrait être surmonté par une mise en œuvre intelligente de la technique: isoler les bâtiments, les couvrir de cellules solaires, puiser dans la géothermie, etc. Et la Suisse dispose surabondamment des finances pour cette entreprise. Mais la technique et la richesse ne donnent que les moyens de la politique: encore faut-il que celle-ci soit suscitée, entretenue et développée par le consensus des citoyens dans le système démocratique. 

Révolution mentale

Le défi porte sur notre civilisation, qui doit être changée en profondeur et, pour tout dire, améliorée. Le défi matériel exige une conversion morale. C’est bien son but et son utilité. Nos ancêtres ont survécu aux pires défis climatiques spontanés, des périodes glaciaires de 100.000 ans, par leur ingéniosité technique, mais aussi par leur culture et leur religion qui leur donnait le courage nécessaire. Beaucoup d’espèces humaines ont disparu, parce qu’elles n’ont pas réalisé cette révolution mentale. C’est leur élimination qui a défini le petit reste, tellement doué, que nous sommes. Laissé à lui-même, le défi climatique fonctionnera par élimination des moins aptes à sortir de leur aveuglement. 

Or la Suisse a démontré en maintes circonstances qu’elle était particulièrement capable de surmonter les pires défis, y compris le tout premier, celui de sa topographie montagneuse. Un pays pauvre devenu riche. A trois reprises le peuple souverain a dominé ses peurs et ses aveuglements pour échapper aux guerres franco-allemandes. Il fallut nommer un général muni des plus vastes pouvoirs, entretenir une industrie d’armement, mobiliser une armée de milice entrainée et motivée, ruser avec l’ennemi, dépenser beaucoup d’argent des contribuables. Ce défi gigantesque, qui fut surmonté, prouve que celui qui advient peut l’être. Il faut l’envisager froidement, sans céder à une panique suscitée pour des raisons de basse politique, et décider d’agir.

*Professeur honoraire EPFL






 
 

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