Le courage, ce petit morceau de sucre

mardi, 03.12.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, affirme que les pertes résultant du changement climatiques et bénéficiant d’une couverture de la part des compagnies d’assurance s’élevaient à 80 mille milliards de dollars en 2018, un chiffre deux fois supérieur à la moyenne sur 30 ans. Les pertes non-couvertes par des assurances s’élevaient à 200 mille milliards de dollars en 2017 («The Economics of Climate», FMI, décembre 2019). Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui témoigne de la nécessité de prendre en compte les risques liés au changement climatique dans la gestion de notre épargne et de nos investissements. 

L’approche «durable» dans l’investissement est encore souvent considérée comme une sorte de remède au goût amer. Beaucoup d’investisseurs éprouvent un certain rejet face à cette approche perçue comme trop compliquée, trop opaque, et trop coûteuse. Mais, comme le disait Mary Poppins, «il est vrai que dans chaque travail il y a un élément au fond qui fait que l’on s’adapte … c’est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler».  En fait, il suffit d’avoir un peu de courage dans ses choix.

L’approche d’investissement «durable» s’oriente principalement vers l’intégration des critères concernant l’Environnement, le contexte Social, et en faveur d’une Gouvernance transparente et responsable, les fameux critères ESG. Il existe une pléthore de fournisseurs de notations ESG sur le marché et le principe d’investissement consiste à fixer un objectif et à éviter les noms souffrant d’une mauvaise notation. Actuellement, la méthodologie n’est pas encore normée, et les fournisseurs de ce type de notations arrivent souvent à des conclusions très divergentes concernant les mêmes sociétés. 

Certes, le secteur de d’investissement durable et responsable est encore très jeune et le développement des standards et de normes prend beaucoup de temps. Lors d’un discours à l’Université du Kansas en 1968, Robert Kennedy démontrait à quel point le produit intérieur brut (PIB) ne mesurait pas ce qui nous importe dans la vie. Pourtant, plus de cinquante ans plus tard, le PIB reste encore l’indicateur suprême dans l’analyse économique.

Un des autres axes les plus souvent utilisés pour adapter les portefeuilles d’investissement est l’exclusion. Il s’agit donc d’exclure des instruments financiers émanant d’activités comme par exemple le secteur de l’armement, ou les industries polluantes. A l’opposé de l’exclusion, il y a l’engagement – le fait d’exercer son droit de vote aux assemblées des sociétés dans lesquelles on est investi. Si cela semble insurmontable, il existe des sociétés qui proposent ce service. On peut également choisir d’orienter ses investissement en faveur d’un but précis, comme le changement climatique. Pour ce faire, il est fort utile de regarder si l’investissement en question bénéficie d’une certification. Le «Climate Bonds Initiative», entre autres, certifie des biens d’investissement qui respectent des standards définis, procurant ainsi un gage de qualité fort appréciable. 

Pour le reste, la question d’intégrer les effets du changement climatique dans sa stratégie d’investissement est fondamentalement une question de gestion des risques, «l’élément au fond qui fait que l’on s’adapte». Il faut appréhender le risque juridique,  opérationnel, de marché, de liquidité, de crédit/contrepartie, de transparence, et de réputation. En ce faisant, la stratégie de l’investissement qui en découle sera durable et responsable. Voilà le morceau de sucre.

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI




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