Une semaine de récupération

lundi, 10.02.2020

Le coronavirus et les estimations de ses possibles effets ont dominé l’actu des marchés boursiers.

Karine Patron*

Karine Patron

La progression du coronavirus et les estimations de ses possibles effets négatifs sur la croissance économique chinoise et mondiale ont dominé l’évolution des marchés boursiers.

Les principaux indices actions ont récupéré entre 4 et 5%, encouragés par des signes que la propagation du virus ralentissait, que des vaccins étaient à l’étude et par les mesures ciblées des autorités chinoises sur le plan monétaire ou fiscal. La banque populaire de Chine a injecté 1700 milliards de yuans pour des prêts aux entreprises et a abaissé le taux de refinancement des banques. Pékin a par ailleurs coupé les taxes à l’importation sur 75 milliards de produits américains. Un autre facteur positif est que bon nombre d’entreprises ont battu les attentes en termes de résultats et de chiffre d’affaires.

L’enthousiasme a enregistré un coup de frein à l’approche du week-end, les investisseurs craignant d’être trop complaisants. Il est encore tôt pour évaluer l’impact de l’épidémie sur la croissance globale. Mais ce nouveau facteur de risque vient sans conteste perturber une tendance, celle des indicateurs manufacturiers et de la confiance du secteur privé, qui s’inscrivait en modeste amélioration. Il faut dire que l’économie chinoise est bien plus intégrée au marché mondial que lors de l’épidémie de SRAS en 2002-2003. Les services y ont une plus large part et il faudra un certain laps de temps avant que la production revienne à pleine capacité. Toute une chaîne d’approvisionnement et de ventes, avec les fermetures de magasins, est disloquée. Les suspensions d’activité affectent en particulier le secteur technologique et l’automobile.

Les commandes à l’industrie en Allemagne pour le mois de décembre se sont inscrites en nette baisse, -2% contre +0.6% attendu. Ceci montre combien l’économie européenne est vulnérable à toute flexion de la demande chinoise. Aux Etats-Unis, le rapport sur l’emploi de janvier était assez encourageant, avec 225.000 créations de postes de travail soit 65.000 de plus qu’anticipé. Ce vendredi, le chiffre des ventes au détail de janvier montrera si les consommateurs sont restés confiants. L’inflation en Chine est ressortie à 5.4% en janvier, au plus haut sur huit ans, avec une croissance du prix des denrées alimentaires, +20.6% sur un an, qui s’est accélérée avec les mesures pour endiguer l’épidémie.

Le discours de Jerome Powell au Congrès sur l’état de l’économie sera attentivement suivi, pour voir si ce nouveau risque représenté par le coronavirus pour les perspectives économiques le fera s’éloigner du ton neutre adopté pour la politique monétaire. Avec le rendement des Treasuries à 10 ans tombé à 1,6%, le marché espère en fait plusieurs coupes de taux.

La gestion passive étend son influence

Le montant des actifs gérés de façon passive (dont la stratégie réplique un indice de référence) a dépassé le montant des actifs gérés activement sur le marché américain en 2019, selon un indice publié par Morningstar.

Cet essor de la gestion automatisée n’est pas sans conséquence sur les marchés. Si un investisseur institutionnel investit 10 millions en actions dans un fonds indiciel, il détiendra en un clic l’entier du marché de référence. Pratique non?

Sauf que si une majorité des intervenants achète et vend l’indice tout entier, cela signifie que les flux font monter ou baisser le marché, uniformément, sans distinction faite concernant les titres individuels. Car la composition d’un fonds indiciel ne dépend pas des modèles d’affaires des entreprises sélectionnées, ni de leur valorisation, ni de leur rentabilité, mais uniquement de leur taille (capitalisation boursière).

Cela rend l’environnement adverse pour les gérants actifs, les stock pickers, qui scrutent les entreprises en long et en large afin de déterminer lesquelles il faut acheter, et peut-être celle qu’il faut vendre à découvert.

Le jeu est devenu dangereux, et des grands noms de la gestion active ont jeté les armes ces derniers mois. Cela signifie que dans la gestion actuelle, nous sommes obligés de prendre en considération ce facteur afin de ne pas nager à contre-courant.

* Gérante discrétionnaire à la Banque Bonhôte & Cie






 
 

AGEFI




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