Le coronavirus, entre gestion de crise et réflexion prospective

lundi, 09.03.2020

Pierre-Gabriel Bieri*

Pierre-Gabriel Bieri

Les risques sanitaires liés au nouveau coronavirus constituent aujourd’hui une préoccupation majeure. Il s’agit d’évaluer correctement la fiabilité des diverses informations à ce sujet et d’admettre une application raisonnable du principe de précaution, en respectant les consignes des autorités sanitaires. Parallèlement, cette situation invite à réfléchir à la possibilité de rendre la société et l’économie plus résistantes face à de telles perturbations, et à la manière de gérer les crises, quelles qu’elles soient.

Même si les sujets politiques ne manquent pas, il apparaîtrait incongru de ne pas évoquer ici le thème du coronavirus «Covid-19», qui commence aujourd’hui à bousculer directement notre vie sociale et notre vie économique. Vendredi dernier, le Conseil fédéral a décidé d’interdire, jusqu’au 15 mars, toute manifestation réunissant plus de mille personnes – ce qui touche notamment le Salon de l’automobile de Genève, mais aussi des carnavals et des matchs sportifs. Pour les manifestations de moins grande ampleur, le risque doit être évalué avec les autorités cantonales, qui peuvent décider des interdictions de cas en cas ou de manière générale. Ce lundi, de nouvelles règles d’hygiène ont été diffusées, où il est notamment recommandé de ne plus se serrer la main.

Dans la population, les réactions sont diverses. Certaines personnes surréagissent, parfois de manière peu rationnelle, en suggérant que la situation est plus grave qu’on veut bien nous l’avouer et que des mesures plus dures devraient être prises.

D’autres estiment au contraire qu’on exagère le danger, que le nouveau virus tue moins de monde que la grippe saisonnière et que les autorités ne cherchent qu’à se couvrir face à d’éventuels reproches. Qui croire?

Une application raisonnable du principe de précaution

On constate que la peur d’une pandémie s’inscrit avec facilité dans un contexte social déjà marqué par de nombreuses angoisses: réchauffement climatique, exposition aux ondes radio, intelligence artificielle, exploitation des données personnelles, flux migratoires, guerres commerciales entre grands Etats, etc. Le coronavirus ravive aussi la peur des fake news: la population est submergée d’annonces parfois contradictoires et on se demande forcément si certaines sources n’ont pas quelque intérêt à manipuler l’information – dans un sens ou dans un autre.

Face à ces peurs, il faut faire travailler son intelligence et son intuition. Il est évidemment plausible que les Américains ou les Chinois soient tentés de récupérer la peur du virus à des fins politiques ou économiques. Plus près de chez nous, certains essaieront de relier cette crise sanitaire à la libre circulation des personnes – alors qu’il n’y a guère de rapport entre les deux. En revanche, on ne voit guère de motif pour ne pas faire confiance à l’Office fédéral de la santé publique. Il ne s’agit pas de croire aveuglément tout ce qu’affirment les autorités, mais d’évaluer avec discernement ce qui est plausible ou non, en se souvenant que les messages officiels, en moyenne, restent tout de même plus fiables que les sources officieuses, inconnues ou fantaisistes.

Selon les informations accessibles, le taux de létalité (nombre de décès en proportion du nombre d’infections) du Covid-19 apparaît nettement plus élevé que celui de la grippe saisonnière, même s’il reste relativement faible (entre 2 et 3%). 

Les victimes sont généralement des personnes âgées ou souffrant d’autres maladies. Le danger réside surtout dans la rapidité de la transmission, qui laisse planer la menace d’un engorgement des infrastructures sanitaires, mais aussi dans le manque de connaissance qui entoure ce nouveau virus, et qui incite à respecter le fameux «principe de précaution». Ce principe est souvent invoqué de manière abusive afin de s’opposer à toutes sortes d’innovations techniques. Mais dans le cas présent, et sur la base de ce qui a été constaté, il serait présomptueux d’affirmer que les mesures de précaution adoptées par les autorités helvétiques sont exagérées.

Un exercice de gestion de crise

Au-delà de la nécessité immédiate de suivre les consignes des autorités sanitaires et de prendre les mesures organisationnelles qui s’imposent, chacun pourrait utilement réfléchir à la relative fragilité de notre société face à de tels événements perturbateurs. Pour le moment, la crise du coronavirus n’entraîne heureusement aucun chaos, mais elle laisse tout de même présager de lourdes conséquences économiques et financières. Comment y faire face? Comment affronter une éventuelle prolongation de la menace? Comment assurer la continuité de l’activité? Comment, d’une manière plus générale, rendre notre société plus résistante et plus «résiliente», sans pour autant remettre en cause la prospérité moderne, l’économie libérale ou les échanges internationaux?

Les réponses ne sont pas simples, mais il s’agit de réflexions prospectives qui méritent d’être menées par les responsables politiques ainsi que par les dirigeants d’entreprise. On ne peut pas toujours prévoir les crises, ni les éviter, mais on peut apprendre à s’y préparer assez tôt et à s’y exercer régulièrement.

* Centre Patronal






 
 

AGEFI



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