Le coronavirus affecte aussi l’économie suisse

mercredi, 04.03.2020

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

A l’heure actuelle, un endiguement ou, du moins, une propagation limitée du coronavirus semble probable. La baisse du nombre de nouvelles contaminations en Chine va dans ce sens. L’irruption du virus a cependant eu pour effet de paralyser en partie l’économie chinoise, qui pourrait même être en récession au premier trimestre.

Il est encore trop tôt pour dire si l’Europe va mettre en place des restrictions à la liberté de circulation aussi radicales qu’en Chine. La Suisse peut être affectée de diverses manières par le coronavirus et par les mesures déjà prises.

Ces dernières années, les touristes chinois ont pris une importance croissante pour le tourisme helvétique. Les restrictions drastiques imposées par leur gouvernement pour les voyages devraient entraîner un net recul du nombre de touristes en provenance de Chine. Toutefois, le déroulement de la saison de ski est beaucoup plus déterminant pour le tourisme suisse.

Moindre demande de produits helvétiques

La Chine, Hong Kong inclus, est la troisième destination à l’exportation des entreprises suisses. Un effondrement de la croissance affecterait ainsi les exportations, notamment celles du secteur horloger. Hong Kong, destination importante pour le négoce et le tourisme, est fortement touché par l’irruption du coronavirus, ce qui devrait se répercuter dans les chiffres des ventes de montres suisses. 

La mise à l’arrêt partielle de l’économie chinoise peut entraîner en Suisse aussi un arrêt de la production dans des entreprises qui sont intégrées dans la chaîne de création de valeur d’entreprises chinoises. Toutefois, l’économie helvétique n’est que peu impliquée dans la chaîne de création de valeur asiatique. Les données de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) montrent que les exportations suisses contiennent une part de création de plus-values européenne relativement importante, mais une faible création de plus-values venant d’Asie.

L’irruption du coronavirus fait naître une incertitude quant à l’évolution future de la conjoncture mondiale. Cette incertitude pèse aussi sur le moral des entreprises suisses, qui est lié à celui de l’industrie européenne. En 2019 déjà, le moral de cette dernière est tombé à un niveau qui va généralement de pair avec une récession industrielle. Comme la Suisse fait partie de la chaîne de création de valeur européenne, un moral de l’industrie en berne dans la zone euro pourrait avoir pour conséquence une nette baisse de la croissance helvétique.

Le franc comme valeur refuge

Le franc suisse est une valeur refuge - mais plus en cas de risques en Europe qu’en cas de risques en Asie, où le dollar américain est beaucoup plus demandé. Mais si le coronavirus vient à déclencher un ralentissement économique en Europe, il est tout à fait possible que le franc subisse une nouvelle pression à la hausse.

La propagation du coronavirus, d’abord en Italie puis, ces derniers jours, dans d’autres pays dont la Suisse, ouvre la possibilité qu’en Europe aussi les autorités soient obligées de restreindre fortement certains pans de l’économie pour empêcher une expansion incontrôlée du virus. 

Les conséquences pour l’économie helvétique seraient alors douloureuses. Une récession serait tout à fait possible. La Banque nationale suisse n’acceptera pas sans réagir une nouvelle réévaluation du franc, mais s’y opposera en intervenant sur le marché des changes. Elle est aussi prête en cas d’urgence à abaisser ses taux d’intérêt pour alléger la pression sur le franc.

* Economiste responsable pour la Suisse romande UBS






 
 

AGEFI



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