Le bois s’est envolé avec la pandémie de Covid

mardi, 25.08.2020

Le contrat à terme Random Length Lumber s’échange à un prix correspondant au double de sa moyenne des dix dernières années, en hausse de près de 100% depuis le début 2020.

Levi-Sergio Mutemba

Il fallait pratiquement être l’initié d’un oracle pour se douter qu’une pandémie globale persistante allait provoquer une poussée extraordinaire des prix du bois. Jusqu’à atteindre le double de leur moyenne des dix dernières années. Ce processus résulte d’une forte hausse de la demande de produits de rénovation intérieure aux États-Unis, qui sont largement constitués de ce matériau d’origine végétale. «Les entreprises américaines de rénovation intérieure, telles que Home Depot et Lowe’s, ont constaté une forte demande de la part de clients, confinés chez eux et qui, au lieu de sortir, dépensent l’argent dans leurs maisons», explique Ole Hansen, expert des matières premières chez Saxo Bank. Les actions des deux groupes ont enregistré une performance de 30% et 37%, respectivement, depuis fin décembre. Soit cinq fois la progression de l’indice S&P 500 sur cette période. 

Selon Ole Hansen, les prix du bois d’œuvre seraient désormais entrés «en territoire de surachat», le contrat à terme pour livraison en septembre négocié au Chicago Mercantile Exchange (CME) s’échangeant au prix de 801 dollars par mille pieds mesure de planches (l’équivalent d’un volume d’environ 25,6 millions de millilitres). Autrement dit une progression de prix de près de 100% depuis le début de l’année. Jusqu’à la fin de la semaine dernière, les cours du bois d’œuvre nord-américain avaient même enregistré des séances boursières consécutives durant lesquelles ils avaient atteint leurs limites de fluctuations (à la hausse) journalières autorisées par le CME.   

Hier en fin d’après-midi, les prix se sont stabilisés à 790 dollars par mille pieds planches. Mais le maintien des niveaux extrêmes – par rapport aux 279 dollars du creux d’avril – est ce qui a conduit Saxo Bank à s’intéresser exceptionnellement au marché des dérivés sur le bois, que la banque en ligne considère comme étant «relativement restreint par la taille». L’industrie du bois physique américain est elle-même évaluée à un peu plus de 10 milliards de dollars, selon les chiffres du CME, dont les premiers futures sur le bois d’œuvre ont été lancés en 1969. 

L’OMC contre les tarifs américains 

Un Random Length Lumber Futures (ticker LB), ou Contrat à Terme pour du Bois d’œuvre de Longueurs Irrégulières, a pour sous-jacent du bois d’essences Épinettes, Pin et Sapin (EPS) de qualité supérieure et de dimension commerciale de 2x4 pouces, correspondant à une dimension utile de 38x89 millimètres. Chaque contrat représente 110.000 pieds mesure de planches (PMP) de bois d’œuvre et le prix est indiqué en dollar par mille PMP. Il s’agit d’un marché largement dominé par les producteurs, scieries et commerçants de bois physiques dans le cadre d’opérations de couverture contre les fluctuations excessives de prix. 

«Les prix au comptant sont imprévisibles», soulignent les experts du CME. «Les contraintes d’approvisionnement sont multiples, telles que les fermetures de moulins et de scieries, les politiques environnementales et les taux d’intérêt», poursuivent ces derniers. Il en découle que les prix réagissent de façon extrême et fréquente aux déséquilibres de l’offre et de la demande, pouvant mener à des «pertes parfois dévastatrices» pour les acteurs de l’industrie. 

Notons ainsi que le recul, hier, de 19 dollars environ du prix du contrat pour livraison en septembre fait suite à la décision de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) d’annuler l’imposition de tarifs sur le bois canadien que l’administration Trump avait mise sur pied en 2017. Ces tarifs, pouvant atteindre 20,3%, figurent parmi les autres facteurs ayant dopé les prix du bois américains, tandis que la politique de taux bas de la Réserve fédérale tend à stimuler les nouvelles constructions.  

Situation inverse en Europe

La situation contraste pour le moins avec le reste du monde. «Les importateurs européens ont dû faire face à une accumulation de stocks difficile à évacuer car les fabricants, les détaillants et les chantiers de construction étaient bloqués par les mesures de confinement», explique l’Association Technique Internationale des Bois Tropicaux (ATIBT), dans son analyse sur l’impact du Covid sur le marché du bois tropical publié en juin. Et qui sent que «l’intérêt des acheteurs de l’Union Européenne semble diminuer à mesure que leurs stocks augmentent».






 
 

AGEFI



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