«Le soutien gouvernemental à l’économie est un premier pas indispensable. Mais cela ne suffit pas»

mercredi, 04.11.2020

Le Conseil fédéral a notamment réactivé l’aide financière pour les dirigeants salariés et pour les indépendants. Réaction du directeur de la Fédération des entreprises romandes.

Maude Bonvin

Blaise Matthey: «A terme, il faudra évaluer s’il faut en faire davantage et être prêt à s’adapter.»

Le Conseil fédéral a réactivé mercredi l’aide financière pour les dirigeants salariés de leur entreprise directement touchés par les décisions de fermeture ainsi que pour les indépendants et dirigeants salariés indirectement affectés par ces décisions et qui subissent une baisse significative de leur chiffre d'affaires. Le gouvernement a aussi mis en consultation son projet de loi qui ouvre la porte à des contributions à fonds perdu. Des contributions destinées aux secteurs les plus impactés par la crise dont le tourisme, l’événementiel et le voyage. Les cantons ont désormais dix jours pour se prononcer sur ce sujet. La nouvelle législation entrera en vigueur au plus tôt en décembre.

Le point de vue de Blaise Matthey, directeur de la Fédération des entreprises romandes (FER) à Genève. L’organisation patronale et économique compte 28.000 entreprises membres dont 9000 indépendants.

Le soutien à l’économie du gouvernement est-il suffisant?

Il s’agit d’un premier pas indispensable qui va dans la bonne direction. Cela ne signifie toutefois pas qu’il est suffisant. A terme, il faudra évaluer s’il faut en faire davantage et être prêt à s’adapter. Les montants mis à disposition par les collectivités publiques seront, à cet effet, déterminants. 

Que dire des aides prévues pour les cas de rigueur et des APG?

Là aussi, le montant proposé par la Confédération pour les cas de rigueur devra sûrement être revu à la hausse. (ndlr: le Conseil fédéral a annoncé 200 millions de francs). L’entrée en vigueur de cette nouvelle disposition prévue au premier décembre est à saluer. Il faut aller vite dans ce dossier. Nous allons maintenant faire des propositions très concrètes à propos de cette nouvelle loi. Tout n’est pas encore clarifié. J’imagine néanmoins une mise en application souple.

Quant à la réactivation des allocations perte de gain APG, nous avons lutté pour cela. C’est une mesure souhaitée et désirée depuis plusieurs semaines.

Il est vrai que ces mesures ont un coût pour la collectivité. Vous ne pouvez toutefois pas fermer des pans entiers de l’économie et ne proposer aucune indemnisation. Sans un appareil de production qui fonctionne, les entreprises ne pourront pas redémarrer une fois la crise passée. 

Justement, ces mesures suffiront-elles à éviter les faillites?

J’espère qu’elles vont permettre de les éviter au maximum. Je ne m’avance toutefois pas à faire des pronostics. Si la Suisse sort de cette crise avec le moins de dégâts économiques possibles, alors l’exercice sera réussi. La situation est tellement tendue pour un certain nombre de secteurs. C’est à l’automne qu’elle sera la plus difficile, je l’avais déjà affirmé ce printemps. Les entreprises vont souffrir du nouveau ralentissement de la consommation intérieure. Il faut pouvoir vendre ses biens et ses services. Stimuler la consommation ne sert à rien, si la recommandation est de rester chez soi!

Mais je ne perds pas espoir. Si nous arrivons à contenir la courbe des contaminations, nous pourrons à nouveau ouvrir des secteurs fermés. Et cela avant Noël. Ce mois de novembre s’avère crucial. Attention, je ne nie pas la situation sanitaire qui reste préoccupante. Nous avons bien agi au printemps, il n’y a donc pas de raisons que nous n’y parvenions pas maintenant. 

 Le Conseil fédéral a donc bien agi…

Le gouvernement et le Parlement fédéral ont redonné le pouvoir aux cantons en ce qui concerne les mesures sanitaires. Or, les situations fédéralistes donnent lieu à des contractions au niveau de la fermeture des commerces notamment. Il faudrait une meilleure coordination régionale. Les mesures doivent être aussi homogènes que possible. C’est toujours une question d’arbitrage entre ce qu’on ferme et ce qu’on laisse ouvert. Nous ne sommes pas loin de la situation de mars et d’avril. Il faut à tout prix éviter un deuxième semi-confinement insupportable pour les entreprises et la population. 

Le Valais ferme à son tour les restaurants et prévoit des aides à fonds perdu

Mercredi, le Conseil d’Etat valaisan a suivi les autres cantons romands en décidant de fermer à son tour les restaurants, les bars et les cafés. Cette mesure entre en vigueur vendredi et dure jusqu’au 30 novembre. En Valais, les discothèques, cinémas, musées, théâtres et piscines sont déjà fermés depuis plusieurs semaines. 

Pour soutenir les acteurs économiques durement touchés par ces interdictions, le gouvernement valaisan veut leur octroyer 20 millions de francs supplémentaires, sous forme notamment de contributions à fonds perdu. Une demande de crédit sera soumise au Grand Conseil. 

Les secteurs de l’événementiel et du voyage devraient aussi toucher 9 millions de plus. Chaque demande émanant des entreprises sera analysée au cas par cas. L’aide prendra la forme d’une contribution aux charges fixes ainsi qu’aux charges de personnel n’ayant pas pu être mises au bénéfice des prestations APG/RHT. Le montant sera limité au maximum à 300.000 francs par société.






 
 

AGEFI



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