Comment les républicains veulent changer le système de santé

dimanche, 12.03.2017

Le congrès américain a commencé à débattre d'un projet de la majorité républicaine, soutenu par le président Donald Trump, pour abroger et remplacer Obamacare, la réforme emblématique de la couverture maladie de Barack Obama.

Les républicains dénoncent depuis des années la lourdeur et le coût de la loi Obamacare craignant une socialisation de la médecine.

Aux Etats-Unis, la couverture maladie est principalement un marché privé. La moitié environ des Américains a une couverture souscrite par leurs employeurs, selon la Kaiser Family Foundation, souvent à un coût abordable, auprès d'assureurs privés. Seul un peu plus d'un tiers des Américains bénéficient d'une couverture publique, réservée aux plus vulnérables (programme Medicaid) et aux plus de 65 ans (Medicare).

Les démocrates s'opposent au plan républicain. Selon eux, il privera des millions d'Américains d'une assurance. Mais pour les républicains, la déréglementation et le désengagement de l'Etat fédéral fera baisser les coûts d'un système de santé hors de contrôle.

Le reste est soit sans assurance, soit assuré individuellement auprès d'assureurs privés, par exemple, des travailleurs indépendants ou des salariés de petites entreprises. Pour ces individus, le coût peut être très élevé, jusqu'à plusieurs milliers de dollars par mois.
En 2010, l'ancien président Barack Obama et ses alliés démocrates ont voté une grande réforme destinée à réduire le nombre de personnes vivant sans couverture maladie, alors 16% de la population.

La loi, surnommée "Obamacare", a augmenté les plafonds de revenus permettant de bénéficier du programme public Medicaid, et a créé des aides financières, sous la forme de crédits d'impôts, pour aider les gens à souscrire à des assurances privées sur de nouveaux marchés individuels. En échange, la loi a imposé une amende à toute personne n'étant pas assurée.

Autres nouveautés, pour tout le monde: les enfants peuvent désormais rester sur l'assurance de leurs parents jusqu'à 26 ans et les assureurs ne peuvent plus refuser d'assurer quelqu'un à cause de ses antécédents médicaux, comme une maladie chronique ou un cancer. Ces deux acquis, très populaires, sont conservés par les républicains dans leur projet de réforme.

Facture très lourde

Le résultat d'Obamacare est positif pour le taux de personnes sans assurance, tombé à moins de 9% en 2016, selon l'administration précédente. Mais la facture pour le contribuable est lourde, et le prix des assurances individuelles a bondi dans de nombreux Etats, car ce marché individuel s'est révélé moins rentable que prévu.

Les républicains dénoncent depuis des années la lourdeur et le coût de la loi, craignant une socialisation de la médecine. La philosophie de la réforme républicaine est de désengager l'Etat fédéral, de libérer le marché, de supprimer l'obligation individuelle de s'assurer en échange d'incitations et d'abroger un certain nombre de taxes créées par Obamacare.

Mais les républicains sont confrontés à un défi de taille: comment faire en sorte que des gens ne perdent pas leur couverture? Par compromis, ils ont gardé l'idée des crédits d'impôts pour aider une partie de la population à s'assurer. Mais les montants sont moins généreux qu'actuellement, surtout pour les ménages les plus modestes.

Et ils veulent réduire la voilure de Medicaid en plafonnant les montants déboursés par l'Etat fédéral à partir de 2020, au grand dam d'un certain nombre d'Etats, qui cogèrent le programme public.

La minorité démocrate du congrès devrait voter contre la réforme républicaine, ce qui force la majorité républicaine à être unie pour faire adopter le plan. Mais l'aile conservatrice a surnommé la proposition de loi d'"Obamacare light" et tente de négocier des concessions supplémentaires.

Ces parlementaires conservateurs estiment que leurs principes ne sont pas respectés puisque les crédits d'impôts ne sont pas complètement supprimés, et que l'Etat fédéral continue à subventionner une partie du système de santé.

L'aile gauche des républicains s'inquiète à l'inverse d'une réforme idéologique qui priverait des millions d'Américains de couverture.

Le texte devra être adopté par les deux chambres du congrès, la chambre des représentants puis le Sénat. Or les sénateurs républicains ne sont que 52 sur 100 sièges, rendant dangereuse toute défection. L'objectif est de finir au début avril. (awp)

 

 


 

 
 



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