Les projets de construction voilent les progrès d'Aevis Victoria

vendredi, 29.03.2019

Le chiffre d'affaires des entités en pleine exploitation du groupe actif dans le domaine de l'hospitalité et de la santé a progressé tant du côté des hôpitaux que des hôtels avec des marges améliorées.

Christian Affolter

Antoine Hubert, Administrateur délégué d'Aevis Victoria

Les progrès accomplis par Aevis Victoria au cours de l’exercice 2018 n’apparaissent guère à la première vue. Hormis le produit de la cession d’une part de 20% dans la nouvelle société Infracore à Baloise, le groupe a généré en 2018 un déficit de 6,6 millions de francs, contre un bénéfice de 1,1 million l’année précédente. Il s’agit cependant essentiellement d’un manque à gagner. Les entités d’Aevis en pleine exploitation ont réalisé une hausse de leur résultat opérationnel de 7,8 millions à 69,9 millions. Mais les projets de construction en cours de réalisation (Eden au Lac/Zurich du côté des hôtels, Villa im Park/Rothrist, Valère/Sion et Génèrale Beaulieu/Genève au niveau des cliniques) ont empêché le groupe à pleinement réaliser son potentiel. A ce niveau-là, l’exercice en cours s’annonce sous de bien meilleurs auspices, puisque plusieurs projets de rénovation importants arrivent à leur terme. Après plusieurs années d’investissements importants, il n’y a plus de dépenses d’investissement en attente. D’ailleurs, au niveau de la holding, le bénéfice s’est élevé à 70,5 millions, grâce principalement au produit de la cession d’une part d’Infracore. C’est sur cette base-là que le groupe propose un dividende doublé par rapport à 2017, à 1,10 franc par titre.

Effet Tarmed négatif en 2018

Une capacité pleinement à disposition aurait également permis de mieux compenser encore les effets du deuxième élément adverse majeur. Contrairement à la première instance en 2017, le Tribunal fédéral a considéré l’année dernière que les adaptations à la baisse de la structure tarifaire Tarmed effectuées par le Conseil fédéral en 2014 étaient licites. L’activation de 4,55 millions effectuée en 2017 a donc dû être annulée l’année d’après. Sans cet effet extraordinaire-là, le résultat opérationnel aurait légèrement progressé, de 88,5 millions à 89,2 millions. Cela montre que la stratégie d’augmenter les volumes pour compenser la diminution des tarifs Tarmed a porté ses fruits.
La politique tarifaire des cliniques de la filiale à 100% Swiss Medical Network limite elle aussi les effets de cet arrêt inattendu. Depuis des années, les prix des cliniques se situent en bas de la fourchette comparés à d’autres hôpitaux, publics ou privés. Cela force toute l’organisation à travailler sur la base de barèmes plus bas, à devenir plus efficiente. Le programme de réduction de coûts (notamment au niveau du centre administratif) a permis de réaliser déjà des économies de 15 millions de francs par année, et il déploiera pleinement ses effets cette année.

Contrats avec les principaux assureurs pour toutes les cliniques

Il y a un résultat très tangible: «Swiss Medical Network est le seul groupe à avoir des contrats avec tous les principaux assureurs maladie pour toutes nos cliniques», a souligné l’Administrateur délégué Antoine Hubert en conférence téléphonique. L’une des conséquences est aussi que les hôpitaux du groupe figurant sur une liste d’hôpitaux cantonale affichent une part d’au moins deux tiers de patients en assurance obligatoire de soins. Si cela n’est pas le cas, le groupe n’a simplement pas demandé d’inscription. Le dernier cas ayant donné lieu à des discussions avec un canton, Villa im Park à Rothrist (AG), n’a d’ailleurs pas impliqué du tout des questions tarifaires, mais plutôt des volumes insuffisants. Pour l’heure, le canton d’Argovie maintient la clinique sur sa liste, aussi pour les interventions concernant l’appareil locomoteur. L’occasion de prouver que la baisse des nombres de cas était due aux travaux (ce qui atteste aussi de l’impact considérable de ces derniers sur l’exercice 2018).
Les prix sont également un argument clé pour attirer de nouveaux médecins indépendants, provenant en Suisse alémanique notamment du groupe Hirslanden, du côté romand des hôpitaux universitaires. Le groupe peut parfois également leur donner de nouvelles options, par exemple par le biais de l’acquisition d’une part de 40% dans la Rosenklinik à Rapperswil (SG), pour les médecins de Bethanien et Lindberg.

Les hôtels ont amélioré leurs marges sur une base comparable

Du côté des hôtels, il apparaît qu’Aevis Victoria a bel et bien ressenti une reprise du côté des hôtes en provenance des Etats-Unis et de Chine. Les revenus ont diminué de 3% à 62,4 millions, mais ont enregistré une progression de 6,5% en tenant compte des travaux du côté de l’Eden au Lac à Zurich, ainsi que du contrat pour le Palace à Lucerne arrivé à échéance. Sur une base comparable, les marges se sont améliorées de 170 points de base pour atteindre 19,8%. Le taux d’occupation du Bellevue Palace à Berne a pu être amélioré pour la troisième année consécutive, et le prix moyen par chambre a grimpé de 7 francs à 398 francs.

La transformation vers une société de participations progresse

La création d’Infracore (L’Agefi du 18 mars) ne marque que la première étape majeure du processus de transformation d’Aevis Victoria en une société de participations. Le groupe a d’ailleurs déjà communiqué qu’il entend se séparer de 40 à 60% supplémentaires d’Infracore, ce permettra une réduction de la dette de 800 millions de francs et générerait un produit estimé à 230 millions. Le taux en fonds propres consolidés, actuellement à 24%, devrait ainsi se situer entre 40 et 60%. Cette capacité d’investissement accrue donne la marge de manœuvre souhaitée pour saisir les opportunités dans les secteurs de prédilection du groupe, notamment sous forme de prises de participations minoritaires tout en faisant valoir les compétences présentes au sein du groupe.
L’Administrateur délégué Antoine Hubert a précisé que cette nouvelle orientation vers une société de participations peut concerner aussi Swiss Medical Network ou Victoria-Jungfrau Collection, qui appartiennent actuellement à 100% au groupe. «Notre volonté est toujours de trouver les meilleures options pour l’entreprise. Nous n’excluons pas ainsi des fusions, partenariats ou prises de participations au sein de Swiss Medical Network. Nous sommes ouverts à toutes les opportunités.» Pour la suite, l’intention d’Aevis Victoria est «d’offrir à ses actionnaires une combinaison de gain en capital généré par la création de valeur dans ses filiales et un rendement annuel stable», résume le communiqué.
Comme exemple réussi, le groupe cite le cas de LifeWatch. Sur un investissement initial de 25 millions de francs et une durée de détention des parts de 2 ans, le groupe a réalisé un gain financier de 14,3 millions suite à la revente à Cardiac Monitoring/BioTelemetry intervenue après une OPA d’Aevis pour la totalité des actions LifeWatch. Le groupe a travaillé activement à l’élaboration de la stratégie de LifeWatch au sein du conseil d’administration, et l’OPA a permis de simplifier la structure de l’actionnariat, avant de trouver la meilleure solution pour l’avenir de cette société.






 
 

AGEFI



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