Catalogne: de timides espoirs de dialogue

dimanche, 03.06.2018

Le changement de gouvernement en Espagne avec l'arrivée de Pedro Sanchez comme premier ministre pourrait permettre de renouer le dialogue entre les autorités de Madrid et les indépendantistes de Catalogne.

Daniel Bosque

Le socialiste Pedro Sanchez a prêté serment samedi. (Keystone)

L'arrivée au pouvoir en Espagne du socialiste Pedro Sanchez laisse entrevoir une lueur d'espoir de dégel entre Madrid et les séparatistes catalans. Ces derniers sont méfiants envers le nouveau chef de gouvernement mais satisfaits du départ du conservateur Mariano Rajoy.

Ce sont d'ailleurs les députés indépendantistes catalans qui, avec les nationalistes basques, ont apporté des voix décisives pour la motion de censure contre un Mariano Rajoy usé par les scandales de corruption et, du même coup, fait Premier ministre un Pedro Sanchez qui promettait de "rétablir le dialogue" avec la Catalogne.

La chute de M. Rajoy et l'entrée en fonctions samedi d'un nouveau gouvernement régional catalan peut favoriser "une amélioration de la situation", estime Joan Botella, professeur de Sciences politiques à l'Université autonome de Barcelone.

Divisions indépendantistes

Selon lui, M. Sanchez pourrait tirer profit des divisions entre les indépendantistes modérés qui, depuis l'incarcération de leurs chefs, ont abandonné l'idée d'une rupture unilatérale avec Madrid et des radicaux comme l'ancien président Carles Puigdemont qui veut poursuivre l'affrontement depuis son exil.

"Le mouvement indépendantiste est en déclin, il y a des divisions internes et, avec le nouveau gouvernement, Puigdemont aura moins d'importance", dit-il. "Il est possible que Sanchez ait de la chance".

Sa prestation de serment samedi devant le roi Felipe VI a coïncidé avec la prise de fonctions du nouveau gouvernement catalan de Quim Torra, qui a automatiquement levé la tutelle imposée par Madrid sur la région lors de sa tentative de sécession le 27 octobre.

Echanges d'insultes

Leurs rapports sont toutefois tendus. Pedro Sanchez a traité de "raciste" et "suprémaciste" M. Torra, auteur d'articles insultants pour les Espagnols et les hispanophones. Il l'a même comparé au Français Jean-Marie Le Pen.

"Les pires insultes sont venues de lui et de son parti" socialiste (PSOE), a répliqué un membre de l'entourage de M. Torra. "Nous n'en avons pas une bonne opinion, mais Rajoy était manifestement pire. Au moins, c'est un nouveau venu, qui peut désamorcer la situation et faciliter une certaine détente".

Depuis l'arrivée de Mariano Rajoy au pouvoir en 2011, les relations entre Madrid et Barcelone n'ont fait qu'empirer. Elles ont atteint leur comble avec la violence policière lors du référendum d'autodétermination interdit par la justice le 1er octobre et la déclaration d'indépendance par le parlement catalan le 27 octobre.

Un moindre mal

Bien que le PSOE ait fermement soutenu la stratégie de M. Rajoy dans cette crise, il est historiquement plus sensible aux revendications catalanes que le Parti populaire (PP, droite) du gouvernement sortant.

Depuis 2013, il propose une réforme fédéraliste du pays pour accroître les compétences des régions autonomes et M. Sanchez lui-même reconnaît la Catalogne comme une "nation" au sein de la nation espagnole.

"Quoi que le PSOE ait fait de son mieux pour imiter le Parti Populaire (...) en Catalogne il est évident qu'il y a des différences" entre eux, a déclaré pendant le débat sur la censure Joan Tarda, chef du groupe parlementaire ERC, parti indépendantiste catalan de gauche.

Faible marge de manœuvre

De plus, le principal appui des socialistes, qui ne comptent que 84 députés sur 350 à la Chambre, sera le parti de gauche radicale Podemos, le seul parti national à soutenir un referendum d'autodétermination en Catalogne.

"Il peut y avoir un changement dans la forme sinon sur le fond, avec une offre de dialogue, une volonté de rouvrir la porte à la recherche d'une solution du conflit", a déclaré Berta Barbet, éditrice du site d'analyse politique Politikon.

Néanmoins, toute concession aux séparatistes sera combattue par le PP, les libéraux de Ciudadanos qui grimpent dans les sondages avec un discours anti-indépendantiste, et au sein même du PSOE qui avait contraint Pedro Sanchez à abandonner la direction du parti il y a deux ans.

"L'opposition sera très dure", reconnaît Mme Barbet. "Mais arrive un moment où le PSOE pourrait faire une offre différente pour parvenir à une désescalade parce qu'une partie de la société espagnole a compris l'importance de résoudre la question catalane". (ats - afp)






 
 

AGEFI



...