Le capitalisme est-il devenu obscène?

mardi, 18.09.2018

Michel Santi*

Michel Santi

Au sein de nos nations occidentales, grotesque est devenue la distribution des revenus et des richesses. Aujourd’hui, évidente est la collusion entre pouvoir politique et économique, et il est de notoriété publique que l’emploi n’est plus qu’une variable d’ajustement du capitalisme actuel. L’accord tacite et consensuel sur lequel prospérait jusque-là notre société a été foulé aux pieds. Ces 1% qui contrôlent l’économie et qui créaient en échange l’emploi et la croissance autorisant les études, les services de santé et les retraites ont transformé ce contrat social en un pacte avec le diable

L’intervention - voire la rébellion - du citoyen s’impose plus que jamais car il est certain que croissance et emploi n’atteindront plus jamais les niveaux précédant la crise des années 2007-2008. La rupture de ce pacte, par ceux-là mêmes qui en profitaient le plus, fait que la masse des citoyens ne vivra plus jamais une vie décente car le peu de croissance qui reste à lui jeter en pâture sera naturellement accompagnée d’inégalités aberrantes ponctuées de chocs réguliers d’instabilité financière.

La promotion de l’emploi, la recherche & développement ne sont désormais, et de loin, plus la priorité des entreprises cotées en bourse qui rachètent frénétiquement leur propre action fin d’en faire encore et toujours monter le cours pour faire gagner les actionnaires, déjà gâtés par le versement des dividendes réguliers. Dans un pays comme les Etats-Unis, ces rachats d’actions atteindront (selon Goldman Sachs) 1000 milliards de dollars cette année, en hausse de près de 50% par rapport à 2017. Les 1% les plus nantis possèdent à eux seuls près de 70% des capitalisations boursières et les 90% les moins fortunés seulement 6%! Ne nous masquons pas la réalité car les progressions boursières indécentes sont à la fois la condition sine qua non et la conséquence directe des inégalités choquantes mais hélas si familières de notre paysage occidental. Quant à celles et ceux qui sont en bas - qui n’ont «qu’à traverser la rue pour trouver un emploi» et qu’un ancien Président qualifiait naguère de «sans dents» -, «ils n’ont qu’à manger de la brioche» pour reprendre la fameuse répartie de Marie-Antoinette…

L’employé de McDonald’s aurait eu droit à une augmentation annuelle de salaire de 4000 dollars si son entreprise n’avait utilisé 21 milliards entre 2015 et 2017 pour racheter ses propres actions en Bourse. Ceux de Starbucks 7000 dollars de plus, et ceux de Home Depot 18.000 de plus, etc… selon une analyse menée par la National Employment Law Project aux Etats-Unis. C’est simple: les sociétés cotées américaines ont dépensé 60% de leurs profits entre 2015 et 2017 à ce petit jeu des «buybacks» pendant que les salaires de leurs responsables suprêmes étaient 127 fois plus élevés que le salaire médian.

Au cours des dix années écoulées ayant suivi la crise des années 2007-2008, nous avons donc assisté au sabotage en règle d’un pacte qui durait depuis le New Deal de Roosevelt et qui avait largement inspiré une Europe que l’on qualifiait autrefois de «sociale». Ce même Franklin Delano Roosevelt qui mettait en 1938 en garde car, disait-il,   «l’Histoire prouve que les dictatures ne prospèrent jamais sur des gouvernements qui réussissent». A bon entendeur!

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