«L’OMC va avoir besoin de la Suisse», selon Hamid Mamdouh

vendredi, 10.07.2020

Le candidat Suisso-Egyptien souhaite obtenir le soutien de la Suisse pour se présenter comme un homme de liaison entre les pays émergents et les pays développés.

Le Genevois Hamid Mamdouh veut une direction plus paritaire de l’OMC s’il est choisi par les États comme prochain patron de l’organisation. (HM)

Le candidat égyptien pour diriger l’OMC, également genevois, veut relancer la fonction de négociations multilatérales de l’institution s’il est désigné. Celle-ci «aura besoin de la Suisse». Hamid Mamdouh souhaite aussi s’entourer d’une direction «plus paritaire».

«La Suisse a toujours joué un rôle très efficace pour renforcer le système multilatéral», affirme dans un entretien à Keystone-ATS Hamid Mamdouh, l’un des huit candidats pour remplacer Roberto Azevedo à la tête de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). «Je souhaite qu’elle continue, quel que soit le résultat de cette désignation», dit-il face à la crise institutionnelle et les tensions observées entre les États-Unis et la Chine. «L’OMC a besoin d’elle».

Hamid Mamdouh, 67 ans et qui souhaite être soutenu par Berne, a rencontré récemment à deux reprises l’ambassadeur suisse auprès de l’organisation Didier Chambovey. «Je suis optimiste», explique-t-il, parce qu’il partage des «objectifs communs» avec la Suisse, dont il dit avoir embrassé les valeurs de neutralité, non-discrimination et d’état de droit qui font l’OMC.

Alors que Berne ne dévoile jamais ses préférences dans ces désignations, son entourage œuvre à l’organisation d’une rencontre «très prochainement» avec le conseiller fédéral Guy Parmelin. D’autant plus que selon le Genevois, si la Suisse le soutient, il pourrait encore davantage se revendiquer en homme de consensus entre pays développés et pays en développement pour obtenir des appuis européens, alors que l’UE n’a pas lancé de candidat.

Un profil différent

Mettant en avant son expérience de plus de 35 ans comme négociateur puis comme haut fonctionnaire à l’OMC, avant d’avoir rejoint un cabinet d’avocats sur les questions commerciales, le Genevois dit offrir un profil «sans précédent» aux États membres. Contrairement à ses adversaires, tous ministres ou ex-ministres.

«Choisissez si vous souhaitez ou non répéter les erreurs du passé», dit Hamid Mamdouh aux 164 membres. Tous les directeurs généraux étaient d’anciens responsables politiques, sauf Roberto Azevedo qui a «un profil de diplomate».

«L’OMC a besoin d’un leadership politique. Mais le leadership politique n’est pas un leadership ministériel qui n’est lui pas conciliateur», insiste Hamid Mamdouh. Elle doit se doter d’un directeur général «qui a le savoir-faire et la confiance» des membres, dit le Genevois.

Soutenu par l’Union africaine

S’il est désigné, l’Égyptien promet d’œuvrer à une direction «plus paritaire» entre hommes et femmes. Actuellement, outre Roberto Azevedo, les quatre adjoints sont tous des hommes. Hamid Mamdouh met en avant cet engagement, alors que trois femmes veulent devenir la première directrice générale, dont deux Africaines.

Ce continent part divisé, même si le Genevois est le seul des trois à figurer sur une liste approuvée par l’Union africaine (UA) au terme de tractations de dix mois. L’organisation africaine «souhaitait tenter de s’unir derrière une candidature», dit-il, déplorant désormais un déficit de «poids politique» de l’institution pour tenter d’arracher le siège de directeur de l’OMC. Mais «l’Afrique peut encore gagner».

La démission de Roberto Azevedo, un an avant la fin de son second mandat et en pleine pandémie, a bousculé un processus de désignation habituellement long. Deux mois de campagne s’ouvrent, avant que les États ne tentent de trouver un consensus. Selon Hamid Mamdouh, l’OMC n’échappera pas à un directeur général provisoire, désigné parmi les adjoints, quand Roberto Azevedo partira fin août. Le Genevois s’attend à ce que le prochain patron entre en fonction «en novembre».

Appel à une feuille de route

Selon lui, il faudra alors préparer la ministérielle, décalée d’un an en raison du Covid. Cette réunion «sera terriblement importante» et devra aboutir à une «feuille de route» sur l’agenda et le processus de la réforme de l’organisation, souhaitée notamment par les États-Unis qui ont menacé à plusieurs reprises de quitter celle-ci.

Elle devra encore redonner une direction aux négociations, d’abord avec un accord sur les subventions illégales à la pêche et ensuite en avançant sur le commerce électronique, sur les PME ou aussi sur la facilitation de l’investissement. Il restera aussi à résoudre le blocage américain du tribunal d’appel de l’institution.

Pour contourner celui-ci, l’UE ainsi que 18 pays et territoires, dont la Suisse, ont lancé fin avril une cour d'appel temporaire. Comme d’autres, Hamid Mahmoud souhaite que ce mécanisme n’entrave pas la discussion d’une réforme du mécanisme permanent.

Les États doivent revenir aux «objectifs communs», dit-il. Lui-même ne spécule pas sur sa volonté de diriger l’OMC pendant deux mandats s’il est nommé. «Commençons par un», glisse-t-il.(ats)






 
 

AGEFI



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