Brexit: le Luxembourg devient le refuge des banques suisses

jeudi, 11.04.2019

Le Brexit renforce le pouvoir d'attraction de la place financière luxembourgeoise pour les banques suisses.

Serge de Cillia, directeur général de l'Association des banques et banquiers (ABBL) du Grand Duché.

Les banques et sociétés financières suisses qui comptent sur Londres pour déployer leurs activités européennes retirent peu à peu leurs billes du marché britannique. Les vicissitudes du Brexit poussent ces acteurs dans les bras du Luxembourg, comme Swissquote récemment. En toile de fond, la voie de garage institutionnelle Suisse-UE.

"Nous avons fréquemment des demandes d'intermédiaires suisses qui nous posent des questions sur des opportunités de banques à acheter, respectivement sous quelle forme on peut s'établir au Luxembourg", a expliqué Serge de Cillia, directeur général de l'Association des banques et banquiers (ABBL) du Grand Duché.

Le responsable relativise néanmoins, rappelant que la place financière luxembourgeoise est considérée de longue date par les établissements helvétiques comme un point d'entrée sur le marché européen. Le Brexit renforce toutefois ce pouvoir d'attraction.

Les statistiques de Luxembourg for Finance (LFL), une plateforme de promotion de la place, semblent corroborer ces déclarations. En 2018, le régulateur du Grand Duché a octroyé 80 nouvelles autorisations d'exercer dont "plusieurs" directement liées au Brexit, précisait LFL en janvier, dans un communiqué.

Depuis le référendum sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne en 2016, 48 établissements ont échafaudé de plans de relocalisation au Luxembourg en raison du Brexit, dont la moitié de gestionnaires d'actifs.

Actuellement, la faîtière luxembourgeoise ABBL comprend 10 membres helvétiques, dont les grandes banques UBS et Credit Suisse ainsi que les romands Lombard Odier, Pictet, UBP, Edmond de Rothschild et Mirabaud. Les cinq établissements genevois sont présents dans le Grand Duché via leur entité européenne.

Discrets transferts

"A partir de Luxembourg, les banques suisses entretiennent un réseau de 26 succursales qui disposent du passeport européen dans d'autres pays", note Serge de Cillia.

Les acquisitions constituent l'autre alternative pour les banques helvétiques implantées en Grande-Bretagne qui souhaitent conserver le passeport européen financier. Swissquote s'est emparé de la banque en ligne luxembourgeoise Internaxx - rachat finalisé en mars 2019 - afin de ne pas se faire piéger par le Brexit, dont l'échéance a été repoussée au 31 octobre au plus tard.

En interview à l'agence Bloomberg, le patron du courtier vaudois Marc Bürki a affirmé en novembre 2018 qu'il sera difficile de proposer des services aux clients européens depuis Londres, quel que soit le scénario de Brexit qui s'imposera au bout du suspense.

"Pour les autres banques, il n'y a pas eu de déclaration, mais des clients ont été transférés d'entités londoniennes vers des entités à Luxembourg", assure le patron de l'ABBL, sans toutefois être en mesure de chiffrer les volumes.

Pour les banques suisses, rejoindre Luxembourg constitue la garantie de conserver le passeport financier de l'Union. "Il s'agit avant tout d'avoir accès au marché européen", confirme M. de Cillia.

Dans un contexte d'enlisement des négociations entre les autorités helvétiques et la Commission européenne autour d'un accord cadre, le secteur bancaire suisse pare ainsi à toute éventualité. "Tant Londres que Luxembourg sont des plans de secours pour le non-accès au marché européen depuis la Suisse" a déclaré récemment Guy de Picciotto, directeur général d'UBP, serein face au Brexit.

Luxembourg est spécialisé dans les fonds d'investissement et la banque privée, principaux axes de développement à l'étranger pour la plupart des établissements helvétiques. De plus, les conditions fiscales dans le Grand Duché s'avèrent très favorables, trop même au goût du Parlement européen qui a fustigé dans un rapport récent une "agressivité" qui "nuit à l'intégrité du marché commun".

Loin de se réjouir du transfert d'activités et des relocalisations - on parle de l'arrivée d'une douzaine de compagnies d'assurance et du renforcement de nombreuses sociétés de gestion - l'ABBL déplore une situation "perdant-perdant". "Les places de Londres et de Luxembourg sont complémentaires. Dans une situation de 'hard' Brexit, sans possibilité de mesures d'équivalence, les flux et les relations vont être impactés", regrette le directeur de la faîtière. (awp)






 
 

AGEFI



...