Le Brexit et la crise d’identité

mardi, 04.02.2020

Marie Owens Thomsen *

Marie Owens Thomsen

Le Royaume-Uni a rompu avec l’Union européenne le 31 Janvier dernier. Quelle transformation de l’identité nationale, tant pour le pays que pour le parti conservateur! Quand l’Angleterre a voté en 1975 sur l’appartenance à l’Union européenne, le parti conservateur avait voté à 88% en faveur, tandis que le soutien du parti travailliste n’était que de 58%.

Le pays n’appartient plus à aucun des organismes de l’Union européenne et n’a plus d’influence sur aucune des décisions de l’Union. En revanche, le Royaume-Uni fait encore partie du marché commun jusqu’à la fin de l’année. Il reste peu probable que l’ensemble des sujets concernant la relation commerciale entre le Royaume-Uni et l’Union soient clarifiés d’ici la fin de l’année. Pour éviter que le pays ne retombe dans le gouffre d’une possible sortie sans accord, un accord-cadre pourrait sauver la situation tout en laissant un certain nombre de détails à définir par la suite.

Si l’Angleterre en est arrivée là, c’est qu’il existe une question de fond concernant l’identité nationale. Le Premier ministre Boris Johnson a pris le contrôle du parti conservateur d’une manière très similaire au sort du parti républicain sous Président Trump. Actuellement tous les conservateurs anglais qui préféraient rester dans l’Union se taisent, comme le font les Républicains au Sénat américain sur la question du comportement du Président Trump. Toutefois, pour perdurer, ces deux partis devraient normalement être obligés de s’ouvrir pour inclure une certaine pluralité de population car des deux côtés de l’Atlantique, les populations les plus pro-Johnson et pro-Trump sont destinées à devenir minoritaire. Les plus fervents partisans de Boris Johnson sont âgés 65 ans et plus, et sont notamment des hommes. Idem pour le Président Trump dont on sait en outre que les supporters sont majoritairement blancs, moins diplômés et disposant des revenus plus faibles.

Il faut dire que les partis à gauche en Angleterre et aux Etats-Unis partagent eux aussi des défis similaires. La gauche «traditionnelle» a pourtant été lourdement sanctionnée dans l’élection anglaise, tandis que le sort de Bernie Sanders et Elizabeth Warren sera scellé au plus tard d’ici mi-juillet, date de la conférence Démocrate nationale.

Si la situation parait moins houleuse en Angleterre qu’aux Etats-Unis, il faut néanmoins reconnaître qu’il y a peu de risque que l’union des Etats américains éclate - chose bien moins certaine concernant le Royaume. Si ce risque ne paraît pas imminent, l’idée que l’Irlande du Nord choisisse un jour de faire but commun avec la République du Sud choque de moins en moins, et le parti national écossais a bel et bien déclaré sa volonté de quitter son union avec le reste du Royaume.

Dans ce contexte, le Premier ministre Johnson a déjà montré un certain pragmatisme à l’Anglaise dans sa décision de permettre à son pays d’utiliser l’équipement 5G que fabrique la société chinoise Huawei, et dans le fait que les étudiants étrangers en Angleterre bénéficieront de deux ans de permis de travail à l’issue de leurs études.

S’il poursuit cette voie, peut-être pourrait-il mettre un terme à la crise identitaire actuelle, même si cela paraît être un vœux bien pieux à l’heure de cet évènement historique.

En anglais on dit que la preuve est dans le dessert - chez nous on dirait peut être que c’est au fruit que l’on juge l’arbre. Que la récolte soit abondante!

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI




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