Le bon sens doit l’emporter

jeudi, 05.03.2020

Stéphanie Ruegsegger*

Stéphanie Ruegsegger

Le coronavirus tombe à point nommé pour les populistes de tous poils. Que ce soient les leaders européens qui appellent à la fermeture des frontières ou locaux qui s’affichent au Parlement affublés d’un masque chirurgical, tout est bon pour dénoncer les affres de la libre circulation. On rappellera qu’un virus n’a jamais eu besoin d’autorisation pour passer les frontières. 

Si la pandémie actuelle est largement exploitée, le populisme n’avait pas forcément besoin de ce virus pour trouver des terreaux fertiles. Une augmentation du nombre de frontaliers à Genève (après une période de décroissance)? On leur impute le taux de chômage et tant pis si celui-ci est continue de baisser. Les embouteillages sur nos routes? La faute aux étrangers! 

Il est en effet toujours assez confortable de rejeter la responsabilité d’une situation supposément détériorée sur l’autre. Cela n’est pas forcément constructif et n’a jamais permis d’améliorer quoi que ce soit, mais permet de ne pas se remettre en question. Et si au passage, cela apporte une visibilité médiatique, c’est encore mieux. Les thématiques du chômage et de la libre circulation des personnes n’échappent pas à cette tendance. Mais une fois que l’on a accusé les entreprises de ne pas jouer le jeu, l’Office cantonal de l’emploi (OCE) de ne rien comprendre aux besoins de ces dernières ou encore les chômeurs de rechigner à accepter certains jobs, on n’est guère avancé. 

C’est précisément pour sortir de ce cercle vicieux stérile que le Conseil d’Etat, par la voix de son ministre en charge de l’emploi Mauro Poggia, a proposé aux associations économiques de travailler sur une charte pour l’emploi. Partant du constat que la libre circulation est indispensable à Genève, qui offre plus de 360.000 emplois pour une population active de 240.000 personnes, mais qu’il faut également donner un coup de pouce aux chômeurs locaux, il a proposé un partenariat unique. Celui-ci se base sur une collaboration volontaire, qui permet à chaque acteur de trouver son compte. L’objectif est triple.

Pour l’OCE, il s’agit de valoriser les compétences des personnes au chômage, qui offrent des profils aussi diversifiés qu’intéressants. C’est également l’occasion de construire un dialogue pérenne avec l’économie. Pour l’entreprise signataire, c’est l’opportunité de bénéficier d’un référent OCE attitré, qui soit au fait de ses besoins et des réalités de son secteur d’activité, donc en mesure de proposer rapidement un profil qui corresponde aux besoins du poste ouvert. In fine, il s’agit pour les personnes au chômage de pouvoir retrouver de manière durable une place sur le marché du travail. 

D’aucuns qualifient cette charte de préférence cantonale. Il n’en est rien. Aucune obligation n’est faite à l’entreprise, ni de signer la charte ni d’engager un candidat proposé. La démarche est volontaire et s’inscrit dans un souhait de meilleure coopération entre les acteurs concernés, dans un objectif d’amélioration des processus de placement. Elle n’est donc en rien contraire aux accords bilatéraux, qui demeurent essentiels à l’économie suisse. En visant une meilleure intégration des chômeurs sur le marché du travail et une meilleure compréhension des besoins des entreprises, elle est simplement une question de bon sens.

* FER






 
 

AGEFI



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