Novartis affiche une forte croissance au 1er trimestre

mardi, 28.04.2020

Le bénéfice net de Novartis a gagné 16% pour s'établir à 2,17 milliards au premier trimestre.

Les performances opérationnelles de Novartis ont progressé de manière plus que proportionnelle. (Keystone)

Le laboratoire Novartis a enregistré une croissance remarquée sur les trois premiers mois de l'année, profitant notamment de la constitution par ses clients de stocks en ces temps de pandémie. La direction reconduit dans la foulée les grandes lignes de sa feuille de route pour l'ensemble de l'exercice, faisant ouvertement fi des défis posés par le Covid-19.

"Nous avons enregistré un trimestre exceptionnellement solide et les activités sont stables à travers tous les domaines", s'est félicité le directeur général (CEO) Vasant Narasimhan dans une interview à AWP. "Pour cette raison, nous maintenons nos objectifs à condition que les systèmes de santé mondiaux reviennent à la normale au deuxième trimestre".

Le chiffre d'affaires a enflé de 11% à 12,28 milliards de dollars. Les performances opérationnelles, nettes comme de base, ont progressé de manière plus que proportionnelle. Les achats anticipés ont eu un impact positif mais éphémère devisé à quelque 400 millions.

L'excédent d'exploitation de base a bondi de plus d'un quart à 4,18 milliards. Le bénéfice net a gagné 16% pour s'établir à 2,17 milliards, selon le compte-rendu intermédiaire publié mardi.

Sandoz redresse la tête

Coeur de métier de la multinationale rhénane, la division Innovative Medicines a imprimé le rythme d'ensemble, sa contribution s'étoffant de 11% à 9,76 milliards de dollars. Sandoz, axé sur les génériques et les biosimilaires, a progressé de 9% à 2,53 milliards.

La performance décoiffe les projections les plus optimistes des analystes à tous les niveaux. Les estimations plafonnaient à 12,00 milliards pour les revenus, dont 9,60 milliards pour Innovative Medicines et 2,48 milliards pour Sandoz. Le bénéfice net de base n'était pas attendu à plus de 3,37 milliards.

La croissance a été alimentée par les ventes du médicament pour le coeur Entresto (+59% à 569 millions) et du Cosentyx (+18% à 930 millions). La contribution du Kisqali a bondi de 77% à 161 millions et celle du Kymriah a été multipliée par deux à 93 millions.

Gros bémols

Le lancement en octobre du Beovu (68 millions) contre la dégénérescence maculaire (AMD) néovasculaire liée à l'âge a par contre été perturbé par les doutes sur sa sécurité émis par la Société américaine des spécialistes de la rétine (ASRS).

Novartis reconnaît un manque d'innocuité lors des incidents sérieux recensés et à mis à jour les informations destinées aux chercheurs ainsi qu'aux patients enrôlés dans des études cliniques.

Les recettes du Zolgensma, thérapie génique commercialisée depuis l'automne 2019 aux Etats-Unis à plus de deux millions de dollars contre l'amyotrophie spinale de type 1, sont retombées à 170 millions, contre 186 millions sur le partiel précédent.

La direction a quelque peu remanié ses projections pour tenir compte de la conservation des activités, dont Sandoz devait jusqu'à récemment se séparer aux Etats-Unis.

Ambitions immunisées

La croissance doit s'établir cette année, à taux de changes constants et hors impact d'éventuels générique pour le Gilenya et la Sandostatine LAR aux Etats-Unis, dans une fourchette de 5 à 9% pour Innovative Medicines comme pour le groupe. Sandoz doit suivre un rythme plus modeste, entre 1 et 5%. L'excédent opérationnel de base doit progresser d'environ 10%.

Pour le deuxième trimestre, la direction anticipe une hausse des ventes oscillant entre 1 à 5% des ventes.

En outre, trois médicaments sont étudiés actuellement pour lutter contre le coronavirus, avec des premiers résultats attendus en juin ou en juillet.

Les analystes accueillent unanimement une performance remarquable sur le premier partiel de 2020, décelant toutefois quelques lézardes sur le vernis de la façade présentée.

Liberum relève ainsi qu'une partie de la bonne surprise est à mettre sur le compte d'achats anticipés, dont l'effet est amené à s'amenuiser en cours d'exercice. La Banque cantonale de Zurich souligne que Novartis a dû reconnaître des effets secondaires indésirables du Beovu.

Bryan Garnier s'étonne du fait que les lancements récents n'ont que modestement contribué à la performance trimestrielle. Vontobel rappelle que Novartis risque de faire face à une concurrence croissante des génériques dès le deuxième trimestre.

A 14h01, la nominative Novartis s'enrobait de 0,2% à 88,16 francs, dans un SMI en hausse de 0,6%. (awp)

L’anticipation a été payante 

Commentaire. Novartis n’a cette fois pas pu rapporter une entrée sur le marché spectaculaire d’un nouveau médicament. Le groupe a pourtant excellé dans ce domaine-là en 2019.

Au premier trimestre, il a démontré que son excellence opérationnelle se retrouve aussi sur des terrains totalement différents, s’inscrivant plus dans une logique industrielle. Novartis a su gérer sa chaîne d’approvisionnement avec les problèmes liés à la pandémie du Covid-19 de manière non seulement à minimiser le danger de rupture, mais en réalisant des achats anticipés qui ont eu un impact positif sur le chiffre d’affaires comme sur le résultat.

Cette capacité d’anticipation semble aussi se retrouver au niveau de la recherche et développement, qui ne paraît pas trop perturbée grâce à la santé digitale (surveillance à distance) et le recours à des soins à domicile notamment. Ainsi, Novartis se montre moins loquace que d’autres durant cette période de pandémie, mais travaille tout de même de manière efficace au développement de ses affaires, tout en s’engageant dans le combat. Même des contrecoups comme la cession avortée d’une partie de Sandoz aux Etats-Unis ne le perturbent pas trop.

Le deuxième trimestre peut néanmoins soulever quelques interrogations. Pour l’instant, Novartis calcule avec un retour à la normale sur cette période-là déjà. Les plans de sortie des régimes de crise pourraient réserver quelques surprises, aussi en ce qui concerne les prescriptions médicales habituelles, dépendant souvent de visites en cabinet. - (Christian Affolter)






 
 

AGEFI



...