Confinés en mer: la croisière déprime

vendredi, 08.05.2020

Le 13 mars, les paquebots ont reçu l'ordre de ne plus "naviguer". Ceux qui avaient des passagers ont réussi à les débarquer à terre au terme de négociations complexes avec les autorités portuaires, mais ils sont ensuite retournés en haute mer avec leur équipage.

Au total 104 navires de croisière se trouvent actuellement dans les eaux américaines, avec 71'900 membres d'équipage à leur bord, ont confirmé cette semaine les garde-côtes américains.

Au terme d'odyssées infernales marquées par des infections au coronavirus et des refus d'accoster dans les ports, les navires de croisière ont débarqué et rapatrié leurs passagers. Mais des dizaines de milliers de membres d'équipage restent coincés à bord, souvent en pleine mer.
"Nous n'aurions jamais pensé que cela pourrait nous arriver, de devoir nous battre pour quitter un navire qui nous retient prisonniers", affirme à l'AFP Caio Saldanha, un DJ brésilien de 31 ans. Il est bloqué sur le bateau Celibrity Infinity avec sa petite amie animatrice Jessica Furlan.

Flottant entre la Floride et les Bahamas, le navire appartient à une filiale de l'entreprise Royal Caribbean, dont le siège est à Miami. Le 13 mars, les paquebots ont reçu l'ordre de ne plus "naviguer". Ceux qui avaient des passagers ont réussi à les débarquer à terre au terme de négociations complexes avec les autorités portuaires, mais ils sont ensuite retournés en haute mer avec leur équipage. "Nous voulons rentrer chez nous désespérément. Désespérément", martèle Jessica, 29 ans.

Au total 104 navires de croisière se trouvent actuellement dans les eaux américaines, avec 71'900 membres d'équipage à leur bord, ont confirmé cette semaine les garde-côtes américains à l'AFP.

Payer pour internet

Les employés travaillant au maintien du navire - comme les matelots, les agents d'entretien, les cuisiniers - continuent à être payés, mais pas ceux qui devaient divertir les passagers. D'autres ont terminé leur contrat et gaspillent leur salaire à bord.

Si les compagnies maritimes leur fournissent le gîte et le couvert, les membres d'équipage doivent payer pour des biens comme le dentifrice et, dans certains cas, l'accès à internet. "Nous n'avons pas internet gratuitement", confirme Veruca Brcic, gérante serbe du spa du Maasdam, un bateau appartenant à une filiale de la compagnie Carnival."Un être humain a besoin d'avoir accès aux actualités de son pays et du monde extérieur et d'être en contact avec sa famille", estime la femme de 55 ans, qui ignore quand elle sera rapatriée chez elle et n'a pas posé le pied sur la terre ferme depuis début mars.

"Des montagnes russes" 

Les compagnies maritimes sont accusées de ne faire aucun effort pour rapatrier leur personnel en raison du coût onéreux des vols charters, ce qu'elles démentent. Selon Royal Caribbean, le noeud du problème réside dans les conditions de l'accord de débarquement établi par les Centres de lutte et de prévention des maladies (CDC).

Le document stipule que les entreprises sont légalement responsables, au pénal et au civil, si les règles de débarquement ne sont pas respectées. "Nous ferons ce qu'ils nous demandent avec plaisir, mais les sanctions pénales nous ont fait réfléchir, nous et nos avocats", explique le président de Royal Caribbean, Michael Bayley, dans la lettre distribuée dimanche à l'équipage, annonçant qu'il signait finalement l'accord et rapatriait les employés chez eux.
"Hier, j'ai passé la journée à pleurer. Ce sont des montagnes russes d'émotion, et c'est fatiguant et épuisant. Cette nuit, je n'ai pas pu dormir, je pense tout le temps: quand est-ce que je vais rentrer chez moi?", confie Lauren Carrick. Cette danseuse anglaise de 29 ans est aussi bloquée sur le Celebrity Infinity.

Mais tous ne souhaitent pas quitter les navires où ils sentent plus en sécurité que sur terre. "Tout est complexe et très frustrant pour nous, qui aimons notre travail", souligne un employé sud-africain de 42 ans à bord d'un bateau de Carnival.Royal Caribbean assure que sur les 25'000 membres d'équipage que compte la compagnie, plus de 1000 souhaitent rester à bord. Les conflits entre ceux qui veulent rester et ceux qui veulent partir sont de plus en plus exacerbés, certains employés ne se sentant pas en sécurité sur les navires.

Un processus complexe 

Rapatrier ceux qui le souhaitent est par ailleurs une tâche "extrêmement complexe", insiste Michael Bayley. "Nos équipages viennent de plus de 60 pays. Chaque pays à ses propres normes et régulations distinctes sur les gens autorisés à retourner chez eux, de quelle manière et quand". Royal Caribbean affirme "faire des progrès" et avoir déjà rapatrié des milliers de membres d'équipage même si "les fermetures des ports et les restrictions de voyage" ont rendu ces opérations plus compliquées ces dernières semaines.

2789 cas de coronavirus ont été enregistrés parmi les passagers et les équipages de 33 navires affiliés à la principale fédération mondiale du secteur, la CLIA.
Le mois dernier, des membres d'équipages des croisières Celebrity ont déposé une plainte collective accusant l'entreprise de négligence. La famille d'un employé indonésien de 27 ans, mort dans un hôpital de Floride, a de son côté attaqué Royal Caribbean pour homicide.(ATS)






 
 

AGEFI



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