L’épidémie de coronavirus ébranle les marchés obligataires

dimanche, 01.03.2020

L’aversion au risque soutient les rendements des emprunts gouvernementaux de qualité.

Catherine Reichlin*

Catherine Reichlin

L’information est le nerf de la guerre. Et sans aucun avantage significatif en la matière, la sagesse souffle d’éviter tout mouvement important. 

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Un adage mis en pratique par les marchés obligataires primaires, des deux côtés de l’Atlantique, avec une mention particulière à l’Europe qui a vécu le mercredi le plus calme possible avec... zéro nouvelle émission! 

La moindre nouvelle liée au Coronavirus est disséquée avec l’espoir de pouvoir anticiper la durée et la portée de ses effets sur la croissance mondiale. Le moral est pour l’instant bas. Le prix du pétrole a baissé chaque jour cette semaine, les sociétés actives dans le transport subissent l’écartement de leurs primes de risques et de grandes entreprises ont déjà annoncé que leurs prévisions 2020 ne pourraient pas être atteintes. 

Dans le même temps, l’aversion au risque soutient les rendements des emprunts gouvernementaux de qualité qui battent de nouveaux records tous les jours. Le rendement du Trésor américain de maturité 10 ans flirte avec les 1.20%, des niveaux jamais enregistrés. Ces performances vertigineuses amortissent l’effet de l’écartement des primes de risques sur les obligations privées de qualité mais ne sont plus suffisantes pour les compenser dans les segments de qualité inférieures. La performance des obligations de notation spéculative (HY) est notamment passée dans le rouge et seuls les emprunts de société de qualité s’en sortent encore. 

Si le marché primaire a connu une semaine très calme, d’autres ont bouillonnés. C’est le cas notamment du marché des ETF indexés à la dette spéculative. Sur la journée de mercredi, le iBoxx HY Corporate a subi une sortie de plus de $1.5 milliards, soit davantage que durant toute l’année 2019! Selon Barclays, sur la semaine, $4.2 milliards sont sortis des marchés HY, un plus haut depuis octobre 2018. 

Pour les investisseurs qui ont gardé leurs positions, l’activité des Credit Default Swap (CDS) montre que l’heure est à la couverture du risque de crédit. Sur le seul marché européen, €45 milliards de contrats ont changé de mains... mercredi. Le CDS 5 ans de la compagnie d’aviation de United Airlines a bondi de 170bp en quelque jours, passant de 110bp à 280bp.

Dans le même temps, la prime de risque de son obligation 4.875% maturité 2025 augmentait de 60bp à 266bp. Un mouvement moindre mais qui a tout de même fait reculer le prix de l’obligation de 107% à 104.75% en quelques jours alors que dans l’intervalle, le prix du bon du Trésor américain de même maturité progressait de 100.15% à 101.27%. 

Des performances différentiées qui indiquent à quel point les investisseurs ne veulent prendre ni risque ni positions longues. Les fonds spéculatifs (hedge funds) n’ont visiblement pas pris de positions à découvert. Une indication que le pire est derrière nous? Peut-être, mais surtout un rappel que sans avantage significatif d’information, mieux vaut rester immobile voire se mettre à couvert en attendant d’y voir plus clair.

* Responsable Recherche financière chez Mirabaud & Cie






 
 

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