L’avenir de la blockchain: le pouvoir de l’oracle

lundi, 09.12.2019

Olivier Desjeux*

Olivier Desjeux

Encore méconnue du publique jusque récemment, la technologie de chaîne de blocs, la blockchain, se répand dans toutes les conversations. On lui prête des vertus bénéfiques pour le bien de tous, ou au contraire très maléfiques, au service du pire crime organisé. Qu’on la vénère ou qu’on la rejette, c’est un fait que cette technologie est bien présente et qu’elle est là pour durer.

Des investissements conséquents sont consentis par les entreprises qui ont compris que l’avenir s’écrit avec le terme «blockchain», de préférence en compagnie du terme «disruptif». Mais force est de constater que nombreux sont ces investissements qui n’auront pas de lendemain. 

Il existe de multiples formes de la blockchain pour répondre à toutes sortes de problèmes différents. Les applications relatives à cette technologie dépassent le bitcoin, qui vient en premier lieu à l’esprit. Considérons les trois niveaux d’utilisation de la blockchain:

– Enregistrement et stockage de données. Concerne ce qui dispose d’une représentation numérique  comme une identité, des actifs ou droits de vote par exemple.

– Transaction d’actifs  numérisés de gré à gré entre partenaires, grâce aux propriétés d’irréversibilité et d’immutabilité.

– Enregistrement et exécution de «Smart-Contracts», que j’ai vraiment de la peine à traduire par contrats intelligents puisqu’il s’agit de conditions booléennes simples.

Commençons par nous interroger sur 1) la nécessité d’une base de données, question pertinente, 2) le vrai intérêt d’un système décentralisé, 3) Si le système repose sur l’absence de confiance entre parties, et 4) l’intérêt de se passer d’une infrastructure existante. Ces réflexions ne sont pas innocentes. Un organisme financier international dispose déjà de son infrastructure informatique centralisée, répartie aux quatre coins du monde.  Si la consignation des transactions est opérée par les employés du groupe, l’intérêt de la blockchain est faible.

Dans l’hypothèse où la réponse aux questions précédentes débouche sur l’utilité de la blockchain, se poseront ensuite les questions d’ordre stratégiques puis techniques afin de réaliser sa mise en place. Dans tous les cas, et quelle que soit la solution blockchain considérée, le succès de la solution repose sur un axiome élémentaire: la qualité du résultat dépend essentiellement de la qualité des données fournies. Il s’agit soit des données intrinsèques, soit des mécanismes de validation de la transaction. Donc, étant donné que les différentes parties ne se font pas confiance, elles doivent dépêcher une tierce partie qui validera la transaction. C’est la voix de l’oracle.

Prenons l’exemple d’une matière première certifiée par la blockchain. Il faudra qu’un auditeur indépendant soit sur le site de production afin de vérifier que les conditions de production respectent bien l’affirmation. Sans cette tierce partie, le producteur aura la totale liberté d’enfreindre le code de bonne conduite exigé pour inscrire la matière sur la blockchain. 

Tout aussi puissante que soit cette technologie, elle ne fait qu’enregistrer les données et les transactions. Elle ne parvient pas à supprimer les comportements déviants, à moins de faire appel à l’oracle.

* Consultant stratégie nouvelles technologies






 
 

AGEFI




...