Scandale 1MBD: Falcon et UBS sanctionnés

mardi, 11.10.2016

L'Autorité monétaire de Singapour (MAS) retire sa licence bancaire à Falcon Private Bank et inflige par ailleurs une amende de 3,7 millions de francs, dans le cadre du scandale du fonds souveraine malaysien 1MBD.

Falcon Private Bank perd sa liencence bancaire à Singapour. (Reuters)

Suite au scandale du fonds souveraine malaysien 1MBD, Falcon Private Bank se voit retirée sa licence bancaire à Singapour par l'Autorité monétaire de Singapour (MAS) pour graves manquements dans la lutte contre le blanchiment d'argent, aussi bien au niveau de la direction générale en Suisse qu'à celui de la gouvernance locale.

Le gendarme des marchés financiers de l'île Etat inflige par ailleurs une amende de près de 3,7 millions de francs.

Le MAS rappelle que Falcon Bank s'était déjà acquitté d'une amende de 300'000 SGD pour des failles dans son système de surveillance des transactions en 2013.

Les conclusions de la dernière enquête indiquent notamment que la direction a failli à se prémunir contre des conflits d'intérêts dans la gestion de comptes de clients liés à l'ancien président du conseil Mohamed Ahmed Badawy Al-Husseiny. Le comportement inapproprié de responsables locaux et de certains membres de la direction générale en Suisse ont conduit à la violation des règles de conformité.

Le MAS souligne encore avoir pris connaissance de l'arrestation par le Département des affaires commerciales, principale agence singapourienne de lutte contre le blanchiment d'argent, du responsable local de Falcon Bank, Jens Sturzenegger.

Des actifs sous gestion

La représentation singapourienne de Falcon Private Bank,  dispose de près de 900 mio USD d'actifs sous gestion, a indiqué mardi son directeur général (CEO) Walter Berchtold en conférence de presse.

Le patron de l'établissement zurichois a dans la foulée exclu toute cession d'activités dans l'immédiat, assurant disposer du soutien plein et entier de son propriétaire émirati Aabar Investments.

Les décisions de la Finma et de l'Autorité monétaire de Singapour (MAS) permettent de clore ce chapitre, a estimé le nouveau patron, entré en fonction après l'éclatement du scandale.

UBS aussi sermonné

La représentation singapourienne d'UBS hérite pour sa part de pénalités financières pour des lacunes de même nature, soit des lacunes dans l'ouverture de nouveaux comptes, des défaillances dans l'identification de l'origine de fonds, un manque de surveillance sur les transactions des clients ou encore des échecs dans la transmission des rapports sur les opérations suspectes.

La facture pour UBS se monte à près de 0,9 million de francs.

Outre les deux établissements helvétiques, la Development Bank of Singapore (DBS) se retrouve également condamnée à une amende de 1,0 mio SGD. La section singapourienne de Standard Chartered Bank fait en ce moment l'objet d'un examen approfondi et le spécialiste des changes Raffles Money Change a été dénoncé au Département des affaires commerciales pour ses transactions liées au fonds 1MBD.

Falcon Bank sur la sellette en Suisse aussi

Le MAS salue au passage l'étroite coopération dont il a bénéficié auprès de l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma). Cette dernière adopte également mardi des sanctions contre Falcon Private Bank dans cette affaire, en confisquant 2,5 millions de francs de gains obtenus illégalement et en interdisant à l'établissement de faire des affaires avec des personnes exposées politiquement à l'étranger pour une durée de trois ans.

L'enquête de la Finma a démontré de graves lacunes en matière de lutte contre le blanchiment et de gestion des risques durant la période sous revue, soit de 2012 à l'été 2015. Les versements liés au fonds 1MBD sur les comptes de Falcon Private Bank ont atteint quelque 3,8 milliards d'USD, de manière éphémère dans la plupart des cas. Falcon Private Bank a notamment omis de se pencher sur les justifications et les contre-prestations du renvoi "presque immédiat" de fonds, pour 1,3 milliard d'USD, vers d'autres comptes.

Il est également reproché aux instances supérieures de la banque de n'avoir pas tenu compte d'avertissements internes sur des transactions suspectes.

La Finma menace de surcroît de retirer à Falcon Private Bank sa licence bancaire en cas de récidive et annonce l'ouverture de procédures d'"enforcement" à l'encontre de deux anciens responsables. Elle réclame en outre une plus grande indépendance du conseil d'administration, dont certains anciens membres ont privilégié les relations avec le groupe 1MBD à des fins personnelles et illégitimes.

Seconde victime après BSI

Le scandale 1MDB a entraîné l'ouverture d'enquêtes dans plusieurs pays, notamment à Singapour, en Suisse et aux Etats-Unis. Il a fini par atteindre le Premier ministre malaisien Najib Razak après des révélations du Wall Street Journal selon lesquelles il aurait perçu 1 milliard d'USD (980'000 CHF) de financements liés au fonds souverain endetté aujourd'hui à hauteur de plus de 10 milliards d'USD.

L'affaire avait déjà coûté en juin dernier sa licence bancaire singapourienne à la banque tessinoise BSI, en voie d'intégration par EFG International, en sus d'une sanction pécuniaire de 13,3 mio SGD (9,5 mio CHF au cours de l'époque).

En Suisse, la Finma avait sanctionné en mai BSI d'une ponction de 95 mio CHF sur son bénéfice net, imposé la dissolution de la banque suite à son intégration dans EFG International et interdit à ses dirigeants d'occuper des postes à responsabilité dans la nouvelle entité, créant une onde de choc sur la place financière helvétique.

Lundi, la police de Singapour a inculpé deux anciens employés de la banque tessinoise BSI, accusés de falsification et d'omission de communication de transaction suspecte. L'un des accusés était responsable, pour le compte de l'établissement tessinois, des relations avec 1MDB. (awp)

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