OpenStratosphere se déploie dans les hauteurs inexploitées du ciel

mardi, 17.04.2018

Lausanne. La jeune pousse vend à ses clients de futurs vols en aéronefs «near space» pour tester leurs applications technologiques grâce à un partenariat avec SolarStratos.

Sophie Marenne

La nouvelle industrie des drones de haute altitude représentera probablement un milliard de dollars dans le futur.

Nichée à l’EPFL Innovation Park, OpenStratosphere est une start-up qui se projette dans un secteur encore peu occupé: le near space. Situé à environ 20 kilomètres de la Terre, cet «espace proche» accueillera de nouveaux types d’avion dans le futur, autonomes et solaires, pour une activité à mi-chemin entre l’aéronautique et l’aérospatial. Cofondateur de l’entreprise, Simon Johnson explique: «Nous souhaitons devenir le Lufthansa de l’industrie, et non l’Airbus. Notre vocation n’est pas d’être un fabricant de drones haute altitude mais bien l’exploitant de ceux-ci.» D’une taille encore très légère, composée uniquement de ses trois cofondateurs, OpenStratosphere se rêve en une entreprise de plusieurs dizaines d’employés dont les équipes travailleraient principalement à l’étranger. «C’est une industrie d’export. Notre marché ne se trouve pas en Suisse, ni même en Europe, mais plutôt sous les tropiques, là où la croissance démographique est la plus forte.» 

Utiliser des plateformes haute altitude à des fins de communication et d’observation de la planète comporte de nombreux défis. «Au niveau technologique, l’appareil doit être extrêmement léger et alimenté par l’énergie solaire. Impossible de le faire descendre pour un plein: il doit voler jour et nuit. De plus, il faut enlever le pilote, ce qu’on appelle la dronification.» Le maillon faible du projet, c’est la batterie. Le stockage de l’énergie durant la journée n’est pas suffisant pour que l’engin puisse voler perpétuellement. Malgré cette carence, la société OpenStratosphere est fondée en 2015. Depuis, ses fondateurs suivent de près l’évolution des capacités de stockage de l’énergie. 

En 2016, la start-up trouve un allié solide en SolarStratos, le projet du Neuchâtelois Raphaël Domjan. Son ambition est de dépasser les limites atteintes par les avions conventionnels avec un modèle solaire. Au travers cet objectif de record du monde, Simon Johnson voit la possibilité de vendre des missions tests à des compagnies qui conçoivent des applications pour les plateformes haute altitude. Il fait alors le tour du monde pour dénicher des sociétés prêtes à investir dans le projet. Cet été, l’avion SolarStratos devrait monter à 10km de haut. «De notre côté, nous avons besoin de nous élever à une hauteur de 18km. Nous espérons atteindre cet objectif en 2019.» 

OpenStratosphere vend une future heure de vol dans la stratosphère au prix de 100.000 francs. Ce montant s’explique surtout par la réglementation en vigueur qui impose une équipe opérationnelle au sol pour chaque drone. Mais la start-up compte bien faire baisser ce tarif avec l’assouplissement probable de la régulation, à l’avenir.

Selon le spécialiste, le secteur est en train de décoller. Il constate un réel engouement pour l’aventure stratosphérique et il est convaincu que les near spacecraft feront aux satellites ce que la télévision a fait à la radio: renverser sa domination. Pour lui, l’approche fusée de lancement des satellites qui orbitent la terre, la seule solution possible depuis les années 50, ne peut pas concurrencer la flexibilité et l’abordabilité des plateformes haute altitude.

En Europe, l’Agence spatiale européenne (ESA) assume la responsabilité de la coordination du domaine et une réglementation dédiée sera bientôt conçue. «La Suisse a une carte à jouer en la matière.» 






 
 

AGEFI



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