Interrogations face à l'arrivée de Zur Rose chez Migros

lundi, 12.11.2018

L'arrivée de la pharmacie en ligne Zur Rose au sein d'un supermarché à Zurich fait réagir. Le secrétaire général de pharmaSuisse dénonce une stratégie guidée par "un opportunisme commercial".

Les clients peuvent acheter leurs produits pharmaceutiques directement chez Migros, mais les transactions sont opérées par Zur Rose. (Keystone)

Plusieurs organisations réagissent à l'arrivée la semaine dernière du spécialiste de la vente de médicaments par correspondance Zur Rose au sein d'un supermarché Migros à Zurich.

L'enseigne poursuit sa phase de test, après avoir lancé des points de vente similaires ("shop-in-shop") à Berne et Bâle. Les clients peuvent acheter leurs produits pharmaceutiques directement chez Migros, mais les transactions sont opérées par Zur Rose, qui loue la surface et gère sa pharmacie de manière indépendante.

Vu la localisation dans trois grandes villes déjà bien fournies en officines, "cette stratégie d'ouverture ne répond donc à aucun besoin de santé publique mais est simplement guidée par de l'opportunisme commercial", souligne Marcel Mesnil, secrétaire général de pharmaSuisse.

Les autorités cantonales ayant autorisé ce lancement, la Société suisse des pharmaciens "n'a donc aucun recours face à cette concurrence qui n'est pas nouvelle."

L'organisation faîtière, qui compte 6300 membres et 1500 pharmacies affiliées, tient à ajouter que "la marge dégagée par un groupe comme la Migros est bien supérieure à celle de simples PME, ce qui lui donne une puissance en termes de budgets publicitaires et de capacité à faire des prix d'appels et autres activités de marketing bien supérieures à celles de pharmacies locales. Conséquence, ces nouvelles pharmacies représentent une menace supplémentaire pour les pharmacies locales déjà existantes, notamment de quartier."

Suivi du conseil

Mais pharmaSuisse a aussi conscience que le patient aura le dernier mot, en choisissant où il veut aller chercher ses médicaments. Un patient qui pourrait être attiré par le côté pratique de retirer les prescriptions de son médecin tout en faisant ses courses.

Si cela peut être satisfaisant au premier abord pour le consommateur, il se pose la question du statut du médicament, davantage vu comme un bien de consommation lambda. La localisation au sein même des supermarchés pourrait ainsi "entraîner une surconsommation de médicaments", s'inquiète Yannis Papadaniel, responsable Santé à la Fédération romande des consommateurs.

Il s'interroge aussi sur "le suivi du conseil, notamment pour une population vieillissante qui peut cumuler plusieurs problèmes de santé. Est-ce qu'il y aura des interlocuteurs fixes, fidèles, pouvant assurer un suivi durable des patients?"

L'autre géant orange suisse, Coop, compte lui un réseau de 78 pharmacies Vitality, situées en dehors de ses supermarchés, ainsi que 10'000 produits disponibles sur son site en ligne. Selon une porte-parole du groupe, "en tant que pharmacie, Coop Vitality est spécialisée dans le conseil, ce qui nécessite des espaces séparés. De plus, nous proposons dans notre concept de pharmacie une très large gamme de produits de santé, qui n'auraient pas leur place dans un petit espace de magasin."

En Suisse, le marché des médicaments a connu une croissance en 2017 de 4,1% par rapport à l'année précédente, passant à quelque 5,8 milliards de francs, selon une étude d'Interpharma (Association des entreprises pharmaceutiques suisses pratiquant la recherche). La moitié de ce volume est passé par les pharmacies, qui ont enregistré un chiffre d'affaires en hausse de 2,2% par rapport à 2016. (ats)






 
 

AGEFI



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