En attendant la faillite des producteurs de schiste américains

jeudi, 19.03.2020

L’Arabie saoudite et la Russie n’étant pas prêtes de reprendre des négociations, les prix du pétrole pourraient durablement rester sous les 30 dollars.

Levi-Sergio Mutemba

«Le marché va se retrouver inondé de barils», écrivent les analystes de Bank of America dans une note adressée à ses clients pour expliquer la chute de près de 60% des cours du WTI depuis le début de l’année. Le stratégiste spécialiste du pétrole chez Morgan Stanley, Martijn Rats, estime de son côté que le WTI devrait se situer autour de 30 dollars le baril en moyenne durant le second trimestre et autour de 35-40 dollars durant le second semestre de cette année. «En d’autres termes, nous pensons que le pétrole restera à ces faibles niveaux pendant un certain temps», explique Morgan Stanley. Mais rien n’est acquis et tout peut basculer dans un sens comme dans l’autre.

«Les perspectives ont empiré»

«La demande de pétrole demeure difficile à évaluer en raison des incertitudes que pose le coronavirus», explique le stratège de la banque américaine. «Même si le sommet de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et de ses alliés (OPEP+) n’a pas abouti à un accord, les niveaux des prix sont tels que ceux-ci pourraient conduire à de nouvelles négociations dans les prochains mois», tempère l’expert. «Nous ne nous y attendons pas, mais c’est certainement une possibilité», prévient Martijn Rats.

«L’intensification de la guerre pétrolière pour des parts de marché signifie que les perspectives pour le pétrole ont empiré», souligne pour sa part Patrick Moonen, Principal Strategist chez NN Investment Partners (NN IP). En particulier pour les producteurs de schistes aux États-Unis, de gros émetteurs de dette sur le marché à haut rendement, qui ont besoin d’un prix situé entre 40 et 50 dollars pour générer un bénéfice. «Bien que la majorité des producteurs américains réalisent des pertes aux niveaux de cours actuels, la baisse attendue de la production aux États-Unis sera probablement reportée à la fin de l’année, en raison des mécanismes de couverture mis en place durant les tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui se sont intensifiées au cours du dernier trimestre de l’année dernière.»

«En attendant, toutes les agences pétrolières réduisent leur prévisions de la demande pour 2020, s’attendant à un déclin de l’ordre de 1 à 2,5 millions de barils par jour», poursuit Patrick Moonen dans le Houseview publié hier par NN IP. Qui se souvient que la discorde entre l’Arabie Saoudite et la Russie semble produire les mêmes effets qu’en 2014, lorsque l’OPEP avait pris la décision de ne pas baisser la production. «À cette époque, les cours du Brent étaient passés d’un niveau de 70 dollars à environ 26-28 dollars au début de l’année 2016», se souvient le stratégiste.

«Dans un marché avec des approvisionnements en excès, nous anticipons le même genre de recul des cours cette fois-ci et nous attendons à ce que les plus bas de 2016 soient à nouveau testés, ce qui augmentera la pression sur la profitabilité du secteur énergétique.» La dernière fois que les cours ont connu un tel cycle baissier, les bénéfices des compagnies pétrolières se sont globalement effondrés de 60% en moyenne et les taux de défaut ont augmenté.

«Un scénario plus probable»

Enfin, selon les experts de la division asset management de Deutsche Bank, DWS, la Russie et l’Arabie saoudite ne sont pas, pour l’heure, disposées à apaiser leurs tensions. «Un scénario plus probable serait celui dans lequel ces deux acteurs feront tout ce qui est en leur pouvoir pour doper la production et les ventes dans une perspective de court terme, avant qu’elles ne décident de coordonner à nouveau leur comportement», estime DWS. «Nous nous attendons donc à ce que les prix du WTI restent en moyenne sous les 30 dollars le baril, comme cela s’était vu en 2016.»






 
 

AGEFI



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