L’après coronavirus: comment éliminer cette montagne de dettes?

mercredi, 22.04.2020

Philippe G. Müller *

Philippe G. Müller

Au beau milieu de la crise liée à la pandémie de coronavirus, bon nombre d’investisseurs s’interrogent d’ores et déjà sur ses répercussions à long terme. Certaines sont déjà prévisibles.

 

Tout d’abord, la démondialisation va s’accélérer. Suite à la pandémie, beaucoup de pays souhaiteront protéger davantage certains secteurs et entreprises d’importance stratégique, tels que l’approvisionnement en médicaments, les matières premières, les denrées alimentaires de base, ainsi que la technologie des armes et de la sécurité. Cette tendance va prendre de l’ampleur dans un monde privilégiant les structures de production et d’approvisionnement locales et la formation de blocs commerciaux régionaux renforcés

Le surendettement des plans de relance

Sachant que les pouvoirs publics interviennent massivement pour d’abord ralentir et ensuite relancer l’économie mondiale, on peut craindre une influence de plus en plus forte de l’Etat dans l’activité économique et que, une fois la pandémie surmontée, il ne se désengage pas ou seulement en partie.

Mis en place pour lutter contre la pandémie et ses répercussions sur l’économie, les programmes de dépenses publiques extrêmement élevées vont continuer d’alourdir la dette, voire de surendetter de nombreux pays.

Ces mesures, ajoutées à la charge déjà énorme que représentent les promesses non finançables en matière d’assurance vieillesse et de couverture sociale, pourraient ébranler le pacte entre les générations. Une hausse des impôts est probable et les tensions sociales risquent de s’aggraver. Peu propice à l’innovation et aux investissements, ce climat entrave le potentiel de croissance futur, notamment, des économies fortement endettées.

Peu de risque d’inflation

Toutefois, les plans de relance monétaire et budgétaire exorbitants ne vont pas mener à une dérive inflationniste. En effet, une profonde récession a tout d’abord un effet contraire. L’effondrement économique a entraîné une chute des cours des matières premières qui fait baisser les taux d’inflation, même en territoire négatif pour certains pays.

Tant que le niveau de chômage, en très forte hausse, génère également des surcapacités élevées sur le marché du travail, la reprise alimentée par une augmentation considérable de la masse monétaire ne pourra pas déclencher de spirale des prix et des salaires.

Mais il convient de suivre de près les prochains leviers actionnés par les banques centrales. Si elles optent pour le financement direct de programmes nationaux de dépenses ou pour des formes d’«hélicoptère monétaire», la prudence est de mise.

Contrairement aux programmes de rachats d’obligations déployés jusqu’à présent, qui ont avant tout soutenu ou tiré vers le haut les prix des actifs, l’hélicoptère monétaire stimule directement la consommation et peut induire une augmentation des prix sur la durée.

Il peut être dangereux s’il s’accompagne d’une forte dépréciation de la devise et engendre une inflation importée, lesquelles, dans un cas extrême, peuvent aboutir à une perte de confiance dans la stabilité de la valeur de cette devise. Ce phénomène pourrait conduire, dans le pire des scénarios, à une hyperinflation.

Revoir son portefeuille

De leur côté, les investisseurs doivent d’ores et déjà réfléchir aux conséquences sur le long terme des évènements récents. En effet, la dette élevée ne pourra être éliminée sur le long terme que par le biais d’une combinaison associant «répression financière» (contraindre certains groupes d’investisseurs d’investir dans des valeurs nominales), hausse d’impôts et, en dernier lieu, inflation. Cette combinaison équivaut à une taxe réelle sur les investisseurs plutôt conservateurs et appelle une réorientation stratégique de la structure de leurs portefeuilles.

* économiste responsable pour la Suisse romande, CIO GWM UBS






 
 

AGEFI



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