Le service public au coeur du débat sur Postfinance

mercredi, 05.09.2018

L'annonce de la libéralisation partielle de Postfinance a reçu un accueil mitigé. Elle est plébiscitée à droite et rejetée à gauche.

Postfinance pourrait faire son entrée sur le marché des crédits et des hypothèques. (keystone)

Postfinance pourrait faire son entrée sur le marché des crédits et des hypothèques. Ce que salue la gauche, mais déplore la droite. La libéralisation partielle de la filiale de La Poste est elle plébiscitée à droite, qui veut même aller plus loin, et rejetée à gauche.

Le Parti socialiste suisse (PS), l'Union syndicale suisse (USS) et les Vert'libéraux disent oui à l'entrée de Postfinance dans le marché des hypothèques, mais ils divergent sur la privatisation partielle. Le PS, l'USS et Syndicom la refusent catégoriquement: Postfinance doit rester à 100 % une filiale de La Poste, indique le parti à la rose dans un communiqué mercredi.

Les Vert'libéraux défendent eux une libéralisation urgente de Postfinance. "Seule la privatisation créera un marché équitable parmi les fournisseurs de services financiers, poursuit le parti de centre-droit. Et le service universel peut être garanti même sans banque d'État."

Le PLR veut aussi éviter que cette révision de la loi entraîne une distorsion de la concurrence ou un désavantage des institutions financières privées. Cela est particulièrement délicat, tant que la Confédération reste l'actionnaire majoritaire. Pour le PLR, une privatisation de Postfinance serait donc également obligatoire dans la mue envisagée.

Le PS rappelle que Postfinance est d'importance systémique et que ses exigences en fonds propres sont élevées. Ce qui, aujourd'hui, ne peut être qu'en partie satisfait, reconnaît-il. Toutefois, aucun financement partiel n'est nécessaire pour satisfaire cette exigence, une garantie d'Etat est suffisante, affirme-t-il.

Postfinance devrait donc être en mesure de proposer des crédits hypothécaires dans le but de promouvoir les PME et de créer des conditions de financement favorables aux petits clients. "Entrer dans le marché des hypothèques serait un pas dans cette direction", souligne la conseillère nationale Ada Mara (PS/VD). Les montants générés ne sont pas d'une importance qui mettrait en péril l'existence d'autres institutions financières.

Concurrence aux acteurs privés

Son collègue parlementaire, le conseiller national Oliver Feller (PLR/VD), secrétaire général de la Fédération romande immobilière (FRI) ne partage pas cet avis. "Dans le domaine des crédits commerciaux et hypothécaires, il y a déjà beaucoup d'acteurs sur le marché, comme les assureurs et les banques", a-t-il dit à Keystone-ATS. Une entreprise publique dont la Confédération est l'actionnaire unique n'a pas à faire concurrence aux acteurs privés, déclare-t-il.

Et la proposition d'ouvrir l'actionnariat de Postfinance à des investisseurs privés tombe à un très mauvais moment, poursuit le secrétaire général de la FRI. La Poste suscite régulièrement des controverses en lien avec la fermeture des offices postaux, l'affaire CarPostal, les tarifs d'acheminement des journaux, etc.

"Avant de revoir la structure de Postfinance, il faut un débat plus large sur le service public", lance-t-il. En d'autres termes, le libéral-radical vaudois doute qu'il existe aujourd'hui une majorité en Suisse qui souhaite en partie privatiser le secteur d'activités qui permet à la Poste dans son ensemble de dégager des bénéfices.

Enfin, Syndicom peint le diable sur la muraille. Une séparation des services de paiement et des prestations postales entraînerait la situation que connaît l'Allemagne aujourd'hui. L'autonomie de la banque postale n'y a pas pu être garantie à long terme et il en a résulté un retrait massif de la Deutsche Post du territoire. Résultat: il n'existe plus un seul bureau postal géré par la poste en Allemagne. (ats)






 
 

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