Couverture de portefeuille en période de rendements modestes

jeudi, 05.03.2020

L’année 2020 devrait laisser paraître un fléchissement des marchés et davantage de volatilité. Effectuer certains ajustements peut être judicieux, et permettre de réagir en adéquation avec les opportunités de marché.

Carlos Mejia

Carlos Mejia

Une décennie de performance. Plus facilement observable que réellement endossable, surtout compte tenu de l’ampleur presque inégalée de la crise financière de 2008. Pourtant, la croissance des marchés boursiers mondiaux est pour l’heure la plus longue jamais enregistrée, bien que moins importante et populaire que dans d’autres périodes.

Il n’en demeure pas moins que depuis mars 2009, lorsque certains courageux investisseurs ont pressenti de nouvelles opportunités après l’effondrement des marchés, la reprise a été impressionnante. En effet, les bourses mondiales ont bondit d’environ 300% (en comptant les dividendes) et les obligations d’environ 40%. De plus, rien qu’en 2019, les actions ont monté d’environ 25% et les obligations de 10%, ce qui, compte tenu de la forte volatilité en fin d’année 2018, a surpris même les investisseurs les plus optimistes.

Des défis macroéconomiques

La gestion de portefeuille fut cependant rythmée de « challenges ». En effet, les investisseurs ont dû naviguer face à un éventail d’inquiétudes: peur de récession, élections présidentielles, montée du populisme, possible désintégration de l’Union européenne, essais nucléaires en Corée du Nord, troubles au Moyen-Orient, etc. Ces nombreux défis, prévisibles pour certains, insoupçonnable pour d’autres, ont indubitablement taraudés les investisseurs, au cours des 10 dernières années.

Durant cette période, les banques centrales ont fait leur possible, et même davantage, pour rassurer les marchés. En optant pour une politique monétaire très (voire très) accommodante, les banquiers centraux ont laissé présager que tout choc macroéconomique serait largement atténué. L’application de taux d’intérêt extrêmement bas, couplé de ce que l’on appelle l’«assouplissement quantitatif» - soit le rachat de dette publique pour injecter des liquidités dans l’économie - ont permis aux marchés d’accroitre leur liquidité d’une part, et octroyé le temps résolument nécessaire d’autre part, pour placer une éventuelle récession entre parenthèses.

Une récession n’est (pour l’instant) pas (plus) sur les cartes

Compte tenu du chemin déjà parcouru, des rendements positifs mais plus modérés que lors l’année précédente sont attendus en 2020. En effet, l’économie mondiale continue de montrer sa solidité. De plus, les valorisations semblent intéressantes, en particulier sur le « fixed income » (titres à revenu fixe, tels que les obligations).

Des rendements positifs sont envisageables en 2020. Effectivement, les économies nationales montrent des signes de stabilisation, les taux de chômage restent faibles, les augmentations de salaires devraient peu impacter l’inflation, l’épargne reste saine et les banques centrales ont signalé qu’elles continueront à fournir les liquidités et le soutien tant souhaités. Toute chose restant égale par ailleurs, cela se traduira très probablement par des bénéfices conséquents pour les entreprises.

Le niveau de référence de rendements de 2019 semble toutefois bien haut. Nous allons probablement assister en 2020 à une volatilité croissante induisant le besoin de protéger les portefeuilles ou de profiter de revers sur les marchés pour augmenter l’exposition aux actions, si ceux-ci s’avèrent être temporaires, comme on le suppose.

Couverture de portefeuille et contrôle des coûts

Les niveaux de protection se présentent sous différentes formes et ont différents coûts. La première forme d’«assurance» est la diversification, soit, s’engager sur différents marchés et industries. Celle-ci s’est avérée relativement efficace pour réduire le risque global du portefeuille. Par ailleurs, les investisseurs en quête d’une protection supplémentaire doivent être très attentifs aux coûts impliqués, car ceux-ci pourraient avoir un impact significatif sur le rendement du portefeuille.

Il est intéressant de noter que si l’on prend en compte la faible volatilité sur les marchés financiers récemment, les instruments dérivés et les produits structurés sur actions sont très attrayants. En toute évidence,  si un risque est perçu comme moins élevé, le coût de l’assurance associée à ce risque baisse également. Une mesure du risque largement utilisée sur les marchés est, par exemple, l’indice de volatilité à 30 jours, ou l’indice VIX pour les positions courtes. La volatilité est dérivée du prix des options financières cotées dans l’indice S&P500: plus le prix de l’option est élevé, plus la volatilité (implicite) est élevée et vice versa. L’indice VIX se situait à 36% à la fin de l’année 2018, lorsque les marchés boursiers chutaient et que l’incertitude augmentait. À la mi-décembre, la valeur du VIX était inférieure à 12 %, soit seulement un tiers de la valeur au début de l’année 2019. En d’autres termes,  une protection à l’exposition au marché des actions américaines coûterait aujourd’hui un tiers du prix payé en début d’année 2019.

Ce type de couverture permet de réduire la volatilité du portefeuille. Ainsi, de plus faibles fluctuations de la valeur du portefeuille peuvent donner aux investisseurs suffisamment d’assurance pour être en mesure de prendre des décisions d’investissement plus rationnelles face à une incertitude accrue.

Le cash est roi

À ce stade du cycle, l’argent liquide joue un double rôle. Premièrement, une allocation plus importante en placements liquides assure une plus grande stabilité en cas de volatilité croissante. Deuxièmement, la liquidité permet la flexibilité nécessaire pour exploiter les opportunités de marché qui se présentent, surtout lors revers imprévus.

La combinaison prudente alliant diversification, stratégies de couverture efficaces et davantage de liquidités disponibles, devrait être une formule gagnante pour tirer le meilleur parti des marchés financiers dans cette nouvelle ère de rendements modestes et de volatilité accrue.

* Chief Investment Officer, Rothschild & Co Bank

 

 






 
 

AGEFI



...