Les transports aériens régionaux suisses en zone de turbulences

lundi, 23.12.2019

L'année 2019 s'annonce comme un annus horribilis, avec une chute de près de moitié tant des vols que du nombre de passagers au cours des trois premiers trimestres.

Les aérodromes de Berne-Belp, Lugano-Agno (notre photo), St-Gall-Altenrhein et Sion représentent à peine plus d'un demi-pourcent de l'ensemble du trafic passagers locaux et en transfert (Keystone)

Alors que les trois aéroports nationaux - Zurich, Genève et Bâle, qui drainent plus de 99% du trafic - ont connu ces dernières années une fréquentation en hausse continue, leurs homologues régionaux ont vu la leur se réduire à peau de chagrin.

Selon les données de transport aérien publiées par l'Office fédéral de la statistique (OFS), les aérodromes de Berne-Belp, Lugano-Agno, St-Gall-Altenrhein et Sion représentent à peine plus d'un demi-pourcent de l'ensemble du trafic passagers locaux et en transfert sur le trafic de ligne et charter, et environ 2% des mouvements d'avions en Suisse.

L'année 2019 s'annonce comme un annus horribilis, avec une chute de près de moitié tant des vols que du nombre de passagers recensés par l'OFS au cours des trois premiers trimestres, même si les perspectives diffèrent selon les aérodromes.

Ainsi, l'aéroport de Belp a vu sa fréquentation chuter de 18% l'année dernière à 137'000 passagers. Dans son rapport annuel, Flughafen Bern - aux mains d'entreprises et de particuliers à plus de 85%, le reste étant détenu par le canton et la ville de Berne, les communes avoisinantes et plusieurs organisations - a expliqué ce recul par la mise à pied fin août du transporteur local Skywork Airlines, alors que jusque-là, le trafic affichait une progression de près de 6%.

Financement participatif

De janvier à septembre 2019, le nombre de passagers a plongé de plus de 80%. L'aéroport a lancé début novembre une campagne de financement participatif afin de financer le lancement de sa propre compagnie aérienne "virtuelle", baptisée Flybair.

"Nous avons récolté 1,25 million auprès d'un millier d'actionnaires environ, auxquels s'ajoutent l'engagement pris par plusieurs entreprises", a indiqué Beat Brechbühl, président du conseil d'administration de Flughafen Bern.

"C'est un signal très encourageant que la population soutienne un projet d'aéroport régional public", poursuit le dirigeant, précisant que les premiers vols sont prévus pour début mai 2020. Selon lui, l'aérodrome existera toujours dans 20 ans, que ce soit avec des vols commerciaux, l'aviation d'affaires ou encore comme centre de mobilité pour de nouvelles formes d'activités aéronautiques, comme la maintenance de drones ou les aéronefs électriques.

L'aéroport de Lugano, privé de vols de ligne depuis la faillite fin septembre d'Adria Airways qui assurait pour le compte de Swiss la desserte depuis Zurich, a également été délaissé. Alors que le nombre de voyageurs est repassé sous les 90'000 (-35%) en 2018, il a continué de s'éroder de près d'un cinquième sur les neuf premiers mois de 2019.

Depuis octobre, tous les employés, à l'exception des cinq membres de la direction, sont au chômage partiel. La mesure accordée par les autorités cantonales mi-octobre a été prolongée jusqu'en février 2020.

A Vienne pour affaires

Avec une fréquentation en légère hausse l'année dernière (+3% à 114'000 passagers), l'aérodrome saint-gallois d'Altenrhein est le seul à être parvenu à tirer les marrons du feu, grâce à la dizaine de destinations de vacances proposées durant les mois d'été en Méditerranée par le transporteur local People's Air et la desserte de Vienne, avec une clientèle d'affaires à 80%.

La plateforme de Suisse orientale s'en sort nettement mieux que ses congénères également pour l'exercice en cours, même si le nombre de passagers s'est contracté de 5% en moyenne au cours des trois premiers trimestres.

L'aérodrome de Sion, qui avait frôlé les 10 000 passagers en 2017, a vu son trafic s'éroder en 2018 (-6%) et surtout au cours des deuxième et troisième trimestres 2019, où le nombre de voyageurs a chuté de plus de 80%. A vocation exclusivement militaire jusqu'en janvier 2018, l'aéroport valaisan est actuellement géré par la ville de Sion et le canton, qui envisagent d'en confier l'exploitation à une société privée.

Outre la fréquentation en baisse, un autre élément entrave un peu plus la viabilité économique des aéroports régionaux. Il s'agit de la sécurité de la navigation aérienne, dont le coût annuel est estimé par le Conseil fédéral à environ 35 millions de francs.

La responsabilité du financement a été transférée aux exploitants des aérodromes en 2010, puis confiée à titre transitoire à Skyguide jusqu'en 2016. Afin de donner aux aérodromes concernés le temps de "s'adapter à la nouvelle situation et élaborer des solutions adéquates", la Confédération a consenti à réduire progressivement son engagement jusqu'en 2020, mais juge "inopportune" une prolongation supplémentaire des dispositions transitoires.

Malgré les difficultés, les aérodromes régionaux sont déterminés à lutter pour leur survie, parfois avec l'énergie du désespoir. "Toutes les régions qui disposent d'un aéroport connaissent un développement économique supérieur à celles qui n'en ont pas", assure le patron de Lugano Airport, Maurizio Merlo. (awp)






 
 

AGEFI




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