Les actions sous le «plafond de verre»

jeudi, 20.08.2020

L'analyse technique. Sur le Vieux Continent, les actions butent sur des niveaux qui semblent infranchissables cet été. L’or est sur toutes les lèvres.

Serge Laedermann CMT*

Les bourses européennes semblent incapables de «passer l’épaule». En manque de catalyseur, les Blue Chips constituant les indices de références sont stoppés par le manque d’avancée positive sur le front de l’épidémie.

Cette retenue contraste singulièrement avec Etats-Unis, en pleine épidémie mais dopés par un Nasdaq qui vole de records en records, un S&P500 à nouveau au plus haut et un Dow Jones à 5% du sommet de février dernier.

Sur le Vieux Continent, il devient évident que rien ne redeviendra normal tant qu’un vaccin efficace ne sera à disposition du public. A cet égard, les effets de manche des Russes et des Américains sont dignes de la guerre spatiale des années 60 et frisent l’indécence. Ces deux vaccins s’avèreront peu efficaces et souligneront l’empressement mal placé de deux puissances qui ne montrent pas l’exemple, comme d’habitude serait-on tenté de dire.

Une deuxième vague?

Les Russes se font mousser d’avoir été les premiers à le délivrer en violation de tous les protocoles et les mauvaises surprises ne vont pas tarder à se faire jour. Quant à Moderna, qui a exercé un véritable chantage en décrétant que seuls ceux qui auront craché au bassinet pourront en bénéficier, ils ont amassé assez de fric (leur but) et le résultat final n’est simplement plus essentiel. Si leur produit est efficace à 30% ça sera déjà un petit miracle et ils s’en gargariseront.

Or cette épidémie n’est pas à comparer à une grippe saisonnière où on se satisfait d’un vaccin imparfait, puisque les souches varient d’une année sur l’autre. Pour la Covid19, les populations européennes ne l’accepteront que lorsqu’on aura l’impression d’avoir une immunisation importante. Il faudra donc attendre 2021 et les résultats probants de sociétés qui prennent leur temps, mais misent sur la qualité.

En vérité, cette fameuse deuxième vague n’en est pas une. Il y a certes une recrudescence des cas, mais jamais les hospitalisations n’ont été aussi basses, de même que les réanimations. Le fait est qu’en France, par exemple, on teste beaucoup plus qu’avant et qu’on découvre des cas en plus grand nombre, et probablement bien en dessous de la vérité, puisqu’au pays de la désorganisation il faut des heures et faire la queue pour se faire tester et attendre au moins une semaine pour les résultats. Inimaginable et donc sans valeur! La situation est pourtant globalement sous contrôle.

Une architecture à repenser

Ce qui est vraiment dramatique, c’est que le consommateur dépense désormais du bout des lèvres. Plus question de débourser plus que nécessaire et la croissance étant justement basée sur les achats non indispensables, nous ne sommes qu’au début des difficultés. 

Jusque-là les commerçants tablaient sur une diminution, voire une extinction du virus et des mesures barrière. Mais nous sommes partis pour une rentrée maussade. De guerre lasse, beaucoup vont baisser pavillon et donc fermer boutique. Cette crise va nous entraîner bien plus bas et l’impact sur les bourses va obligatoirement se faire sentir. Même les sociétés qui ne sont en théorie pas impactées par cette récession constatent que leurs commandes diminuent. Simplement parce qu’au bout de la chaîne on est précautionneux et que la demande est devenue versatile. Les entreprises amassent du cash pour résister et seuls les achats indispensables sont réalisés.

Ajoutez 6 mois, 9 mois ou même une année avec la même ambiance, et vous avez une catastrophe au bout du chemin.

Il est donc peu probable que les actions se stabilisent sur ces niveaux élevés en attendant sans mollir que «le jour d’avant» réapparaisse prochainement.

Le système actuel est cuit et les trillions injectés ne servent qu’à maintenir à flot un navire qui fuit de toute part. Il faudra reconsidérer les monceaux de dettes accumulés et repenser l’architecture financière des nations qui doivent miser sur l’avenir des prochaines générations. Cette débâcle est peut-être l’occasion de redessiner notre futur, la «chance» étant que chaque pays est touché et que les négociations s’en retrouvent de facto facilitées.

Dans cette cacophonie, les Etats-Unis poursuivent leur œuvre de dévaluation du dollar comme ils le font depuis 50 ans, et bien entendu au détriment des autres. L’euro s’est ainsi apprécié de 10% par rapport au billet vert depuis le mois de mai et nous sommes en route pour 10% supplémentaires dans le troisième trimestre. C’est un fardeau de plus pour nos économies, alors que les autres devises suivent par nécessité le dollar dans sa descente. 

Un mouvement spéculatif

L’or est maintenant sur toutes les lèvres, puisque considéré comme la valeur refuge dans ces temps bien troublés. Il y a certes ce mouvement d’ascenseur face au dollar, puisque l’un monte quand l’autre baisse, mais la réalité est un peu différente. Le kilo d’or exprimé en francs suisses n’a progressé que de 6% par rapport au sommet de 2012. Il y a fort à parier que ce mouvement spéculatif se terminera mal, puisque les mains faibles entrent aujourd’hui dans la danse. Votre barman en parle, votre femme de ménage aussi, c’est très mauvais signe

*Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

AGEFI



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