La surévaluation des actions US augmente à désormais 15%

mardi, 17.07.2018

L’analyse technique. L’optimisme justifié par les futurs profits ne résiste pas aux analyses, les actions américaines sont trop «riches».

SERGE LAEDERMANN CMT*

Le marché américain est toujours porté par les attentes positives sur les futurs profits des sociétés, marginalisant de fait la guerre commerciale débutée par Donald et les risques géopolitiques en recrudescence.

Concernant le S&P 500, les profits 2018 sont attendus à 145,17 dollars, soit une augmentation extraordinaire de 30% par rapport à 2017 (111,23 dollars). Pour 2019 ces mêmes bénéfices sont estimés à 161,83 dollars, ce qui matérialiserait une hausse supplémentaire de 11%. Tout va bien Madame la Marquise.

J’ai beau écouter les plus cadors des analystes du microcosme, aucun d’entre eux ne mentionne que ces attentes, fort belles au demeurant, diminuent chaque mois depuis le début du deuxième trimestre et que cette tendance se confirme au début du troisième. Grosso modo, nous en sommes à 10% de diminution sur les prévisions du début de l’année et il serait étonnant que ce mouvement s’inverse.

Le résultat de ce tassement fait que la surévaluation des actions américaines augmente à nouveau, au point d’être estimée à 15% actuellement. C’est ce qui ressort avec un indice S&P 500 à 2800 points. Ces actions se traitent aujourd’hui avec un multiple cours/bénéfice de 18,8x pour 2018 et 16,8x pour 2019. Il ne s’agit donc pas d’une grossière surévaluation, mais tout de même, une correction de 15% à se prendre dans les dents, ça serait mal perçu aux quatre coins de la Planète!

Techniquement, la percée du mois de mai était prometteuse. Je dois ici devenir un peu plus... technique. Le haut annuel du 29 janvier à 2872 suivi de la correction du 9 février à 2532 (plus bas annuel) constituent les points un et deux de ce que les analystes des graphiques appellent un triangle haussier, en d’autre terme une formation qui matérialise une pause avant une poursuite de la hausse. Le haut du 13 mars, suivi du bas réalisé le 2 avril, représentent les points trois et quatre, alors que la percée du 10 mai est une sortie par le haut de cette fameuse formation triangulaire. A ce moment-là, l’objectif était d’aller chercher les 3000 points. 

Le hic, c’est que depuis cet épisode clé qui aurait dû nous propulser gaillardement vers ce sommet, le marché ne montre que peu de tonicité. Bien sûr nous pouvons encore assister à cette ascension ces prochaines semaines, mais la probabilité d’un tel scénario semble moins évidente. Sont-ce les estimations des profits futurs (telles que décrites précédemment) qui empêchent l’indice d’aller plus haut? Toujours est-il que si fondamentalement une telle hausse n’est absolument pas justifiée, elle semble aussi avoir du plomb dans l’aile techniquement parlant.

J’ai reçu quelques commentaires surpris le mois dernier avec mon titre «Les Blue Chips suisses deviennent accessibles» (l’Agefi du 20 juin). Le SMI était à 8463 et oui, il faut être clair, ce niveau est trop bas. La valeur «juste» se situe autour des 8700 points. La faculté de notre indice national à rebondir dès que le prix s’enfonce de 3% en dessous de cette marque, démontre qu’il y a un fort support qui ne peut être cassé qu’en cas de catastrophe majeure. Je vous vois venir: est-ce qu’un S&P 500 à 2400 points constituerait une catastrophe majeure? Si la baisse chez l’Oncle Sam se fait en une journée, on ira sans doute tâter les 8000 points de façon éclair. Si elle se fait graduellement, on va tenir sur les plus bas de l’année.

Le seul segment qui est clairement toujours surévalué, ce sont les petites capitalisations suisses et les moyennes, ces dernières en moindre mesure. Elles ont déjà bien corrigé, puisqu’elles étaient trop grasses d’une vingtaine de pourcents il y a quelques mois, alors qu’aujourd’hui il y en a encore une douzaine à perdre. A cet égard, comme je l’ai déjà mentionné ces derniers mois, faites extrêmement gaffe avec les IPO. Beaucoup d’entre elles sont des miroirs aux alouettes. Prenez A Small World, émise à 11 francs 50. J’ai eu beau tourner ma règle à calcul dans tous les sens, j’obtenais une valeur maximum de 6,50. Et bien elle a été «tirée» et sans doute manipulée pour toucher 22 francs (!) en un mois, pour s’écrouler par la suite à 5 francs et quelques. Elle végète aujourd’hui autour des 6 francs. Personnellement je trouve ça criminel, car c’est naturellement toujours le «petit» qui se fait avoir.

Plus récemment, il y a aussi Polyphor, émise à 38 francs, cotée à 32 francs ce jour, et je m’en voudrais de ne pas accorder une mention particulière à Obseva émise à 15 francs le 13 juillet et finissant à 20 francs le jour même, soit une surcote de 25% par rapport au même titre coté au Nasdaq (elle y est traitée depuis plus d’une année avec beaucoup de volume). Mais que font les arbitragistes? Impossible de la shorter en Suisse me dit-on, une histoire momentanée de clearing... Bref, autant vous dire que d’ici deux ou trois jours les cours seront les mêmes et que cette fameuse première clôture à 20 francs fut un show ridicule et trompeur.

J’aimerais aussi préciser que si je critique les cours de certaines sociétés, je ne porte pas de jugement sur leur domaine d’activité. Certains confondent encore... Bel été!

*Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

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