Attendez-vous à une baisse des actions

mardi, 19.03.2019

L’analyse technique. Les principaux indices sont en nette hausse depuis le début de l’année. Les actions sont «riches» et donc vulnérables à la moindre anicroche.

SERGE LAEDERMANN CMT*

L’année 2019 que tous les grands spécialistes nous annonçaient comme l’exercice de tous les dangers, constitue dans les faits le meilleur démarrage depuis fort longtemps. Jugez plutôt: 13% de hausse sur le SMI, 14% sur le DJ Europe 600 et 13% sur le S&P 500 (quelle uniformité!), nous n’avions pas vu ça depuis... je ne sais pas en vérité, quelques décennies sans doute.

Il est vrai que la période des Fêtes fut marquée par un Noël inhabituellement désastreux et qu’un rattrapage était sans doute légitime. Mais tout de même! Lorsque nous écoutions les stratèges au mois de janvier, il fallait absolument se mettre aux abris et numéroter ses abattis. Exactement l’inverse professé 12 mois auparavant! 2018, une année qui s’annonçait sans nuages à l’horizon, exempte de risques majeurs et donc fort prometteuse. 

Ceci me rappelle un bon mot que j’aimais à ressortir du chapeau lorsque j’intervenais lors de conférences ou grands-messes diverses, au grand dam d’ailleurs de mes collègues du métier: «La plus sûre manière de perdre de l’argent en Bourse est de consulter un professionnel». Au-delà de la boutade, je pense effectivement que la très grande majorité des «spécialistes» sont des moutons qui suivent le sens du vent, sans se questionner sur l’aspect rationnel de leurs prévisions.

Il ne faut pas avoir fait Math Sup pour se rendre compte que les évaluations (globales) sont riches et arrivent sur des prix qui deviennent vulnérables à la moindre anicroche. Le vénérable S&P 500 navigue autour des 2850 points, alors que sa Fair Value se situe aux alentours des 2570 (sans tenir compte d’une petite récession), le SMI ne tient que grâce aux dividendes (gare au retour de manivelle après le printemps), alors que les actions européennes ne tiennent pas compte d’un ralentissement et d’un «No Deal» chinois ou britannique.

Justement, le Brexit. Je me suis fait appeler Arthur le 18 janvier dernier en estimant qu’un report n’était plus une probabilité, mais une certitude. Pourtant nous en sommes là aujourd’hui. Fait intéressant, alors que le président de la Chambre (vous savez celui qui déclame en gueulant devant la Cour, comme au Moyen-Âge) croit nécessaire d’ajouter son  grain de sel en s’opposant à un troisième vote, le nombre de députés favorables à l’accord ne cesse de croitre. 

Aujourd’hui, il est presque certain que Theresa May rallierait au moins 300 députés (majorité à 326). Il n’en manque plus qu’une vingtaine pour faire basculer le vote. On approche donc du dénouement, le point négatif pour les marchés étant qu’ils n’en ont jamais douté et c’est bien là le problème. Après l’euphorie, le soufflé peut retomber et l’environnement assez morose de l’économie européenne va sans doute reprendre le dessus pour un temps.

Techniquement le S&P 500 se rapproche du plus haut historique du 21 septembre dernier (2940), et comme expliqué auparavant, son prix s’est enrichi d’une dizaine de pourcents par rapport à une valeur raisonnable compte tenu des attentes de profits, stabilisées il est vrai à 155 dollars pour 2019. Un PE courant de 18 n’est pas forcément cher si ces mêmes profits sont attendus au-delà de 10 % pour 2020, mais sur ce point tout reste à prouver.

N’oublions pas que la plupart des analystes attendent une récession à l’horizon 2020-2021, espérons qu’ils soient aussi mauvais que d’habitude. Bien sûr à court terme l’indice peut aller titiller les 2900, mais cet enthousiasme béat ressemble plutôt à une bonne occasion de réaliser des profits plutôt que d’empiler des actions. D’ailleurs la hausse actuelle est alimentée par tous ceux qui ne croyaient pas utile de se positionner en début d’année et qui courent bêtement après le marché.

Même constats pour le DJ Europe 600 qui affronte la zone 385-390 constituant probablement une résistance infranchissable, une barrière similaire à celle du SMI entre 9550 et 9650. Soyons pragmatiques, nous sommes arrivés à des prix qui justifient un allègement des portefeuilles en actions, quels qu’ils soient.

Sur le front des devises, la paire EUR-USD est prisonnière depuis cinq mois d’une fourchette 1,12-1,15 et il est toujours difficile d’imaginer que les Américains laissent s’apprécier le dollar en direction de la parité. La fourchette «large» EUR-CHF se situe entre 1,12 et 1,15, alors que depuis deux mois elle est même «scotchée» entre 1,13 et 1,14. La livre ne semble plus douter un instant d’un accord avec l’UE et poursuit sa route en direction des 1,38 CHF, prix atteint il y a une année lorsque l’optimisme était de mise. 

Un mot pour terminer sur les rendements US à 10 ans qui ne sont franchement pas allés dans la direction attendue il y a six mois, loin s’en faut. Le retournement de veste de la Fed en est la cause, un changement de politique qui signifie que les taux vont demeurer bas partout et pendant longtemps. Une vraie fatalité en vérité, qui doit être vue comme la preuve de l’impuissance des banques centrales face aux prochains défis.

* Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

AGEFI



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