Seules les actions valent vraiment le coup!

mardi, 17.09.2019

L’ANALYSE TECHNIQUE. Les obligations n’offrent réellement aucun rendement acceptable, mais elles n’assurent également aucune protection.

SERGE LAEDERMANN CMT*

Quels que soient les risques économiques ou géopolitiques actuels, les actions flirtent toujours avec les plus hauts et chaque mini correction est immédiatement suivie par un retour sur les sommets.

Les distorsions observées sur les taux d’intérêts, où les rendements négatifs sont presque devenus anecdotiques, influencent grandement les actions qui représentent aujourd’hui le seul moyen d’obtenir un revenu décent sur le capital. A cet égard, les dividendes sont en passe de devenir LE facteur prédominant dans le choix d’un titre, au-delà de la croissance des bénéfices et du secteur d’activité. Le fait est que les sociétés de premier ordre distribuent une part de leur bénéfice devenue parfaitement atypique si on la compare aux clopinettes récoltées sur les autres actifs financiers.

Naturellement, il faut aussi tenir compte du marché immobilier qui flambe et représente le seul vrai refuge en cas de débâcle totale, un scénario dont il serait prétentieux d’affirmer qu’il ne se produira pas. L’essentiel pour ces actifs étant d’être au bon endroit, c’est-à-dire là où il est plus facile de revendre au cas où.

Message reçu

Pour revenir aux actions cotées, actifs liquides par excellence, il est encore tout à fait possible de percevoir un rendement de 3% sur des sociétés 18 carats, et même 4% sur une qualité un peu inférieure. Ce revenu tout à fait classique historiquement est aujourd’hui parfaitement anormal, parce que résultant du dysfonctionnement du marché obligataire. 

La probabilité d’une prochaine fuite en avant des actions a donc considérablement augmenté depuis que les Banques centrales ont décidé de rentrer à nouveau dans un cycle de baisse des taux, de manière à éviter coûte que coûte une plongée de l’économie en territoire récessionniste, on a bien compris le message. Ces stimulus sont bien entendu favorables aux entreprises cotées qui se retrouvent ainsi en position de force pour continuer à croître et donc à distribuer une part de la récolte aux actionnaires. Nous sommes en présence d’un cercle vertueux qui ne dit pas son nom et résulte d’une pure logique.

Cette nouvelle ère financière appelle quelques réflexions par rapport à ce que nous connaissions jusque-là. Les directives en matière de gestion de fortune telles que définies par l’Association Suisse des Banquiers (ASB) précisent notamment que le gérant doit veiller au principe de répartition des risques en tenant compte des autres investissements effectués, ce qui relève d’un bon sens élémentaire, mais également que «La banque évite les grands risques inhérents à une concentration anormale sur un nombre trop limité de placements» (Art.10.35). 

A cet égard, la situation actuelle pose problème. Un portefeuille constitué pour 50% d’obligations rapportant 2% au moment de l’achat n’est pas critiquable en soi, mais un portefeuille constitué maintenant et pour moitié d’obligations qui ne rapportent rien ou presque constitue un risque bien différent, et probablement bien supérieur à un investissement en actions de premier ordre offrant un dividende élevé. En effet, une remontée même contenue des rendements sur les valeurs à revenu fixe provoquerait par un simple effet mécanique une véritable débâcle sur les cours de ces titres susceptibles de perdre jusqu’à 50% de leur valeur s’agissant des échéances longues. Tout ça pour ne rien rapporter au bout (mais seulement si le débiteur honore sa dette!). Pour ceux qui s’en souviennent, rappelez-vous des fameux zéro coupons que nous achetions à 10 ou 15% avec le remboursement à 100% en point de mire. Et bien ici c’est la même logique, mais inverse! Et s’il vous plait ne parlons pas des inconscients qui achètent des emprunts étatiques à 100 ans, c’est plus risqué qu’un achat de Bitcoins.

Un recoin étriqué

Les flux de capitaux en direction des actions peuvent tout à fait s’accélérer ces prochaines semaines et mois puisque les Banques centrales nous ont fait perdre l’espoir qu’une normalisation des taux était possible. A vrai dire, elles n’ont pas le choix et sont acculées dans un recoin de plus en plus étriqué, en n’ayant comme solution que l’allégement des taxes et donc le déséquilibre budgétaire (la France est un bon exemple). Les grands argentiers ont échoué et alors qu’ils battent en retraite, les actions s’imposent de plus en plus comme une évidence. Les indices campent sur les records et il ne serait pas surprenant de voir une fièvre spéculative s’emparer des marchés et des sociétés à hauts dividendes en particulier, entraînant à leur suite et un peu plus tard les autres compagnies de moins bonne qualité.

Un mot pour terminer sur le pétrole qui a donc bondi suite aux événements que nous connaissons. Du pétrole il y en a assez, il y en a même trop. Alors que les prix reviennent tranquillement sur les niveaux observés en juillet dernier, il y a fort à parier que le soufflé ne retombe assez rapidement. Quant au risque géopolitique, il n’est pas grand. Donald Trump ne veut pas d’un conflit dans lequel il a tout à perdre, l’Iran ne peut agir à visage découvert (ce sont les durs du régime qui fomentent ces raids, pas le gouvernement), les autres pays regardent. L’Arabie saoudite sera mieux protégée à l’avenir par son allié américain. Pas de quoi émouvoir un boursier.

*Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

AGEFI




...