Des opportunités à saisir sans trembler

mardi, 17.03.2020

L’ANALYSE TECHNIQUE. Les marchés actions sont à terre, beaucoup de valeurs sont bradées sans aucune distinction de qualité.

Serge Laedermann CMT*

L’image technique était parfaite. Les hauts de 2000, 2007, 2015 et 2017 venaient d’être effacés et le chemin des 500 points s’ouvrait sur le DJ Europe 600. Oui mais voilà... Ce qui semblait être une crise sanitaire limitée à une province chinoise (que beaucoup d’entre nous ne connaissaient même pas) a débordé les frontières et provoque une déferlante qui met désormais l’économie mondiale à genoux.

Une tendance bien installée peut s’inverser suite à un événement imprévu et qui n’est pas forcément lié à la sphère financière. Un coup d’état, un Pearl Harbor, un tremblement de terre (on attend Big One), une météorite... un virus. Bref, vous pouvez bien brandir vos petits graphiques, ils constituent un outil indispensable, mais ils ne rivalisent pas avec la boule de cristal.

Techniquement parlant, une tendance change lorsque le poids de l’évidence indique que les ingrédients qui constituaient la base de cette tendance ont disparu. En cassant le support des 410 points, le DJ Europe 600 a réalisé tout d’abord un retour inattendu et atypique pour une tendance haussière. En s’aventurant sous les 400 points, il était clair que quelque chose clochait et que le sentiment «tournait» tout à coup, marqué par la retenue et, pour les plus sages, l’allègement des risques. 

Tout d’abord une bonne nouvelle, les marchés fonctionnent. Les variations sont colossales, mais nous ne revisitons pas cette fameuse matinée du mardi 20 octobre 1987 où les actions du Dow ne pouvaient plus se traiter faute d’acheteurs et donc d’argent. Le cœur de la finance mondiale venait de s’arrêter et il a fallu attendre quelques heures pour le voir rebattre avec une injection salutaire de liquidités.

Aujourd’hui il y a plein de liquidités, sauf qu’elles ne sont pas mobilisées par crainte d’une faillite du système, qui n’aura pas lieu. La particularité de cette crise est qu’elle est limitée dans le temps. Bien sûr les profits seront impactés, mais cette contraction sera suivie d’une reprise en V qui remboursera une partie des dégâts. Nous sommes aujourd’hui au pire de cette psychose et dès que les nouveaux cas vont commencer à décroître en Italie, la bourse aura déjà repris 15%. Il faut noter qu’il n’y a plus ou peu de nouvelles contaminations en Lombardie dans l’épicentre où a démarré la propagation. Dans 10 jours, il y a fort à parier que la courbe va s’aplatir, puis plier. Les projections actuelles des alarmistes sont articulées (ils parlent de millions de personnes) comme si aucune mesure n’était prise. Seulement nous ne sommes pas dans ce cas de figure.

Pour en revenir à la bourse, observant un SMI à 11270 le 20 février, nous avons assisté à une plongée jusqu’à 7650 lundi, une chute de 32 %. On dépasse donc allègrement les 4% de rendement sur les dividendes, et même si vous les amputez de 10% ça reste très élevé avec des taux toujours scotchés à 0%, Indépendamment des titres du SMI, que pensez d’actions comme Also à 128 (190 le 4 mars), Gavazzi 145 (250 en février) ou Zehnder de 49 à 32. Il y en a des dizaines, et si toutes ne sont pas de première solidité, les exagérations sont telles qu’elles représentent de vraies opportunités.

C’est un grand classique. La grande majorité des investisseurs qui mettent de l’argent alors que les indices atteignent des niveaux déraisonnables sont incapables de mettre 10 centimes lorsque la psychose engendre l’irrationnel. La bourse est ainsi faite, depuis toujours. Actuellement ce sont les mains fortes (les astucieux, les rationnels) qui accumulent gentiment, alors que les mains faibles (les petits ou peu sophistiqués) liquident en panique. 

Autre bonne nouvelle, les «packages» des banques centrales vont dans le bon sens, même s’ils ne sont pas encore appréciés comme tels. Il faut arrêter avec ce carcan des 3% de déficit que la Vieille Europe est la seule à respecter.

Les règles de Maastricht doivent être repensées, elles ne correspondent plus aux urgences qui nous assaillent. Les élections le démontrent, l’écologie est LE centre de préoccupation du citoyen et un plan Marshall doit être mis en place pour moderniser nos structures et planifier un vrai avenir pour les générations à venir, c’est vital. La rue tente un peu partout de prendre le pouvoir, car les moyens sont en dessous des ambitions. Il faut injecter, dans les hôpitaux, la connaissance, les transports, les constructions et même si l’Allemagne met systématiquement les pieds au mur, il faut passer outre.

Le Prix Nobel Joseph Stiglitz l’a martelé en 2016, nos voisins germaniques maintiennent leur suprématie au détriment de tous les autres pays. Prôner que l’austérité est porteuse de croissance est une aberration. Quant à la solidarité, on se souvient du cas grec...Cet égoïsme primal est destructeur et nous devons le combattre. La guerre contre ce virus va faire voler en éclat les limites budgétaires et il faut espérer que cette «libération» soit porteuse par ricochet d’une autre vision de l’Europe, axée elle sur l’avenir.

* Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

AGEFI



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