Vingt pour cent de progression potentielle des actions européennes

mercredi, 18.12.2019

L’analyse technique. Les indices paneuropéens s’affolent, si la percée se confirme une forte poussée est attendue.

Serge Laedermann CMT*

La situation a été décrite il y a un mois dans ces mêmes colonnes (lire l’Agefi du 20 novembre). L’indice DJ Europe 600 vient de vaincre les sommets de 2000, 2007, 2015 et 2018, 4 pics se situant pratiquement au même niveau. Si cette percée majeure se confirme, nous aurons un objectif activé de 500 points pour 2020, soit une hausse de 20% en forme de rattrapage.
Il est à parier que les mêmes analystes qui nous encouragent depuis des mois à éviter l’Europe retournent prochainement leur veste, comme d’habitude serait-on tentés de dire. Non seulement ils nous prédisaient une récession aux Etats-Unis avec moult explications et certitudes (mais là, la veste est déjà bien retournée), mais en plus ils n’ont pas vu venir la reprise des actions du Vieux Continent.
Bien sûr la croissance va demeurer faible, bien sûr le Brexit ne sera pas une partie de plaisir, bien sûr les résultats des entreprises ne sont pas spectaculaires, bien sûr les dettes...
Avec des rendements obligataires qui n’en sont plus, les liquidités ne savent plus où aller. Il est donc logique de voir ce flux se porter sur une zone géographique systématiquement dénigrée depuis des années. Pourtant il est évident que les actions européennes représentent globalement le placement le moins risqué à comparer de ce qui est proposé ailleurs.     
Il est clair que c’est par manque de choix que les actions ont les faveurs de la cote, mais il faut savoir des fois placer ses pions là où le potentiel est le meilleur, même si la situation est loin d’être optimum. Avec si peu d’alternatives, il est même surprenant qu’un bulle ne se soit formée bien avant. Elle peut fort bien se gonfler l’année prochaine.
Acheter dans l’espoir d’une euphorie spéculative n’est pas vraiment conseillé, mais nous sommes ici en présence d’un marché qui n’est pas cher et même bon marché sur certaines valeurs pratiquement bannies des listes de recommandations. Dans cette optique, le retour en grâce des secteurs délaissés revêt donc une sérieuse possibilité.
Techniquement et comme expliqué précédemment, nous sommes à un tournant majeur qui ne se produit qu’une fois par lustre (i.e. 5 ans) et si cet effacement des sommets précédents se réalise, et honnêtement la probabilité que ça soit le cas est grande, nous assisterons à une vraie ruée provoquée par ceux qui sont restés trop prudents. Et il y en a beaucoup. Pour que cette percée se confirme, il est important que le retour observé depuis deux jours reste contenu.     
Essayons de chiffrer la chose. Sur l’indice DJ Europe 600 (ticker SXXP) un Runaway gap est visible sur le graphique journalier entre 409,34 et 410,60, ce niveau représentant le retour possible du marché avant un redémarrage vers le haut. En vérité, on peut même assister à un retour plus «saignant». L’indice est allé pour l’instant jusqu’à 418,54, soit légèrement en dessus du précédent record historique de 415,18 datant d’avril 2015, ce qui ne nous donne pas assez de confort à ce jour pour affirmer que cette fois-ci c’est la bonne tentative et que les actions vont s’échapper vers le haut. Mais sans entrer dans des détails que seuls les techniciens peuvent comprendre, la percée de l’immense triangle haussier constitué précisément depuis 2015 signifie que ça sent très bon et que nous avons les probabilités de notre côté.
Dans un monde à la croissance poussive et endetté comme jamais, est-il raisonnable d’investir encore dans les marchés? Il y a un choix à faire. Rester cash et aller à la pêche, ce qui est tout à fait respectable au demeurant, ou estimer que cette fin promise n’est pas pour demain et qu’il ne faut pas aller contre la tendance. Never fight the trend disent les vieux briscards (un autre me disait ne pisse jamais contre le vent).
Quelle que soit la rhétorique, il est évident que la situation actuelle plaide pour une poursuite de la hausse. Peut-être que le premier signal d’alarme sera perceptible lorsque les taux US à 10 ans repasseront les 2.20%, mais nous sommes ici presque dans la boule de cristal. Certains se souviendront de fortes montées des taux avec des marchés actions poursuivant leur hausse pendant des mois (1987 par exemple).
Pour avoir observé bien des euphories, je dirais qu’avant de parler de Bear Market il faut précisément avoir assisté à une euphorie avant qu’il pointe son nez et que pour l’instant d’euphorie il n’y en a pas.
Oui, tout est fragile et cela finira mal, bien sûr! Il suffit par exemple que la France déraille (et à mon avis c’est le premier candidat) pour que le système s’écroule. Le jour où les taux remonteront sèchement dans l’Hexagone par manque de confiance des investisseurs, alors là il faudra se mettre à l’abri. Nous n’en sommes pas encore là, et en attendant il ne faut pas bouder cette hausse qui se profile à l’horizon pour 2020. Vous souvenez-vous des prévisions des cadors pour 2019? Il n’y avait pas un haussier sur nos écrans alors que le S&P en est à 27% de hausse et même le DJ Europe 600 fait très bonne figure avec ses 24%. Quand tous ces Messieurs seront positifs, alors là il faudra faire gaffe!

* Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

AGEFI




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