Les taux négatifs dopent l’indice vedette SMI

mardi, 18.06.2019

L'analyse technique. Les indices boursiers plafonnent, à l’exception du Swiss Market Index porté par les dividendes.

Serge Laedermann CMT*

Les marchés boursiers attendent beaucoup de la Réserve fédérale américaine, supposée agir en juillet déjà de manière à contrecarrer le ralentissement économique assez évident qui se fait jour outre-Atlantique.

Tout est dans le phrasé et nous sommes suspendus aux petits mots distillés par Jerome Powell, qui ne doit pas doucher les espoirs démesurés des fervents supporters des actions, tout en restant pragmatique quant au timing. Un exercice d’autant plus périlleux que le président de la Fed n’a pas suffisamment d’évidences aujourd’hui pour agir de manière concrète. Mais il ne faut pas se tromper sur un point.

Pratiquement personne aujourd’hui ne pense que nous sommes retournés dans un cycle de croissance robuste qui peut durer encore plusieurs années. Le problème actuel de l’investisseur est le retour sur investissement, alors que les rendements allemands et suisses replongent gaillardement en territoire négatif et que le T-Notes à 10 ans flirte avec les 2%. Il faut rappeler que ce même benchmark culminait à 3,2% à la fin de l’année dernière.

La particularité des grandes sociétés suisses est de verser des dividendes supérieurs à 3% en moyenne, ce qui constitue une anomalie et un refuge pour de l’argent qui ne rapporte plus rien ou presque. Quel est le souci en achetant une Roche qui vaut 278 francs et paie 8,70 à ses actionnaires? Pratiquement aucun. Ou si on veut se positionner du côté du pire, il faudrait un sacré cataclysme pour que le géant bâlois réduise drastiquement cette rémunération. En terme d’évaluation pure basée sur les profits et la croissance de ceux-ci, notre indice national est probablement surévalué de 1000 points. Mais si on ne considère que le paramètre dividendes, il est attractif. Nous avons donc en face de nous un SMI qui se comporte actuellement comme une grosse obligation déconnectée du marché actions, car portée par le rendement atypique qu’elle procure.

Il n’est pas conseillé du tout de suivre ce mouvement qui peut (enfin!) permettre au SMI de passer les 10.000. Les corrections violentes seront assez fréquentes pour acheter ces titres à des prix bien plus attractifs, comme cela fut le cas fin mai-début juin. C’est à ce moment-là qu’il faut un peu de courage, pas maintenant alors que tout le monde courre après.

La preuve indiscutable de cette distorsion spectaculaire: le comportement des autres indices boursiers nationaux. Le SMIM, l’indice des moyennes capitalisations, navigue encore fort loin de son record du mois d’août 2018, soit à une dizaine de pourcents, et semble embarqué dans une tendance baissière qui le tient même éloigné de son rebond du mois d’avril.

Cette image est encore plus accentuée sur l’indice des petites capitalisations (SSCI) qui rebondit péniblement pour se retrouver quelques 20% en dessous de son record de janvier 2018 (vous avez bien lu, il y a déjà 17 mois!). Bien malin celui qui peut affirmer qu’il n’y a pas encore 20% à perdre...

Le SMI cache donc la forêt et la situation technique est plus claire sur des indices moins influencés par les dividendes. Le Dow Jones Europe 600 trébuche toujours à l’approche des 390 points et c’est bien normal. Ce plafond, posé telle une chape de plomb sur ce niveau, empêche toute progression. Une formidable résistance technique qui a déjà été testée en avril et qui n’est pas près de céder.

Sur le S&P 500 l’aspect baissier est moins évident, car nous nous retrouvons à 2% à peine du record historique du mois d’avril, situation répliquée par le vénérable Dow Jones, alors que le Nasdaq tente un comeback.

Fondamentalement, les projections de profits se sont stabilisées sur le S&P 500 en indiquant 150 dollars pour 2019 et 168 pour 2020, soit un ratio PE de 17,2 à 18 mois. L’évidence démontre que la Fair Value se situe à 2600, soit 10% en dessous des derniers cours pratiqués. Il serait étonnant que les actions américaines progressent d’avantage alors que de plus en plus de baromètres économiques domestiques indiquent un ralentissement (et même plus que ça) dans certains secteur. Les actions sont actuellement choisies «faute de mieux» et il s’agit presque à chaque coup d’une mauvaise raison pour y parquer son argent.

La future baisse des taux d’intérêts américains favorise selon les spécialistes une baisse du dollar, et cette fois-ci ils n’ont peut-être pas tort. Après nous avoir «vendu» pendant des années l’idée que le billet vert allait inéluctablement toucher la parité face à l’euro, ces visionnaires nous indiquent que le tassement des taux milite en faveur d’un dollar plus faible. Comme il s’agit d’un objectif bien ancré dans la politique de relance des Etats-Unis, il est en effet probable que l’euro s’apprécie contre toute réalité économique. Mais comme en terme de Purchasing Power l’euro est bon marché, alors l’alibi est vite trouvé...

Pour terminer, méfiez-vous des éternels retours en grâce de l’or qui représente un refuge etc etc. Certes, l’or est infiniment mieux qu’une cryptomonnaie, mais il y a fort longtemps que le métal jaune n’est plus qu’un joujou aux mains de financiers nostalgiques qui se repassent en boucle l’invasion des russes en Afghanistan, lorsque l’once culmina à 850 dollars (2477 dollars actuels).

* Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

AGEFI



...