Potentiel de hausse limité sur les actions

mardi, 19.05.2020

L’analyse technique. Les indices boursiers ont encore quelques petits pourcents à gagner. Il ne faut guère en attendre plus.

Serge Laedermann CMT*

Les bourses se sont refaites une santé depuis la débâcle du mois de mars, mais il est probable que la poursuite de cette reprise soit relativement modeste à partir des niveaux actuels.

Techniquement, nous avons assisté à quelques percées vers le haut ces derniers jours. Le SMI s’échappe d’un triangle haussier capable de le propulser avant la fin du mois sur sa prochaine zone de résistance située entre 10200 et 10400. L’image est moins prometteuse sur le DJ Europe 600 dont l’objectif semble limité au plus haut du 30 avril dernier, soit sur la barrière des 350 points. Le S&P 500 semble plus «bullish» et devrait aller tâter les 3100 points où se situe de l’offre en abondance, ce qui amènerait l’indice phare de la planète à dix pourcents de son plus haut, une performance au regard de la situation actuelle.

L’économie est dévastée et sans les plans massifs de consolidation du business «d’avant» et autres tentatives de relance, nous serions aujourd’hui au fond du trou, c’est certain. Cependant un tel séisme aura des répercussions à tous les niveaux et les morts vont joncher le bord de la route. Pour prendre l’exemple de la France, 10 à 20% des enseignes ne s’en relèveront pas. De surcroît, ceux qui survivent vont diminuer la voilure et dans un pays où licencier est toujours un chemin de croix pour les patrons, ceux-ci ont toutes les bonnes raisons du monde de leur côté pour démontrer qu’il s’agit d’une décision existentielle.

Ce «nettoyage» permet de garder ceux qui sont résistants à la tempête, à la différence des autres qui sombrent à la première bourrasque. Dans un environnement classique, c’est assez sain. Mais lorsque cela survient si brutalement et à cause d’un phénomène pratiquement incontrôlable, cela a des répercussions dévastatrices.

Concernant le virus lui-même, la situation est maîtrisée et les progrès thérapeutiques sont spectaculaires. Par rapport au début de l’épidémie, il y a aujourd’hui fort peu de nouvelles admissions en réanimation et donc la mortalité est devenue très faible et moindre que lors d’une grippe «normale». Les soignants ont beaucoup appris en quelques semaines et administrent des médicaments qui freinent efficacement l’évolution de la maladie. Il y a (notamment mais pas que) les coagulants aux effets inhibiteurs au moment où le cas se déclare, et ensuite des bloqueurs comme le tocilizumab qui mettent sous cloche l’orage immunitaire. Nous allons fonctionner avec des cocktails assez efficaces pendant plusieurs mois en attendant de pouvoir vacciner.

Du côté des vaccins, il faudra attendre 2021 et il y en aura au moins trois. Méfions-nous des effets de manche habituels des américains qui ne peuvent s’empêcher de chauffer les médias pour attirer des fonds. La jeune firme Moderna n’a effectué qu’un essai de phase 1 sur 45 participants de 18 à 55 ans, la population la moins touchée, et demande dans la foulée 1 milliard de dollars aux investisseurs. Espérons juste que ça marche.

Les plus avancés pour un vaccin sont les chinois et ils le produiront dans les 12 mois, à n’en point douter. Quant aux européens, Roche et l’institut Pasteur semblent en bonne voie, mais à moins d’une année c’est utopique.

Notre seul problème pour les mois à venir, et il est de taille, est sur le front économique et la gestion des dégâts monstrueux et souvent irréversibles que cet arrêt de deux mois a causé. Le dernier package du couple Macron-Merkel raisonne comme une tentative, certes essentielle, mais aussi plutôt désespérée de sauver le navire européen du naufrage. Le fossé entre les pays du nord et ceux du sud va ­encore se creuser. Il y a naturellement une solidarité et une responsabilisation tellement supérieure chez ces bons élèves, qu’un épisode tel que celui-ci ne peut que mettre en évidence l’individualisme et le manque de savoir-faire des autres.

Je l’ai écrit ici à plusieurs reprises, la France est désormais le vrai talon d’Achilles de la construction européenne. Dans un pays où plus de la moitié de la population a voté pour des extrémistes à la dernière élection présidentielle, le mal est profond. Cette masse populaire ne se gère pas, elle attend tout de l’Etat providence qui est responsable de tout et doit tout solutionner. L’arrogance et la défiance dont beaucoup font preuve est le signe que le mal va empirer avec les difficultés économiques. La vraie chance de ce pays est d’avoir aujourd’hui un président actif sur tous les fronts et qui tient la baraque à lui tout seul.

L’attitude égoïste de l’Allemagne est en train d’évoluer, comme à chaque situation critique risquant de l’impacter sévèrement. Pendant la crise grecque, il a fallu que l’euro vacille sur ses bases pour que ceux-ci «lâchent» les prêts vitaux. Aujourd’hui, l’Allemagne se rend compte que les budgets explosent et que les sacro-saintes limites autorisées sur la dette ne seront jamais respectées. Elle n’a donc pas d’autre choix que de participer à cette distribution massive d’argent jetée de l’hélicoptère pour ne pas rater sa propre relance.

* Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

AGEFI



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