Il est difficile pour le marché des actions d’aller plus haut

jeudi, 16.07.2020

L'analyse technique. Les indices boursiers butent sur des niveaux qui demeurent compliqués à vaincre. Correction en vue.

Serge Laedermann cmt*

Les résultats du premier semestre commencent à tomber et provoquent quelques déconvenues boursières parfois un peu sidérantes. Alors que tout le monde sait fort bien que ce printemps a été dévastateur pour les entreprises, il semble que les investisseurs ne s’en rendent compte qu’une fois les chiffres publiés...

Une sorte d’euphorie s’est emparée des actions fortement capitalisées, les Blue Chips comme on aime à les qualifier. Influencé par le Nasdaq qui vole de records en records, surpassant les plus hauts de l’avant Covid, un optimisme frisant la mansuétude s’est répandu comme pour montrer que nous sommes toujours vivants et que cet épisode sera bientôt derrière-nous. Si seulement!

Après le plaisir post-confinement

Ballotés entre une régression de l’épidémie en Europe et les résultats des sociétés, entre l’argent déversé par une escadrille d’hélicoptères et la croissance qui peine à repartir, les investisseurs ne savent plus trop à quel saint se vouer. Il y a cependant des certitudes qui se font jour et qui plaident en faveur d’une correction importante sur les actions.

Le virus est là et pour longtemps, et il faudra aussi beaucoup de temps pour bénéficier d’un vaccin digne de ce nom. Certes, jamais autant de firmes ne se sont mobilisées pour arriver au résultat tant espéré. Il y aura probablement des pseudo-vaccins qui seront moyennement efficaces, car il faudra bien produire quelque chose pour justifier les investissements. Mais il est douteux qu’un vaccin «solide» survienne cette année encore comme on peut l’entendre ici ou là. Et puis après, il y aura une bataille bien sale pour en bénéficier, alimentée par la politique et les intérêts financiers. En résumé, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. 

Autre certitude, un nouveau confinement total n’est plus possible. L’économie de beaucoup de pays est déjà à genoux, pas question de se faire hara-kiri. Ce qui implique que la consommation reprend, mais pas sur le même rythme qu’avant. Après s’être fait plaisir post-confinement, le consommateur va rester sur la défensive lors des douze prochains mois. 

Cette nouvelle façon de dépenser son argent et de diriger «ses plaisirs» va être dévastatrice pour une grande partie de l’économie qui sera de facto impactée sur tous les fronts. Il n’y a en vérité que fort peu de secteurs qui sont immunisés contre ce fort ralentissement et la majorité doivent se réinventer, s’ils le peuvent!

Que les résultats des sociétés soient détruits par ce printemps dévastateur, chacun finit par l’inculquer. Mais que la suite s’avère aussi difficile pendant au moins un an ou deux n’est certainement pas dans l’esprit de ceux qui achètent des actions aujourd’hui.

L’argent déversé par tombereaux parviendra à maintenir l’essentiel, mais pas à en sauver une bonne partie. Que vous soyez simple citoyen ou dirigeant d’entreprise, vous allez penser différemment et vous orienter en fonction du prochain coup dur. Soit en épargnant, et donc en consommant moins, soit en réajustant la taille de production et donc l’offre à disposition.

Dans un pays comme la France peuplé d’assistés à grande échelle, la situation est préoccupante. Le pays n’était pas prêt du tout pour affronter cette guerre, comme il ne l’est d’ailleurs jamais, que ce soit au début des crises ou au début des conflits du siècle dernier.

Le début de l’épidémie a été catastrophique à bien des égards (les cocoricos entendus sur le «talent» à gérer l’épidémie sont indécents) et même s’il y a une inventivité hors norme qui se fait jour en pleine débâcle, la fébrilité des petites et moyennes entreprises (95% des employeurs) datait de bien avant. 3 entreprises sur 4 n’ont jamais eu de trésorerie digne de ce nom et sans aide étatique elles sont évidemment sur le point de fermer. C’est un vrai pari sur l’avenir qui s’engage et avec la moitié des gens qui rêvent de ne pas travailler, le mal chronique de ce pays, la situation va s’avérer très compliquée. Ce n’est pas un hasard si aucun autre gouvernement n’a donné autant d’argent pour qu’un pays demeure sur pieds.

Evidemment, dans ce contexte, plus question de parler de critères de Maastricht ou de plafond de dette. Nous sommes embarqués dans une fuite en avant qui va exacerber les dissensions entre les pays «fourmis» du nord et les «cigales» du sud. Le populisme a de beaux jours devant lui et la tolérance sociétale est de moins en moins visible. Un rétrécissement des esprits et des finances en forme de début de siècle de merde.

Pour en revenir à nos sous, le moment semble opportun pour alléger son portefeuille en actions. Les prix que nous voyons aujourd’hui seront revus en cas de flambée hypothétique des places boursières, et même s’il devient impossible de bénéficier d’un revenu fixe avec des taux à 0%, restez «liquides».

Comme à chaque crise prononcée, n’oublions jamais que ceux qui ont du cash sont les rois de la partie. Les grandes fortunes, ou plus simplement les belles opportunités, surviennent lorsque les autres tirent la langue. Constat cynique, mais toujours vérifié! 

* Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

AGEFI



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