Helicopter Money sur les actions US

mardi, 21.08.2018

L’ANALYSE TECHNIQUE. Les cadeaux fiscaux de Donald Trump agissent comme l’argent facile ayant précipité les taux à 0%.

SERGE LAEDERMANN CMT*

Le marché obligataire a été largement distordu ces dernières années par les banques centrales dont la seule solution, pour éviter le pire, a été de faciliter l’argent gratuit ou presque. Une autre distorsion est intervenue récemment avec les cadeaux fiscaux accordés à Corporate America (et aux particuliers) par Trump, avec pour corollaire la montée des cours boursiers naviguant depuis plusieurs mois en territoire surévalué.

Créer de la croissance à tout prix

Si les grands argentiers n’avaient honnêtement pas le choix de faire autrement pour éviter la déflation et probablement une récession, l’équation du président américain se résume au choix délibéré de créer de la croissance à tout prix. 1500 milliards d’allègements ont bien naturellement enflammé les attentes de profits et fait exploser le déficit budgétaire qui atteint désormais 5% du PIB, avec la ferme volonté du côté de Washington de dévaluer le dollar au détriment du reste du monde.

Les représailles à cette politique jusqu’au-boutiste, assimilée désormais à une guerre après les taxes décrétées sur les produits étrangers, sont désordonnées et relativement molles. Les Chinois ont œuvré pour dévaluer le yuan de 8% depuis le mois de mai, atténuant de fait les effets négatifs sur leurs exportations aux Etats-Unis, mais le déséquilibre commercial est tel qu’ils en sont réduits à la rhétorique. Si l’euro a perdu 7% depuis avril, il faut rappeler que nous avons simplement retrouvé la parité qui prévalait il y a un an, malgré la hausse des taux enclenchée par la FED, alors que la BCE n’a même pas commencé son cycle haussier de normalisation! Après 4 mois de baisse, les estimations des profits se stabilisent sur le S&P 500 et les cours sont maintenus sur un plateau élevé, soutenus dans la foulée par la 2e réforme fiscale annoncée pour l’automne et susceptible de ramener l’impôt à 20%. Rappelons que lors du fameux Reagan Rally des années 80, ce taux avait été ramené de 35% à 21%. Les Etats-Unis sont les maîtres du monde et le font sentir sans retenue.

Respecter un déficit de 3% n’est-il pas suicidaire? 

Au milieu d’un tel déséquilibre, obliger les pays de la vieille Europe à respecter un déficit de 3% n’est-il pas suicidaire? Est-il souhaitable de limer les investissements et de ne pas développer les infrastructures pour rester coûte que coûte dans les clous alors que les autres s’en moquent? C’est ainsi que se développent les sentiments anti-Bruxelles et les extrémismes risquant d’arriver au pouvoir l’un après l’autre. Quelle Europe voulons-nous léguer à nos enfants? Un continent délabré, étranglé financièrement et sans projets?

Techniquement parlant, le S&P 500 flirte avec le plus haut annuel (2872 le 26 janvier), mais se révèle toujours incapable d’aller sur l’objectif de 3000 activé après la percée du mois de mai (lire l’Agefi du 18 juillet pour les détails). La volatilité est de retour sur les bas niveaux et le fair value de l’indice se situe quelques 12% en dessous de prix actuels.

La «valeur juste» du SMI est à 8800

Le marché suisse, du moins les blue chips, ont bénéficié des bons résultats des poids lourds et la «valeur juste» du SMI peut être estimée désormais à 8800, soit 100 points de mieux qu’il y a un mois. Mais là aussi les cours plafonnent et la petite flambée observée début août (9213) a fait place à la retenue. Rappelons que nous sommes encore loin du plus haut annuel (9616 le 24 janvier). Sur le DJ Europe 600 cette timidité est encore plus marquée, le niveau actuel (384.30) étant fort éloigné du sommet annuel réalisé le 23 janvier (403.72). L’Europe est à la traîne et le petit sursaut de croissance observé depuis plusieurs mois est clairement menacé sans une refonte des règles édictées par la Commission européenne.

Sur le front des devises, le dollar peut encore s’apprécier face à l’euro, en gardant à l’esprit que le seul objectif de Trump est de l’affaiblir. Ainsi nous pouvons fort bien assister à une continuation de la remontée des rendements américains, sans avoir une véritable appréciation du billet vert.

Le franc est trop cher

Dans ce contexte le franc suisse est à nouveau trop cher et comme il a déjà été mentionné ici dans ces mêmes colonnes, à l’approche des 1.20 la montagne s’avère impossible à franchir. Les spécialistes qui nous prédisaient 1.22 ,1.24 et plus pour cette année feraient bien de retourner à leurs études. Nous vivons un bras de fer colossal entre les deux plus grandes puissances et l’appréciation et la solidité des devises européennes sont néfastes pour notre économie et préfigurent une défaite.

L’or ne présente aucun intérêt et surtout n’apporte aucune protection, alors que les cryptomonnaies regagnent petit à petit les tréfonds qu’elles n’auraient jamais dû quitter.

La fragilité des actions a rarement été si grande et il suffira d’une petite secousse pour faire dérailler le Bull Express, ne l’oubliez pas. La déstabilisation économique et géopolitique orchestrée par Trump est telle, la globalisation des marchés tellement poussée à l’extrême, les armes des banques centrales devenues si réduites, qu’un mouvement destructeur se nourrissant de lui-même est possible à tout moment.

*Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

AGEFI



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