2019, annus horribilis? Il est préférable d’en douter

mardi, 19.02.2019

L’ANALYSE TECHNIQUE. L’année est annoncée comme périlleuse et négative sur le plan boursier. Cela reste à démontrer.

Serge Laedermann CMT*

La reine Elisabeth II utilisa cette expression pour qualifier l’année 1992, en faisant explicitement référence au poète royaliste anglais John Dyden et sa célèbre poésie Annus Mirabilis publiée en 1667 en l’honneur de Charles II.

Justement, alors que le printemps pointe son nez, il est bien question du Royaume-Uni, plus que jamais. Pas si uni que ça d’ailleurs.

L’extension du fameux article 50 représente toujours une grande probabilité de l’ordre de 70%, alors qu’un «No Deal» n’en recueille que 25%. Ce qui signifie que ça va bouger et probablement dans le bon sens. Le marché ne semble plus s’effrayer de cette échéance désormais si proche et même si certains hedge funds bien informés vendent la livre à découvert, ils ne détiennent pas forcément la vérité.

Complexe de supériorité

Comme d’habitude les anglais affichent leur complexe de supériorité et croient avec hauteur que l’européen de base n’a qu’une seule chose à faire, se plier à leurs conditions. Si le coq français est le seul oiseau à chanter les pieds dans la merde, le lion anglais est le seul félin qui roupille 20 heures par jour. Il gère son petit royaume avec une suffisance fort arrogante.

Outre-Atlantique, ça bouge. Souvenez-vous, le mois dernier votre Serviteur pronostiquait l’élection en 2020 de la première femme aux Etats-Unis, une femme de couleur de surcroît. Depuis, Kamala Harris s’est déclarée candidate et va reléguer les caciques du parti aux oubliettes. Elle sera nominée par son parti et va devenir le pire cauchemar de Donald qui n’a aujourd’hui qu’une chance sur trois d’être réélu. C’est très prometteur et cette éventualité sera apaisante pour les marchés (et le Monde en général) d’ici un semestre environ.  

En attendant cette belle perspective, le S&P 500 a retrouvé du lustre et se ballade à nouveau quelques 15% en dessus de sa Fair Value, avec une bonne nouvelle du côté des profits. Pour la première fois depuis mai 2018, les estimations des profits futurs ont cessé de régresser et se stabilisent. Ceux-ci devraient croître de 11% cette année, ce qui est bien moins qu’annoncé il y a 12 mois, mais quand même honorable. Graphiquement parlant, nous sommes à un sommet matérialisé par une forte résistance entre 2770 et 2820 et une correction est attendue. L’indice peut fort bien se replier sur la zone 2600-2640 en quelques séances avant de se stabiliser.

L’image technique est très similaire sur l’indice pan-européen Dow Jones Stoxx 600 qui flirte actuellement avec les 370 points, un niveau vu pour la dernière fois en octobre dernier. Ici aussi un repli en dessous des 360 points est à attendre. Notre indice SMI fait mieux, puisqu’il a même effacé le plus haut d’août dernier, ce qui semble bien «riche» et éloigné de sa fair value estimée à 8800 points. Mais nous le savons tous, avec des dividendes moyens toujours supérieurs à 3%, il y a là un parachute atypique qui soutient fortement nos Blue Chips quand l’environnement devient plus sécurisant.

Image bullish

Sur le front des devises, la fourchette 1,12-1,15 est bien en place sur la parité euro-franc et même si l’image devient bullish, nous ne reverrons pas de sitôt le cours de 1,20 touché il y a 10 mois. Eh oui, encore une fois les spécialistes se sont bien plantés dans leurs prévisions, mais on a l’habitude.

La parité euro-dollar est également très stable, évoluant entre 1,13 et 1,15, malgré le différentiel de taux qui règne entre les deux blocs. Il ne faut jamais oublier que les américains feront tout pour éviter que le billet vert ne s’apprécie, et leur rhétorique du dollar fort n’est visible qu’en vitrine et ce depuis des décennies.

Contrairement à l’Union Européenne, les Chinois ont de leur côté clairement démontré qu’ils avaient des armes dans la guerre commerciale déclarée par Trump. En une année le Yuan s’est dévalué de 10% face au dollar et ce n’est pas un hasard s’il se reprend actuellement, en pleine période de négociation. Les deux géants ont tout intérêt à trouver un accord et il se fera probablement sur notre dos, avec un accroissement des commandes aux firmes américaines et un allègement des taxes instaurées depuis peu par l’administration américaine.

Heureux dénouement 

D’un point de vue boursier, cela bénéficiera néanmoins aux grandes capitalisations du Vieux Continent qui se négocient encore sur des prix bien en dessous de la comparaison historique. L’embellie observée actuellement sur les marchés actions tient en grande partie compte de ce dénouement heureux, mais n’oublions pas que le temps d’une correction baissière est venu et qu’acheter maintenant reflète probablement un mauvais timing.

Pour résumer, l’annus horribilis et la volatilité que nous prédisaient les cadors en début d’année pourrait bien s’avérer plus stable et assez classique. En parlant de volatilité, n’avez-vous pas remarqué que 9 interviewés sur 10 prédisent, quelle que soit la période, beaucoup de volatilité sur les marchés? C’est pratique, ça fait bien, cela fait partie du parler «creux» de la finance...

*Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

AGEFI



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