Des aubaines sur bon nombre d’actions suisses

mardi, 18.12.2018

L’analyse technique. La faiblesse du marché américain précipite beaucoup de sociétés suisses sur des prix très attractifs. Il convient de rester pragmatique et d’analyser ce qui cloche.

Serge Laedermann CMT*

C’était pourtant bien parti! Le marché s’est envolé après le 23 novembre, phénomène historique dont il a été question ici dans l’article du 21 novembre, au point d’effacer la baisse marquée du mois d’octobre et même de tutoyer les 9200 points sur le SMI.

Las, depuis ce moment réparateur nous ne faisons qu’essuyer baisses sur baisses et le plus bas de l’année est à portée de la tendance à court terme. Il y a naturellement plusieurs raisons à cela. Les frictions sino-américaines, le Brexit, le ralentissement de la croissance etc.

Pragmatisme et analyse

Il convient de rester pragmatique et d’analyser ce qui cloche. Tout d’abord, les actions américaines évoluaient en territoire surévalué depuis l’élection de Trump, et le retour sur terre actuel est somme toute assez normal. D’autant plus que les projections de profits n’ont fait que de diminuer après le premier trimestre, ce que nous avons détecté depuis l’été. Les profits 2018 seront de 140 dollars sur le S&P 500 (une hausse de 25% par rapport à 2017), mais dans le même temps elles sont passées de 170+ dollars à 157 pour 2019, soit une progression de 12% à une année. En d’autres termes, ça s’est bien calmé. Compte tenu de ce qui précède, la Fair Value du S&P 500 peut être estimée aujourd’hui entre 2450 et 2500, à peine quelques pourcents en dessous de la clôture de lundi.

Le véritable parachute des Blue Chips

Quid du marché suisse? Les projections indiquent sur notre SMI national des profits de 513 CHF pour 2018, 558 pour 2019 (+8,8%) et 601 pour 2020 (+7,7%). 

A 12 mois le ratio PE est donc de 15,4, ce qui n’est objectivement pas bon marché. Le véritable parachute des Blue Chips est bien sûr ce rendement parfaitement atypique des dividendes par rapport aux taux d’intérêts, puisque la moyenne des titres rapporte 3,5%. La Fair Value du SMI se situe sur les 8600 points.

Il est intéressant de constater que le même ratio PE sur les petites capitalisations s’est effondré à 14,5 pour 2019, dans le sillage des cours. Ce segment a été passablement surévalué lors du premier semestre, il évolue désormais nettement en territoire sous-évalué. Plusieurs titres ont vu leur cours se diviser par 2, voire par 3 ou plus. Naturellement les continuelles augmentations de capital qui «tordent» les anciens actionnaires ne se comptent plus et n’encouragent pas à s’enhardir, c’est même devenu une mode. De surcroît les IPO et premières cotations se sont révélées en grande majorité désastreuses et des attrape-nigauds frisant l’arnaque dans bien des cas. 

Compte tenu de ce qui précède, il serait aventureux de prévoir un crash sur des évaluations qui sont déjà bien basses. C’est une exubérance qui provoque un crash, et ici nous sommes dans un climat sans doute trop dépressif par rapport au risque d’une récession dont nous ne voyons pas poindre le premier symptôme. L’économie ralentit certes, mais les prix reflètent déjà largement cette décélération. 

Le pire mois de décembre depuis 20 ans

Les opportunités sur bien des titres fort respectables, bradés comme les autres, sont légion. Il faut simplement bien connaître ses dossiers et être patient.

Techniquement parlant, il parait que nous vivons le pire mois de décembre depuis 20 ans (certains disent depuis 1931, j’en doute). Quoiqu’il en soit, les supports ne sont pas tous cassés comme on peut l’entendre ici ou là. Le S&P500 peut rebondir sur le plus bas de février et donc avoir des difficultés à enfoncer les 2530. Sur le DJ Europe 600 nous atterrissons cette semaine sur l’énorme zone support qui a été construite pratiquement pendant toute l’année 2016 et les évaluations sont donc très basses. Donc peu de chance d’aller beaucoup plus bas. Sur le SMI, nous l’avons vu, les 8500 constituent un solide plancher, aidé en cela par les dividendes.

Brexit: l’échec est programmé

Un mot sur le Brexit qui pourrait constituer un véritable détonateur pour une hausse spectaculaire du marché européen. Le vote des MPs prévu en janvier a de bonnes chances de ne jamais avoir lieu, car l’échec est programmé. Les motions de censure pour éjecter Theresa May sont également vouées à l’échec. Les différents partis semblent être tous en faveur d’un nouveau référendum et la locataire du 10 Downing Street devra se rendre à l’évidence qu’il ne reste en fait que cette porte de sortie. Il faut 4 mois pour l’organiser et dans cette éventualité il y a fort à parier que les 27 pays de l’UE seront d’accord pour repousser l’échéance de 3 mois, ce qui est juridiquement tout à fait possible, de même que de retirer le fameux article 50 matérialisant le Brexit. Au pire, une période de transition est hautement probable.

Il est quand même surprenant que Theresa May ne se préoccupe pas des 48% qui ont voté pour demeurer dans l’UE, alors que les 52% ayant voté pour partir l’ont fait sur des mensonges et sans en connaître les implications. Un nouveau vote aurait le mérite d’être organisé sur des bases franches et dans ce cas, il est probable que la balance se renverserait de l’autre côté dans un rapport 55-45.

Chez les bookies, les chances d’un nouveau référendum sont montées à 40%, c’est le double d’il y a quelques mois.

* Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

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