Il est temps d’alléger son portefeuille en actions

mercredi, 17.06.2020

L’ANALYSE TECHNIQUE. Alors que les indices boursiers sont dopés aux trillions de relance, il faut en profiter pour diminuer son exposition.

Serge Laedermann CMT*

Les Bourses bénéficient actuellement des dernières mesures massives implémentées outre-Atlantique. Il ne faut pas laisser passer l’occasion.

Si spectaculaires soient-elles, ces interventions ne parviennent pas à porter les indices au plus haut post-Covid, ce qui n’est pas un bon signe. La plupart de ces indicateurs plafonnent et sont en réalité entrés dans une tendance baissière à court terme.

Tout commence naturellement par la boussole de la planète, le S&P 500. Avec un plus haut (post-Covid donc) à 3233 le 8 juin, l’indice repasse les 3100 actuellement. Techniquement, cela ressemble à la dernière chance de vendre à un prix correct avant une baisse qui devrait nous ramener sur les 2800 points. Difficile de dire si le risque est supérieur, cela dépendra de l’évolution de cette deuxième vague tant redoutée et de l’ampleur des dégâts financiers.

Même constat du côté du Dow Jones Europe 600. Le 8 juin aussi, le baromètre européen affichait 375 au plus haut. Il repasse actuellement les 360 points avec peine et l’image technique indique qu’un retour en direction des 330 points est probable.

Si on lorgne du côté asiatique, même le Nikkei 225 se retrouve exactement dans la même situation. Après un haut à 23.188 le 8 juin (décidément), il navigue actuellement autour des 22.500 avec un risque assez évident de revoir les 20.000 points cet été.

Le SMI national ne faillit pas à la règle et après la hausse à 10200 points qui était attendue (lire l’Agefi du 20 mai), la difficulté de se maintenir en dessus des 10.000 est évidente. Le risque de baisse semble se situer dans la fourchette 9400-9600 où l’indice bénéficie d’un bon support, une demande susceptible de se mettre en action si les évènements extérieurs ne sont pas dramatiques.

Nous avons peut-être vu le meilleur de cette reprise boursière et les prochains mois peuvent s’avérer pénibles. Les plans de relance sont tellement massifs qu’un nouveau crash boursier semble toutefois de moins en moins probable. Il faudrait une deuxième vague importante de l’épidémie pour nous replonger dans les abysses, ce qui n’est pas dans les cartes actuellement.

En parlant de cartes, nous vivons une période de redistribution qui sépare clairement les gagnants de la crise des victimes beaucoup plus nombreuses.

Une reprise en V de la croissance est logique, alors que tous les économistes l’excluent, ou plutôt l’excluaient. Si passer de moins 5% de croissance à + 5% n’est pas une reprise en V, alors il faudra m’expliquer la définition d’une reprise en V. Regagner les points perdus ne signifie pas pour autant que l’ardoise est effacée et que tout repart, malheureusement.

Admettons qu’un vaccin fasse ses preuves (il y en aura probablement plusieurs), les business en faillite ne renaîtront pas de leurs cendres. D’autres prendront la place, mais ça prendra du temps. Ceux qui vont en profiter sont naturellement les grands groupes avec les poches profondes, au détriment des petits trop fragiles qui seraient déjà heureux de subsister. 

La beauté cette débâcle mondiale, le terme est audacieux, est justement qu’elle est mondiale et c’est une chance. Madame Merkel ne va pas demander ainsi la vente de quelques îles grecques pour demander de rembourser la dette du pays et les latins «flemmards» du sud de l’Europe sont tout à coup moins montrés du doigt. Diable, il s’agit pour une fois de faire preuve d’un semblant d’unité!

Désormais vrombissent un escadron d’hélicoptères qui balancent des centaines de milliards pour sauver l’économie mondiale, ce qui dans des temps pas si éloignés était considéré comme un lever de voile sur une économie en grande détresse. Plus besoin de cacher quoi que ce soit, l’économie chancèle et nous croisons tous les doigts pour que le malade sorte du coma.

Ces dévaluations simultanées font que les incidences sur les monnaies ne sont pas si importantes. A 1,13 dollars pour 1 euro, le billet vert a certes rejoint le haut de la fourchette, mais sans percée majeure. La question est de savoir quelle planche à billets marche la plus vite, et les américains semblent avoir passé la vitesse supérieure. La parité yen-dollar est remarquablement stable autour de 107-108 et la livre sterling s’affaiblit gentiment sur fond de Brexit problématique, qui l’eut crû!?

Dans ce concert d’annonces extraordinaires, il y a fort à parier que la BNS s’active pour freiner la hausse du franc, comme d’habitude serait-on tentés de dire. Le signal d’alarme se déclenche à 1,05 francs pour 1 euro, avec une volonté claire de ne pas céder sur ce niveau. Les statistiques mensuelles démontreront l’ampleur des interventions. 

Il s’agit aussi d’éviter les pertes sur le «stock» actuel de monnaies étrangères détenues, sans parler des actions.

Un dernier mot sur l’or qui se rapproche des plus hauts réalisés pendant l’été 2012. La résistance technique (l’offre) entre 1730 et 1830 semble imposante et devrait marquer la fin de cette tendance. Détenir de l’or en portefeuille aujourd’hui, ce n’est plus une protection, c’est de la spéculation.

*Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

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