Actions: quand la hausse appelle la hausse

mercredi, 15.01.2020

L’analyse technique. A ce stade il semble prématuré d’affirmer que la tendance haussière arrive au bout de son potentiel.

Serge Laedermann CMT*

Les principaux indices boursiers de la planète réalisent des plus hauts historiques et se retrouvent ainsi sans résistance technique. En d’autres termes, il n’y a plus de niveaux antérieurs pouvant officier comme plafond et empêcher ainsi leur progression. Oui mais, jusqu’où?
Tout d’abord, au niveau saisonnier, il faut remarquer que depuis quelques décennies le fameux Christmas Rallye a l’habitude de se terminer en février. A la Saint-Valentin, la meilleure période de l’année est terminée pour les actions. Inutile de préciser qu’il s’agit d’une moyenne et qu’il y a bien sûr des années où ce cycle se produit différemment. Il est néanmoins prouvé qu’investir de novembre à février produit une meilleure performance que d’être investi toute l’année (observations effectuées sur le S&P 500).
Ceci étant dit, devenir «Bearish» alors que les indices s’envolent en nouveau territoire haussier est très délicat techniquement parlant. Il faut une exubérance, voire une spéculation rampante, généralement caractérisée par une évolution exponentielle de la courbe haussière (et donc non linéaire), pour commencer à se méfier sérieusement. Il y a deux exemples historiques qui me viennent à l’esprit. A la fin de l’année 1986, les rationnels (dont je faisais partie) donnaient le Bull Market pour mort tellement la tendance semblait surfaite. Et pourtant... L’indice a progressé de 35% dans l’année précédant le crash d’octobre 1987 et même de 86% dans les deux années antérieures. L’autre exemple est plus récent, certains s’en souviennent peut-être. Le Nasdaq 100 a doublé entre janvier 1999 et mars 2000, avec une accélération spectaculaire de 50% de novembre 1999 à mars 2000. La spéculation rampante était ici extrêmement visible.
Le problème d’un élastique qui se tend, c’est qu’on ne sait jamais vraiment quand il va céder, et si on parle de cours des actions, les plus fortes progressions sont réalisées les derniers mois. Ce qui a pour effet d’attirer plus de monde autour de la table du casino et notamment les investisseurs les moins sophistiqués, ceux que les techniciens appellent les «mains faibles». Mais en tant que «professionnel» cette situation est bien embêtante aussi, car vous passez pour un abruti aux yeux de vos clients, obnubilés par la hausse quotidienne des cours s’étalant à la une des journaux avec de gros titres. Vous savez que ça va mal finir, mais vous êtes souvent tentés de revenir dans le jeu pour ne pas rester sur la touche.  
Depuis le début 2019, le S&P 500 est monté de 30% et le niveau actuel représente probablement une surévaluation de 15% par rapport à sa Fair Value. Sur le Nasdaq 100, l’image est amplifiée avec une hausse de 41% pendant la même période. S’il faut se hasarder à une prédiction (ce n’est pas une prévision), l’indice pourrait bien flirter avec les 10000 en fin de parcours (9070 ce jours). 10% de hausse possible, c’est probablement le potentiel qui reste à gravir sur les indices américains avant un sérieux accident capable de nous ramener sous les 3000 points (S&P 500).
Comme décrit il y a un mois dans ces mêmes colonnes, c’est sur les actions européennes que le potentiel est le meilleur. En dépassant les 420 points (421.44) le DJ Europe 600 s’ouvre la voie des 500 points pour cette année, soit une hausse supplémentaire de 20%. Fondamentalement parlant ces actions ont été négligées par les analystes peignant le diable sur la muraille jour après jour.
La croissance européenne va demeurer faible, le Brexit va demeurer un casse-tête et les dettes vont gonfler d’avantage, mais il n’y a qu’un véhicule susceptible de rapporter quelque chose dans un univers à 0% de rendement, les actions. Le retournement de veste des spécialistes est en train de s’opérer et les liquidités devraient rejoindre ce marché en priorité. Le «flow of funds» a toujours été le principal carburant d’un marché boursier.
L’année pourrait donc se découper en deux parties distinctes. Premièrement, une poursuite de la hausse avec les institutions rentrant plus massivement dans la danse. Deuxièmement, un violent retour sur terre avec la dette comme thème principal. A cet égard, le pays qui menace le plus l’équilibre mondial est sans conteste la France. Il s’agit du seul membre du club euro à perdre 4 milliards par mois en déficit commercial. Pour financer sa dette, le pays emprunte 4 milliards par semaine (!), ce qui reste relativement indolore avec des taux avoisinant 0%. Mais lorsque les taux remonteront, ne serait-ce que de 100 points de base (1%), le budget commencera à devenir vraiment impossible à administrer et les investisseurs se détourneront petit-à-petit de la France, ce qui aura pour effet de rentrer dans une spirale infernale. Cette population de râleurs assistés qui estiment indécent de travailler jusqu’à 64 ans, alors que le monde entier travaille plus, va précipiter les marchés dans un chaos indescriptible. C’est écrit! En attendant ce joyeux moment, il est encore d’usage de vous souhaiter une excellente année!

* Associé, GFA Geneva Financial Adviser






 
 

AGEFI




...