L’amour pour nos racines ne se divise pas, il se démultiplie

lundi, 13.08.2018

Céline Renaud*

Céline Renaud

Il est 8h30 un mardi matin, je suis sur les bancs de l’école dans ma vallée de Joux natale, au cours d’histoire. Le professeur fait une énième plaisanterie pour dénigrer les Suisses alémaniques. Cela me peine car c’est ma langue maternelle, ma culture grâce à ma mère bernoise même si je suis née en Suisse romande de mon père vaudois. Et en Suisse alémanique, même si je n’ai pas d’accent quand je parle le bernois, je reste la «Romande». Je porte cette souffrance de n’être pas entièrement d’ici, ni de là-bas, comme divisée en deux.

Plus tard, pendant mes études à l’Ecole hôtelière de Lausanne, j’ai côtoyé des étudiants venant du monde entier. Une amie de l’époque qui a vécu à plusieurs endroits m’a dit un jour: «Je porte mes racines dans mon cœur.» Pourtant, je continuais à ressentir cela comme une division, me sentant «moitié-moitié». Par la suite, un beau jour, comme cela, j’ai décidé que je n’étais pas «une demi» ou «deux demis portions». Dorénavant, si on me pose la question de savoir d’où je viens, je dirai que je suis entièrement «Combière» comme on nomme les habitants de la vallée de Joux et entièrement Suisse alémanique. L’amour pour nos racines, c’est comme pour nos enfants, il ne se divise pas mais au contraire, il se démultiplie.

Célébrer la pluridisciplinarité

Aujourd’hui avec cette attitude, j’ai même plusieurs patries, dont la Sicile avec la force de ses volcans, Shanghai avec son dynamisme hors du commun et l’Ecosse dont les paysages ressemblent beaucoup à mes montagnes. A chaque fois, j’éprouve dans ces lieux un sentiment de «rentrer chez moi» et une attirance puissante.

Pour l’entrepreneur, c’est la même chose. Une de ses forces réside dans sa pluridisciplinarité et l’attirance pour les divers métiers. En entreprise, il faut être des spécialistes du marketing ou des finances par exemple. Alors que notre amour pour telle ou telle spécialité peut se démultiplier. Nous pourrions célébrer la pluridisciplinarité et les multiples facettes des humains qui peuvent être tour à tour spécialisés dans la vente puis les finances. D’ailleurs, nous voyons des générations arriver avec non pas un mais deux ou trois métiers. Et c’est bien l’unicité de la combinaison de leurs diverses compétences qui en fait leur force, leur USP sur le marché du travail.

Dès lors, il serait judicieux de ne plus diviser les gens en spécialistes ou étiqueter les gens uniquement par métier mais de véritablement combiner leurs talents pour atteindre tout leur plein potentiel au profit des entreprises et du bonheur des employés. Comme l’œil de la mouche qui a plusieurs facettes, nous savons que nous pouvons explorer la multitude de facettes qui compose notre personnalité. Même si souvent nous les cachons à un groupe de notre entourage, nous les vivons avec d’autres groupes de notre cercle de connaissances. Nous connaissons certainement tous de grands financiers qui se livrent, souvent en cachette, à une activité artistique pour se ressourcer ou s’inspirer.

Nous sommes des êtres complets et tout comme l’amour qui se démultiplie si on le divise, nos talents se démultiplient également pour atteindre notre plein potentiel. Et là, ce n’est que le début vers un nouveau potentiel plus haut encore...

*CEO et fondatrice, JMC Lutherie






 
 

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