Olivier Ferrari: «Toute bulle finit par éclater»

mardi, 05.12.2017

L'AGEFI a posé dix questions à ses contributeurs sur le bitcoin afin d'offrir une véritable plateforme d’échange d’avis contradictoires pour se faire une meilleure idée de la nature du potentiel de la cryptomonnaie.

Olivier Ferrari*

Olivier Ferrari.

Le cours du bitcoin s'est récemment envolé au-dessus de 11.000 dollars après avoir vu sa valeur multipliée par dix en moins d'un an, suscitant un intérêt des investisseurs mais aussi un risque de bulle croissant. A l'instar de son adoption prochaine par le Chicago Mercantile Exchange (CME) et le Nasdaq, le bitcoin est destiné à s'installer dans le paysage financier et sa récente flambée n'est qu'un soubresaut propre à toute technologie novatrice, affirment plusieurs spécialistes de la monnaie virtuelle.

Considérez-vous que le bitcoin s’appuie sur des fondements solides ou qu’il est au contraire purement spéculatif? 

À contrario de toutes les monnaies basées, certes parfois sur des économies déficientes, il existe une base collatérale en lien avec l’économie réelle. Que cela soit le financement des prestations sociales d’un pays (la France), d’un budget de la défense (USA), extension économique (Chine) qui collatéralement créent des dettes (insoutenables) mais mesurables. Il en est de même de l’or qui a un fondement de valeur avec une représentation physique avérée.
Le bitcoin est à assimiler aux produits financiers spéculatifs sans lien avec l’économie réelle. Cela marche aussi longtemps que les États et marchés financiers et acteurs financiers sont complices d’un laisser-faire majeur qui rapporte de l’argent d’un côté, mais qui est destructeur de l’économie durable et de la société humaine en général.

Quelle est l’interprétation que vous donnez au fait que la quantité de bitcoin core est limitée? Est-il correct de parler d’une monnaie?

La limitation fait partie du modèle qui a été développé à la base. La création de rareté crée la spéculation. Ce n’est pas différent d’un tableau de grand maître coûtant 450 millions de dollars. Cependant nous n’avons aucune garantie que le modèle ne prévoit pas à terme la potentialité d’ouvrir par le haut la limite imposée au départ. Peut-être une fiction, mais néanmoins une réalité puisqu’on ne connait pas celui qui l’a créée. Ce n’est pas une monnaie, comme les produits financiers spéculatifs, sans fondement avec l’économie réelle ne sont pas des investissements. De la spéculation pure et simple dont la masse sera la plus grande perdante et dont les plus fortunés, parties prenantes ne peuvent que gagner.

La complexité et les ressources exigées pour le mining de bitcoin donnent-elles une valeur intrinsèque à cette monnaie? 

Le mining ne se trouve être rien d’autre que l’évolution d’un monde virtuel qui est négatif et qui peut conduire à une perte de maîtrise du destin de l’humanité.
Ce qui est intéressant ce n’est pas le bitcoin, mais la technologie blockchain qui elle est représentative du coté positif du développement en mouvement.

Au vu des ressources actuellement nécessaires pour le mining, n’y a-t-il pas le risque que le pouvoir sur le bitcoin se trouve dans les mains de seulement quelques mineurs? 

Le pouvoir, ce n’est pas les mineurs qui le détiennent. Ce sont ceux qui mettent l’électricité à disposition de ceux-ci pour faire leur minage. Coupez le courant et il n’y a plus de minage. Le pouvoir, c’est la cupidité liée à la course de la création de l’argent par l’argent. Taxer les gains de transactions de bitcoins débouclées, comme les casinos, et sans compensation des pertes et ce seront les États qui auront le pouvoir.

Quelle est l’attitude que les banquiers centraux devraient adopter vis-à-vis du bitcoin, selon vous?

La même chose que pour les produits financiers spéculatifs sans fondement économique. Le laisser faire ne peut que conduire à la plus grave crise financière de l’humanité.. Tout le monde est complice.

L’Etat et/ou les autorités de surveillances devraient-ils intervenir pour protéger les investisseurs en bitcoin? 

L’investisseur et la finance sont cupides. Ils agissent comme l’eau, n’importe quel passage est une porte pour détourner les règles et créer de l’argent par l’argent. Il n’y a rien à faire, sauf raison garder et... imposer de vraies taxes sur toutes les transactions qui n’ont pas de fondement avec l’économie réelle. Au risque de me répéter. En conclusion, l’État doit favoriser la création d’entreprise, la Recherche & Développement et arrêter de taxer les propriétaires en les considérant comme des voleurs.

Les investisseurs institutionnels vont-ils oui ou non adhérer au bitcoin? Pour quelles raisons? Si oui, à quels propos? Bitcoin en tant qu’investissement, ou plutôt comme monnaie de transaction?

Non. Je ne peux conseiller les investisseurs institutionnels d’investir dans du bitcoin. Tout investissement sans contrepartie avec l’économie réelle où la protection est de favoriser celle-ci n’a pas de raison d’être dans un portefeuille.
La vraie valeur de l’investissement, c’est le travail et la mise à disposition de moyens pour le développement des entreprises.

Les monnaies numériques vont-elles remplacer à terme les monnaies traditionnelles?

Les cartes de crédit et autres cartes de débit et paiements via smartphone sont déjà une forme de monnaie numérique. 

Les autres cryptomonnaies sont-elles plus ou moins dignes de confiance que le bitcoin?

Il en existe certaines qui sont spéculatives ainsi que d’autres qui ont des interactions avec l’économie réelle.

Jusqu’où le cours du bitcoin vis-à-vis du dollar peut-il encore monter selon vous et cette hausse doit-elle forcément se terminer de manière brutale, par l’éclatement d’une bulle?

Toute bulle finit par éclater. Mais cela peut aller très loin avant d’arriver. Si on regarde l’investissement moyen, nous sommes dans des pertes réparties soit auprès de spéculateurs (les derniers perdront) soit de l’autre côté de citoyens de la rue. Celui-ci se taira car il n’aura pas les moyens de procéder. Dans un autre exemple, on parle de subprime. 

*Directeut général de Coninco Explorers in finance SA qu'il a fondé en 1990.

Et vous qu’en pensez-vous? 

Considérez-vous que le bitcoin s’appuie sur des fondements solides ou qu’il est au contraire purement spéculatif?

Nous souhaiterions connaître votre avis et vous faire réagir pour notre nouvelle chronique qui se veut un observatoire «Agefi bitcoin crowd-survey». Sa vocation est d’offrir une véritable plateforme d’échange d’avis contradictoires au sujet du bitcoin. Les contributions régulières sur cet observatoire visent à permettre aux lecteurs d’avoir un véritable suivi de l’actualité bitcoin, et de se faire une idée de sa nature et de son potentiel.

Nous avons préparé un petit questionnaire. Pouvez-vous prendre un peu de temps pour y répondre?


 

 
 

 
 

Agrandir page UNE

agefi_1970-01-01_jeu_01



...